Eau potable en milieu rural : Yannick ASIFIWE ZIHINDULA veut donner corps à une promesse essentielle de l’État

À Mbuji-Mayi, une rencontre avec le directeur général de l’Office national d’hydraulique rurale éclaire un chantier encore insuffisamment connu. Entre organisation du service public, mobilisation des compétences et ouverture à l’innovation, le responsable de l’ONHR défend une conviction : le développement rural commence aussi par une eau sûre, accessible et disponible dans la durée.

Certaines rencontres permettent de mesurer ce que les débats publics laissent trop souvent dans l’ombre. À Mbuji-Mayi, dans le cadre décontracté d’un échange avec Yannick Asifiwe Zihindula, directeur général de l’Office national d’hydraulique rurale, la question de l’eau potable a retrouvé toute sa profondeur : celle d’une exigence de santé, de dignité et de développement.

Derrière les forages, les réservoirs et les bornes-fontaines se joue une réalité quotidienne. Celle des ménages qui cherchent de l’eau loin de leur habitation, des villages dont l’attractivité dépend de services élémentaires et des communautés pour lesquelles disposer d’un point d’eau fiable demeure une attente majeure.

Le mérite du directeur général est d’expliquer cette question sans la réduire à un catalogue d’ouvrages. Dans son propos, l’eau apparaît comme un service à organiser, une chaîne technique à maîtriser et une responsabilité publique à assumer.

Donner une capacité d’action à l’institution

Créé par le décret n° 20/009 du 1er avril 2020, l’ONHR a notamment pour mission de promouvoir la desserte en eau potable en milieu rural et d’en planifier la production et la distribution en collaboration avec les entités territoriales décentralisées. Ce mandat donne à l’Office une responsabilité nationale, tout en l’obligeant à construire des réponses adaptées aux réalités locales.

Pour Yannick Asifiwe Zihindula, l’enjeu consiste à donner une traduction opérationnelle à cette mission. Il faut des équipements, mais aussi des équipes disponibles, une organisation territoriale, des moyens de fonctionnement et une capacité d’entretien.

Au cours de notre échange, le directeur général a insisté sur les démarches engagées pour améliorer la prise en charge des agents et consolider les ressources de l’établissement. Selon lui, la mobilisation des compétences doit s’accompagner d’un ancrage budgétaire permettant à l’Office d’assumer progressivement ses responsabilités.

Cette dimension administrative mérite d’être comprise à sa juste mesure. Un ouvrage peut être financé et construit ; sa continuité de service dépend ensuite de techniciens, de pièces de rechange, d’énergie et d’une gestion quotidienne. Structurer l’institution qui en assure le suivi constitue donc une part essentielle du chantier.

C’est sur ce terrain, moins spectaculaire qu’une inauguration, que le directeur général entend également inscrire son action.

Du captage au consommateur, une chaîne à maîtriser

L’une des séquences les plus éclairantes de la rencontre a porté sur le fonctionnement d’une adduction d’eau potable.

Le directeur général en décrit les étapes : identifier la ressource, procéder au captage ou au forage, assurer le traitement adapté, organiser le stockage, puis acheminer l’eau vers les usagers. Chaque maillon compte. La disponibilité d’une ressource ne suffit pas à garantir la qualité du service rendu.

Dans cette approche, la construction doit aller de pair avec la réhabilitation et l’entretien. L’Office entend mobiliser des hydrauliciens, des hydrologues, des hydrogéologues, des électromécaniciens et des électriciens. Leur complémentarité permet d’aborder l’ouvrage dans son ensemble, depuis la connaissance du sous-sol jusqu’au fonctionnement des installations.

La vision exposée à Mbuji-Mayi comprend également un maillage territorial permettant des interventions de proximité. Le directeur général évoque une organisation appuyée sur les provinces et les territoires, afin de rapprocher l’expertise des besoins.

Cette ambition traduit une compréhension concrète du service public : la valeur d’une infrastructure se mesure aussi à la rapidité avec laquelle une panne peut être détectée et réparée.

Une ouverture documentée à l’innovation congolaise

Un fait supplémentaire éclaire cette volonté de rechercher des solutions adaptées. Le 8 juillet 2025, l’ONHR a présenté au ministère du Développement rural le dispositif « Isabo », développé par la structure congolaise Women’s Technology, portée par Thérèse Kirongozi.

