De 850 candidats à 55 inspecteurs certifiés : l’ARSP franchit une nouvelle étape dans la professionnalisation de ses mécanismes de contrôle. Au-delà de la formation, l’enjeu est désormais de garantir des inspections rigoureuses, impartiales et conformes à la loi, afin de renforcer l’application des règles de la sous-traitance et la confiance des opérateurs économiques.






La régulation de la sous-traitance ne se joue pas uniquement dans les textes légaux. Elle dépend aussi de la capacité des institutions chargées de les faire respecter à détecter les irrégularités, à établir les faits, à documenter les infractions et à garantir un traitement équitable des entreprises. C’est à cette exigence que répond la certification de 55 inspecteurs de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), intervenue le 21 octobre 2026 à Kinshasa, au terme d’un parcours de sélection et de formation présenté comme rigoureux.
Sous l’impulsion de son directeur général, Juan Ted Beleshayi Kasanda, l’ARSP entend renforcer ses capacités opérationnelles et professionnaliser davantage ses pratiques de contrôle. L’initiative repose sur un objectif central : disposer d’agents capables de traduire les exigences de la réglementation en actes de contrôle techniquement solides, juridiquement fondés et exécutés dans le respect des procédures.
Une sélection exigeante, une responsabilité accrue
Le chiffre est révélateur de l’exigence affichée : sur 850 candidats ayant participé au processus de sélection, 55 ont été retenus pour exercer les fonctions d’inspecteur. Cette sélection, qui a comporté des épreuves écrites et orales selon le témoignage d’un représentant des bénéficiaires, devait permettre d’évaluer les connaissances et les aptitudes des candidats avant leur intégration dans ce corps de contrôle.
Pour les responsables de l’institution, cette étape ne constitue pas une simple formalité administrative. Elle participe à la construction d’une équipe appelée à intervenir dans un environnement économique où les contrôles doivent être conduits avec méthode, discernement et indépendance professionnelle.
Lors de la cérémonie, Juan Ted Beleshayi Kasanda a insisté sur la portée de cette responsabilité, en rappelant que la crédibilité des inspecteurs dépendra de la qualité de leur travail. « Votre crédibilité dépendra de la précision de vos constats, de la qualité de vos rapports, de votre impartialité et de votre respect scrupuleux des procédures », a-t-il déclaré.
Cette exigence place la qualité de la preuve au centre de la mission de contrôle. Une inspection efficace ne peut se limiter à relever des soupçons ou à constater sommairement des manquements. Elle doit reposer sur des éléments vérifiables, des documents pertinents, une analyse cohérente des faits et des rapports suffisamment étayés pour permettre aux autorités compétentes d’apprécier les suites à réserver aux constats effectués.
L’enjeu est donc double : renforcer l’efficacité des contrôles tout en préservant leur solidité juridique. Car une procédure mal conduite, une constatation insuffisamment documentée ou une interprétation approximative des textes peuvent fragiliser les conclusions d’une inspection et compromettre la portée des mesures qui pourraient en découler.
Dix jours de formation pour rapprocher la théorie du terrain
Durant dix journées, les nouveaux inspecteurs ont approfondi plusieurs dimensions de leur métier : préparation des missions, collecte des preuves, utilisation des outils de contrôle, contenu local, analyse comptable et fiscale, rédaction des rapports et des procès-verbaux, ainsi que responsabilités liées à leurs attributions d’officiers de police judiciaire à compétences restreintes.
La formation a mobilisé des intervenants issus de plusieurs domaines, notamment des experts internes de l’ARSP, des inspecteurs des finances et des magistrats. Des travaux de groupe, des études de cas et des simulations ont également permis de confronter les connaissances acquises aux réalités pratiques des missions de contrôle.
Cette complémentarité est importante. La régulation de la sous-traitance touche à des questions juridiques, administratives, comptables et fiscales qui exigent une approche méthodique. L’inspecteur doit être en mesure de comprendre les documents qui lui sont présentés, de vérifier leur cohérence, d’identifier les éventuelles anomalies et de distinguer les faits établis des simples présomptions.
Le directeur général de l’ARSP a toutefois rappelé que la certification ne saurait constituer un aboutissement définitif. La maîtrise du métier se construit également par l’expérience, l’apprentissage continu et la confrontation aux situations rencontrées sur le terrain.
Cette conception de la formation comme processus permanent est déterminante pour une institution dont l’efficacité dépend de l’adaptation constante de ses agents aux évolutions du cadre réglementaire et aux pratiques des opérateurs économiques.
