EBOLA EN RDC : PLUS DE 10 000 CAS, PRÈS DE 4 900 MORTS, L’URGENCE SANITAIRE PERSISTE

La République démocratique du Congo franchit un nouveau seuil critique dans la lutte contre Ebola. Dans son point de situation publié ce mardi 27 octobre 2026, l’Institut national de santé publique (INSP) fait état de 10 060 cas confirmés et de 4 887 décès. Déclarée en mai dernier, cette épidémie provoquée par le virus Bundibugyo continue de mettre à rude épreuve le système sanitaire congolais. Malgré les efforts de riposte, la transmission reste active et le bilan humain demeure préoccupant.

Avec 4 887 décès pour 10 060 cas confirmés, le taux de létalité atteint environ 48,6 %. En parallèle, 2 684 personnes ont été déclarées guéries. Ces chiffres traduisent l’ampleur de la crise et soulignent l’importance d’une prise en charge rapide des malades. Le bilan quotidien du 25 octobre fait également état de 96 nouveaux cas confirmés et de 46 décès confirmés, dont 40 survenus dans la communauté et six dans les structures de soins. Cette proportion élevée de décès communautaires met en évidence les difficultés de détection précoce et d’accès aux centres de traitement.

Sur le plan géographique, l’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie avec 7 211 cas confirmés et 3 370 décès. La province concentre ainsi près de 72 % des infections recensées dans le pays. Le Nord-Kivu arrive en deuxième position avec 2 309 cas confirmés et 1 293 décès. La situation reste particulièrement préoccupante dans ces deux provinces, où la surveillance et la prise en charge doivent demeurer des priorités pour limiter la poursuite des contaminations.

Les nouvelles infections signalées le 25 octobre confirment cette pression sur les principaux foyers. Sur les 96 nouveaux cas rapportés, 58 ont été enregistrés au Nord-Kivu, 32 en Ituri et six dans la Tshopo. Au total, 66 zones de santé sur les 178 que compte le pays sont touchées, dans huit provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé, la Tshopo, le Sud-Kivu, le Sud-Ubangi et le Nord-Ubangi. L’absence de nouvelle zone de santé touchée dans le dernier bilan quotidien ne signifie toutefois pas que l’épidémie recule, puisque la transmission se poursuit dans plusieurs foyers existants.

La surveillance des personnes exposées constitue un autre défi majeur. Dans cinq provinces pour lesquelles des données sont disponibles, 16 205 personnes sur les 19 853 devant être suivies ont été vues au cours de la journée considérée, soit un taux de 81,6 %, inférieur à l’objectif de 95 %. Les insuffisances du suivi peuvent retarder l’identification de nouveaux cas et compliquer l’interruption des chaînes de transmission. À cela s’ajoutent les difficultés logistiques : en Ituri, deux femmes présentant des symptômes suspects, identifiées au poste de contrôle de Biakato May, n’ont pas pu être transférées vers une structure sanitaire faute d’ambulance.

La propagation de l’épidémie suscite également des inquiétudes au-delà des frontières congolaises. Le Kenya a signalé neuf cas, dont un décès, liés à un cas importé depuis la RDC via l’Ouganda. Le Nigeria a également confirmé un cas importé. Ces développements rappellent l’importance de renforcer la surveillance aux points d’entrée, le partage d’informations entre les pays et le suivi des personnes ayant été en contact avec des malades. La détection de cas importés ne signifie cependant pas automatiquement qu’une transmission communautaire généralisée s’est installée dans ces pays.

Sur le plan scientifique, un essai clinique de phase 2/3, baptisé TUMAINI, a été lancé le 23 octobre à Bunia, en Ituri, pour évaluer des candidats vaccins contre le virus Bundibugyo. Cette initiative ouvre une perspective pour la recherche de moyens de prévention adaptés à cette souche. Toutefois, aucun vaccin homologué spécifiquement contre ce virus n’est actuellement disponible. Dans l’immédiat, la riposte repose principalement sur le dépistage, l’isolement des malades, les soins de soutien, le suivi des contacts et les mesures de prévention au sein des communautés.

Face à cette situation, l’efficacité de la réponse sanitaire dépendra notamment de la capacité des autorités à renforcer les équipes de terrain, à améliorer le transport des patients et à garantir un suivi rigoureux des personnes exposées. La sensibilisation des populations reste également essentielle pour favoriser le signalement rapide des symptômes et limiter les contacts à risque. Les décès survenus dans les communautés montrent que l’accès rapide aux soins doit demeurer au centre des priorités, particulièrement dans les zones les plus touchées.

Avec plus de 10 000 cas confirmés et près de 4 900 décès, Ebola représente une épreuve majeure pour le système sanitaire congolais. Si le bilan quotidien permet de suivre l’évolution de la maladie, seule une baisse durable des nouvelles infections, des décès et des chaînes de transmission pourra témoigner d’une amélioration réelle. L’enjeu est désormais de détecter plus tôt, de soigner plus rapidement et de protéger les communautés les plus exposées. En RDC, la lutte contre Ebola se joue autant dans les centres de traitement que sur le terrain, là où chaque retard peut favoriser de nouvelles contaminations.

Chris Mutombo

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