En installant une Taskforce placée sous son autorité directe pour restaurer l’ordre urbain et améliorer le cadre de vie dans la capitale, le Président Félix-Antoine Tshisekedi place le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik face à l’un des plus grands défis de gouvernance urbaine de ces dernières années.


La mission est immense. Avec une population estimée à près de 17 millions d’habitants, Kinshasa produit quotidiennement plusieurs milliers de tonnes de déchets, dont une part importante de matières plastiques. Selon diverses estimations, la capitale génère environ 15 000 tonnes de déchets tandis que le taux de collecte ne dépasserait pas 25 %, laissant s’accumuler des montagnes d’ordures dans les quartiers, les marchés et le long des principales artères.
Cette situation contribue à faire de Kinshasa l’une des métropoles les plus insalubres du continent. Les déchets obstruent régulièrement les caniveaux, aggravant les inondations lors des pluies, tandis que les dépôts sauvages d’immondices prolifèrent dans plusieurs communes.
Des défis colossaux
Pour la Taskforce, les priorités sont nombreuses :
- Le curage permanent des caniveaux et des collecteurs d’eau ;
- L’évacuation et le traitement des déchets solides ;
- La lutte contre les dépôts sauvages d’ordures ;
- La libération des emprises publiques occupées illégalement ;
- La réduction des embouteillages liés à l’occupation anarchique des chaussées ;
- La sensibilisation des populations aux règles d’assainissement ;
- Le renforcement de la coordination entre les services de l’État, les communes et les opérateurs privés.
Au-delà des opérations coup de poing, la difficulté sera surtout d’assurer la continuité des actions dans le temps afin d’éviter le retour rapide des mauvaises pratiques qui ont souvent réduit à néant les campagnes précédentes.
Les atouts du général Kabwik
Le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik dispose néanmoins de plusieurs atouts. À la tête du Service National, il s’est forgé une réputation d’homme de terrain habitué à conduire des opérations d’envergure et à mobiliser rapidement des ressources humaines importantes.
Son expérience dans l’encadrement des jeunes, la réhabilitation de certaines infrastructures communautaires et la conduite de projets à caractère socio-économique constitue également un avantage dans une mission qui exige discipline, coordination et résultats visibles.
Autre atout majeur : la Taskforce bénéficie du soutien direct du Chef de l’État, ce qui pourrait faciliter la prise de décisions et lever certaines résistances administratives souvent observées dans les programmes publics.
Des faiblesses et des risques à surmonter
Mais plusieurs obstacles pourraient limiter l’efficacité de cette initiative.
D’abord, la question du financement. Kinshasa a déjà bénéficié au fil des années de plusieurs programmes d’assainissement financés ou soutenus par le gouvernement central, les partenaires internationaux et diverses institutions financières. Malgré ces appuis, les résultats obtenus sont souvent restés en deçà des attentes en raison de problèmes de gouvernance, de coordination institutionnelle et de suivi des projets.
Ensuite, la capitale souffre d’un déficit chronique d’infrastructures adaptées à la gestion des déchets : centres d’enfouissement, stations de traitement, équipements de collecte et réseaux modernes de drainage restent largement insuffisants au regard de la croissance démographique.
Enfin, l’absence de civisme urbain, les occupations anarchiques et l’application irrégulière des règlements constituent des défis structurels qu’aucune opération ponctuelle ne pourra résoudre à elle seule.
Au-delà du nettoyage, un test de gouvernance
Pour de nombreux observateurs, la réussite de cette Taskforce dépendra moins de la multiplication des opérations de dégagement que de sa capacité à instaurer un système durable de gestion urbaine.
Le général Kabwik devra ainsi transformer une logique d’intervention ponctuelle en une véritable politique de salubrité, fondée sur la planification, la responsabilisation des autorités locales, la mobilisation citoyenne et l’utilisation efficace des ressources financières déjà disponibles ou annoncées.
Car au-delà de l’image de la capitale, c’est la santé publique, la mobilité urbaine et la qualité de vie de près de 17 millions de Kinois qui sont en jeu.
José-Junior Owawa
