À quelques jours de l’entrée en vigueur de l’interdiction de la navigation des baleinières en bois, prévue le 15 novembre 2026, l’inquiétude monte au port d’Apolo, à Kinshasa. Armateurs, navigants, porteurs et commerçantes redoutent les conséquences économiques et sociales de cette mesure sur leurs activités et leurs revenus. Ils appellent le ministre des Transports à reconsidérer sa décision et à privilégier des mesures de sécurité adaptées.


« À l’approche du 15 novembre, nous demandons au ministre de bien vouloir reconsidérer sa décision, car sa mise en application risque d’avoir des conséquences négatives sur l’économie nationale et d’affecter les conditions de vie de la population », déclare Anicet Ebadu, armateur.
Un autre armateur du même port partage ces inquiétudes et met en avant le nombre de personnes qui dépendent directement de cette activité.
« La majorité des gens ici vivent des activités des baleinières. Derrière moi, il y a environ 800 personnes qui dépendent directement de ce secteur. Nous demandons au ministre de privilégier des mesures de sécurité et de protection plutôt que d’interdire la navigation des baleinières », plaide-t-il.
De son côté, Serge Abobo, également armateur, souligne la place qu’occupent les baleinières dans le transport fluvial, estimant que les bateaux restent peu nombreux dans le secteur.
« Nous avons moins de bateaux que de baleinières, alors que les bateaux ne représentent même pas 1 % du trafic, selon les estimations avancées », affirme-t-il.
Les porteurs, qui assurent notamment le chargement et le déchargement des marchandises, craignent eux aussi de perdre leur principale source de revenus. L’un d’eux rappelle que chaque embarcation fait vivre plusieurs travailleurs.
« Il doit savoir que chaque baleinière emploie huit matelots. Il suffit de multiplier ce nombre par celui des baleinières concernées pour comprendre combien de personnes risquent de perdre leur emploi. Et que deviendront également les porteurs, souvent au nombre de douze, qui assurent le déchargement des marchandises ? S’ils ne peuvent plus travailler, comment vont-ils subvenir à leurs besoins ? Cette décision risque-t-elle d’augmenter le phénomène Kuluna ? », s’interroge-t-il.
Au-delà des conséquences économiques, les armateurs dénoncent également l’absence de concertation préalable avant l’annonce de cette interdiction. Le président de leur corporation estime que les acteurs concernés auraient dû être consultés afin d’évaluer les répercussions de cette mesure sur l’ensemble du secteur.
« Le ministre nous avait convoqués à deux reprises à GB, nous, les représentants des armateurs, pour discuter des mesures de protection des armateurs et des navigants. Mais, brusquement, il nous a convoqués pour nous annoncer sa décision d’interdire le trafic des baleinières. Nous avons estimé que cette décision était prématurée », dénonce-t-il.
Les femmes qui exercent des activités commerciales autour du port d’Apolo partagent les mêmes craintes. Elles redoutent une baisse de leurs ventes et une diminution de leurs revenus si l’interdiction entre en vigueur.
« Nous sommes inquiètes parce que la vie est déjà chère à Kinshasa. Nous ne vivons que de cette activité, notamment grâce aux marchandises qui nous parviennent par les baleinières », déplore une commerçante du port.
Une autre commerçante met en avant les répercussions possibles sur la scolarisation des enfants, financée grâce aux revenus tirés de cette activité.
« Nous scolarisons nos enfants grâce aux revenus de cette activité liée aux baleinières. Les autorités compétentes devraient plutôt contrôler les bateaux et sanctionner ceux qui naviguent la nuit, au lieu d’interdire tout le trafic des baleinières », plaide-t-elle.
Pour rappel, à compter du 15 novembre 2026, la navigation des baleinières en bois doit être interdite sur le fleuve Congo, ses affluents, certains cours d’eau ainsi que les lacs concernés.
Cette mesure a été annoncée par le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo, dans une correspondance adressée aux ministres de l’Intérieur et de la Défense.
Didier ILUNGA