Selon l’Agence congolaise de presse, Yannick Asifiwe avait alors qualifié cette technologie de prometteuse. L’Office s’était déclaré disposé à l’accompagner, sous réserve de la vérification des normes techniques et chimiques nécessaires.

Cette réserve donne tout son intérêt à la démarche. Elle associe l’ouverture aux compétences nationales à une exigence de validation. Soutenir une innovation destinée à l’eau de consommation suppose précisément de conjuguer encouragement et rigueur.

Pour l’ONHR, cette piste ouvre un champ de travail complémentaire : examiner des solutions susceptibles de répondre aux contraintes des localités éloignées et aux difficultés d’approvisionnement énergétique.

Elle permet aussi de mettre en lumière une orientation favorable au développement d’un savoir-faire congolais autour d’un besoin essentiel.

L’eau potable, un engagement de prévention sanitaire

L’action publique du directeur général s’inscrit également dans les échanges consacrés à la lutte contre le choléra.

Cet engagement apporte un éclairage utile à son discours de Mbuji-Mayi. Il rattache l’hydraulique rurale à la prévention sanitaire et à la coopération entre administrations.

La portée de l’Office dépasse ainsi la réalisation physique des équipements. Sa mission prend tout son sens lorsque l’accès à l’eau s’articule avec l’hygiène, l’assainissement et les besoins des communautés.

Rapprocher l’eau des ménages à un prix accessible

Au cours de la rencontre, Yannick Asifiwe Zihindula a également évoqué un modèle de desserte associant unités de traitement et points de vente de proximité. Il avance, à titre d’exemple, un prix de 150 francs congolais pour un bidon de 25 litres.

Ce montant, présenté comme une perspective sociale, exprime une préoccupation centrale : rendre le service financièrement accessible aux ménages. Sa mise en œuvre devra cependant s’appuyer sur les conditions réelles d’exploitation de chaque installation.

L’intérêt de cette ambition tient à la place accordée à l’usager. Produire de l’eau ne règle qu’une partie du problème. Encore faut-il qu’elle arrive à proximité du consommateur, à un coût supportable, avec une qualité et une disponibilité suivies.

Dans la vision exposée par le directeur général, le point d’eau doit devenir un équipement autour duquel la vie locale peut mieux s’organiser.

Une ambition de 3 000 ouvrages à transformer en résultats durables

Parmi les perspectives présentées, Yannick Asifiwe Zihindula évoque un objectif de 3 000 ouvrages, pour une capacité annoncée de 92 000 litres par jour.

Ces chiffres dessinent une ambition qui devra se préciser par un calendrier, des financements et une répartition territoriale. Ils permettent néanmoins de comprendre l’échelle à laquelle le directeur général souhaite porter l’action de l’Office.

Pour soutenir cette dynamique, il cite notamment la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, le FONAREV et le FIDA parmi les institutions évoquées dans les perspectives de coopération. La portée de chaque concours dépendra des accords et des projets effectivement arrêtés.

Le défi du management consiste dès lors à faire converger l’appui des autorités, les compétences internes, les collectivités et les partenaires autour d’objectifs suivis dans le temps.

La réussite se lira dans des résultats concrets : des ouvrages fonctionnels, des interruptions limitées, une eau contrôlée et des populations effectivement desservies.

Faire de l’eau une présence tangible de l’État

La rencontre de Mbuji-Mayi laisse apparaître un responsable qui veut rendre intelligible un dossier technique et lui donner une place plus forte dans les priorités nationales.

Sa contribution se dessine sur plusieurs plans : expliquer les besoins, organiser la réponse institutionnelle, mobiliser les métiers, examiner l’innovation et inscrire l’eau potable dans une démarche de prévention sanitaire.

Cette ambition appelle des moyens à la hauteur du mandat confié à l’ONHR. Elle demande aussi de la constance. Les services essentiels se construisent par des décisions successives, un financement régulier et un suivi qui se poursuit longtemps après la livraison des équipements.

Yannick Asifiwe Zihindula porte ainsi un chantier dont la portée est profondément humaine. Dans les villages, l’État devient concret lorsqu’un service attendu fonctionne et améliore la vie quotidienne.

Pour l’Office national d’hydraulique rurale, c’est là que se situe la promesse à tenir : faire de l’eau potable une réalité durable, au plus près des populations.

Robert Tanzey

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