Pétrole : Mukoko Samba veut conjuguer rigueur budgétaire et sécurité d’approvisionnement

Les réformes du secteur pétrolier congolais ont été au centre d’un échange, le 28 octobre, entre Daniel Mukoko Samba et une délégation du Fonds monétaire international. Selon le communiqué du ministère de l’Économie nationale, le FMI a salué les progrès accomplis dans la réforme de la structure des prix. En parallèle, le Gouvernement prépare un mécanisme d’approvisionnement direct auprès de la raffinerie Dangote, à travers la SOCIR.

Le carburant est à la fois un produit de consommation stratégique et un facteur déterminant du coût de la vie. Une tension sur son approvisionnement peut se transmettre aux transports, au commerce et à l’ensemble des activités productives. Sa gestion impose donc un équilibre exigeant : contenir les charges publiques tout en préservant la disponibilité des produits sur le territoire national.

C’est autour de cette équation que le vice-premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, s’est entretenu par visioconférence avec une délégation du FMI, dans le cadre de la revue du programme économique et financier de la RDC mentionnée par le communiqué officiel.

Au menu : les subventions pétrolières pour l’exercice 2026 et leurs perspectives, l’ajustement du prix moyen frontière fiscal, l’exclusion des sociétés minières du mécanisme de subvention, les conséquences de la guerre, les capacités de stockage et la mise en œuvre de l’Accord de partenariat stratégique.

Derrière ces sujets techniques se dessine une question politique et économique majeure : comment soutenir le marché sans installer les finances publiques dans une compensation permanente et difficilement maîtrisable ?

Des compensations presque apurées pour le premier semestre

Daniel Mukoko Samba a présenté à ses interlocuteurs les données relatives aux pertes et manques à gagner, les PMAG, enregistrés au cours des derniers exercices budgétaires.

Selon les éléments rapportés par son ministère, des gains ont été accumulés en janvier et février 2026, avant l’apparition de pertes et manques à gagner à partir du mois de mars. Le ministre a indiqué que les PMAG des premier et deuxième trimestres avaient été apurés dans leur quasi-totalité.

Cette précision est importante pour apprécier les relations financières entre l’État et les opérateurs pétroliers. Dans un marché soumis à une structure de prix administrée, la régularité du règlement des compensations contribue à la prévisibilité de l’activité. Elle ne dispense cependant pas d’une autre exigence : rendre lisibles les montants dus, leur mode de calcul et leur évolution.

Le communiqué ne fournit pas de données chiffrées permettant de mesurer le coût global des subventions en 2026 ni le solde restant à apurer.

Mieux cibler la dépense publique

L’exclusion des sociétés minières du mécanisme de subvention figure également parmi les points examinés. Le sujet touche directement à la destination de l’effort budgétaire : quels consommateurs l’État entend-il soutenir, selon quels critères et pour quel résultat économique ?

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est de construire un mécanisme plus ciblé et soutenable. Pour les ménages et les entreprises, la question demeure celle de ses effets concrets sur les prix et la disponibilité du carburant.

Au terme des échanges, Calixte Ahokpossi, chef de mission du FMI, a salué les avancées dans la réforme de la structure des prix, selon le ministère de l’Économie nationale. Cette appréciation constitue un signal favorable sur le chantier engagé. Le communiqué ne fait toutefois état d’aucune décision de décaissement liée à cette réunion.

Dangote, une perspective pour consolider l’approvisionnement

L’autre annonce concerne la préparation, en collaboration avec la raffinerie Dangote, d’un mécanisme d’approvisionnement direct en produits pétroliers. La Société congolaise des industries de raffinage, SOCIR, doit servir de relais à cette initiative, qui vise particulièrement les zones de l’intérieur.

La perspective mérite attention. La sécurité pétrolière du pays dépend autant de l’accès aux produits que de la capacité à les acheminer jusqu’aux consommateurs. Un approvisionnement direct devra donc s’articuler avec des moyens de transport, des capacités de stockage et une organisation de la distribution adaptés aux réalités du territoire.

À ce stade, le communiqué ne précise ni le calendrier de mise en œuvre, ni les volumes envisagés, ni les conditions commerciales du dispositif. Il s’agit donc d’une orientation annoncée, dont la portée se mesurera à sa concrétisation.

Sur les conséquences de la guerre, Daniel Mukoko Samba a affirmé que les mesures gouvernementales avaient permis de prévenir les risques de pénurie dans les différentes zones du pays. Il a également souligné la nécessité de consolider les mécanismes d’approvisionnement.

Le chantier pétrolier engagé devra ainsi répondre à une double exigence : davantage de maîtrise dans les comptes publics et davantage de fiabilité sur le marché. Pour les Congolais, sa réussite prendra une forme très concrète : trouver du carburant, à un prix compréhensible, sans que son soutien compromette durablement les autres priorités de l’État.

Adam Mwena Meji

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