Intégrité et impartialité : les conditions de la crédibilité
Au-delà de la technicité, le message de la direction générale a porté sur une dimension essentielle : l’éthique du contrôle. L’inspecteur dispose de responsabilités qui l’exposent à des pressions et à des intérêts divergents. Sa crédibilité repose donc sur sa capacité à exercer ses fonctions sans favoritisme, sans complaisance et sans se laisser influencer par des considérations étrangères à la loi.
« Le contrôle de la sous-traitance expose à des tentations et à des pressions. Soyez incorruptibles. Votre seule boussole va être la loi et l’intérêt général », a insisté Juan Ted Beleshayi Kasanda.
Cette déclaration fixe une ligne de conduite : la compétence technique doit s’accompagner d’une intégrité irréprochable. Un contrôle ne peut être considéré comme crédible si les entreprises ont le sentiment que les règles sont appliquées de manière sélective, que les décisions dépendent des relations ou que les procédures varient selon les acteurs concernés.
L’impartialité est tout aussi importante pour les entreprises contrôlées que pour l’institution elle-même. Elle suppose que les mêmes exigences soient appliquées dans des situations comparables, que les droits des opérateurs soient respectés et que toute constatation repose sur des éléments objectifs.
Dans cette perspective, l’ARSP entend promouvoir une approche qui associe fermeté face aux infractions, respect des garanties procédurales et pédagogie à l’égard des entreprises. Car la mission de l’inspecteur ne consiste pas uniquement à relever les manquements. Elle comprend également l’explication des obligations légales et la prévention des irrégularités, dans les limites prévues par la réglementation.
Le contrôle, un levier de régulation économique
La professionnalisation des inspections prend tout son sens lorsqu’elle est replacée dans la finalité de la réglementation de la sous-traitance : assurer le respect des règles applicables au secteur et contribuer à un environnement économique plus équitable pour les entreprises concernées.
Dans ce cadre, l’efficacité du contrôle ne se mesure pas seulement au nombre de missions réalisées ou d’irrégularités relevées. Elle se juge aussi à la qualité des vérifications, à la cohérence des procédures, à la pertinence des conclusions et à la capacité de l’institution à faire respecter durablement les obligations légales.
Pour l’ARSP, disposer d’inspecteurs mieux formés doit ainsi permettre d’améliorer la traçabilité des contrôles et la qualité des rapports transmis aux autorités compétentes. Il s’agit également de renforcer la prévisibilité de l’action administrative : les entreprises doivent pouvoir comprendre les règles qui leur sont applicables, connaître les exigences auxquelles elles sont soumises et être contrôlées sur des bases objectives.
Cette orientation comporte une exigence de résultats. La formation et la certification constituent des moyens, non une fin en soi. Leur portée devra être appréciée à travers la qualité des missions effectivement conduites, la solidité des constats, le respect des procédures et l’application effective de la réglementation.
Une nouvelle étape, mais surtout une épreuve de terrain
En prenant la parole au nom de ses collègues, un représentant des inspecteurs a reconnu les difficultés du parcours de sélection avant de souligner la détermination des 55 bénéficiaires à relever le défi qui leur est confié. Ce témoignage traduit l’engagement attendu d’une équipe désormais appelée à mettre ses compétences au service de la régulation.
Pour Juan Ted Beleshayi Kasanda, trois valeurs doivent guider leur action : le professionnalisme, l’intégrité et la pédagogie. Le professionnalisme exige des analyses rigoureuses et des constatations précises. L’intégrité impose de résister aux pressions et de se conformer à la loi. La pédagogie consiste à expliquer les obligations, à prévenir les irrégularités et à orienter les entreprises vers la conformité.
Ces principes dessinent les contours d’un contrôle qui se veut à la fois ferme, impartial et constructif. Ils rappellent également que l’autorité d’une institution ne repose pas uniquement sur les pouvoirs que lui confèrent les textes, mais sur la manière dont elle les exerce.
Avec la certification de ces 55 inspecteurs, l’ARSP franchit donc une étape dans le renforcement de ses capacités humaines et techniques. Le véritable test commence maintenant : transformer la formation reçue en pratiques professionnelles irréprochables, renforcer la confiance dans les mécanismes de contrôle et contribuer à une application plus rigoureuse de la réglementation de la sous-traitance en République démocratique du Congo.
La crédibilité de cette nouvelle équipe se construira moins dans les cérémonies que dans les résultats, moins dans les engagements que dans leur traduction concrète sur le terrain. C’est à cette aune que sera appréciée la portée de cette initiative de professionnalisation portée par la direction générale de l’ARSP.
José-Junior OWAWA
