RDC : mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes, un combat loin d’être gagné

À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, célébrée le 2 novembre, la situation des professionnels des médias en République démocratique du Congo rappelle l’urgence de renforcer leur protection. Entre menaces, agressions, arrestations et assassinats, la liberté de la presse reste confrontée à de nombreux obstacles, tandis que l’absence de poursuites judiciaires contre les auteurs de certains crimes entretient un climat d’impunité.

Informer ne devrait jamais exposer à la mort, à la prison ou à l’exil. Pourtant, en République démocratique du Congo, exercer le métier de journaliste reste, dans plusieurs régions, une activité à haut risque. Alors que le monde célèbre ce 2 novembre la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, les réalités du terrain rappellent que la liberté de la presse demeure fragile et que sa protection nécessite davantage que des déclarations officielles.

Instituée par les Nations unies, cette journée vise à attirer l’attention sur les violences commises contre les professionnels des médias et, surtout, sur l’absence de justice qui accompagne trop souvent ces actes. Elle rappelle aux États leur responsabilité dans la protection des journalistes, mais aussi dans la recherche et la poursuite des personnes impliquées dans les agressions, les enlèvements et les assassinats.

En RDC, les difficultés sont particulièrement visibles dans les provinces touchées par les conflits armés. Dans l’Est du pays, les journalistes travaillent dans un environnement où les affrontements, les menaces des groupes armés et les pressions de différentes parties réduisent considérablement leur marge de liberté. Certains ont été contraints de suspendre leurs émissions, de fermer leurs rédactions ou de quitter leurs lieux de travail pour préserver leur sécurité. À Kinshasa également, les professionnels des médias ne sont pas à l’abri des intimidations, des arrestations et des entraves à leur travail.

Les alertes lancées par Journaliste en danger (JED) témoignent de cette dégradation des conditions d’exercice du métier. Dans ses différents rapports, l’organisation dénonce les pressions exercées sur les médias, les restrictions à la couverture du conflit dans l’Est ainsi que les violences visant les journalistes. La guerre ne menace donc pas seulement les populations et les infrastructures : elle fragilise également le droit à l’information.

Cette situation trouve un autre éclairage dans le classement mondial de la liberté de la presse 2026 de Reporters sans frontières (RSF). La RDC occupe la 130e position sur 180 pays, contre la 133e en 2025. Une progression de trois places qui peut sembler encourageante, mais qui ne suffit pas à masquer les difficultés persistantes. Sur le volet sécuritaire, le pays se retrouve à la 166e place, révélant l’ampleur des risques auxquels les professionnels des médias restent exposés.

Mais au-delà des agressions et des menaces, c’est surtout la question de l’impunité qui préoccupe. Dans son rapport 2025 consacré aux crimes commis contre la presse dans l’Est de la RDC, JED relève les insuffisances de plusieurs procédures judiciaires, qui n’ont pas permis d’identifier clairement les auteurs de certains assassinats, leurs éventuels commanditaires ou les motivations de ces crimes. Lorsque les enquêtes n’aboutissent pas, les victimes et leurs familles restent sans réponse, tandis que les auteurs présumés échappent à la justice.

Le bilan humain est également préoccupant. JED recense près d’une trentaine de journalistes tués depuis 1994 dans le contexte des violences visant la presse. Une cinquantaine d’autres auraient fui les zones occupées par les groupes armés pour échapper aux menaces. À Goma, lors de la prise de la ville en janvier 2025, 49 stations de radio et 7 chaînes de télévision avaient cessé de fonctionner. Ces chiffres illustrent les conséquences directes de l’insécurité sur le fonctionnement des médias et sur le droit des populations à accéder à une information indépendante.

Dans ces conditions, la lutte contre l’impunité ne peut rester une simple exigence formulée à l’occasion des journées internationales. Elle doit se traduire par des enquêtes indépendantes, des poursuites judiciaires crédibles et des sanctions contre tous les responsables, y compris ceux qui commanditent les crimes. La protection des journalistes suppose également des garanties contre les arrestations arbitraires, les intimidations et les pressions politiques ou sécuritaires.

L’annonce, en octobre 2026, du soutien des autorités congolaises à la mise en place d’un mécanisme national de protection des journalistes constitue, à cet égard, un signal à suivre. Portée depuis longtemps par JED et RSF, cette initiative pourrait contribuer à mieux prévenir les violences et à accompagner les professionnels des médias menacés. Mais son efficacité dépendra de son indépendance, de ses moyens financiers et de sa capacité à intervenir concrètement lorsque la sécurité d’un journaliste est menacée.

Au fond, la question dépasse la seule corporation des journalistes. Lorsqu’un professionnel des médias est réduit au silence par la violence ou la peur, c’est toute la société qui perd une voix capable de l’informer, de questionner les décisions publiques et de dénoncer les abus. En RDC, mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes constitue donc un enjeu majeur pour l’État de droit et la démocratie. Car une liberté de la presse qui ne protège pas ceux qui l’exercent reste une liberté constamment menacée.

Myriam likiyo

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