Le cycliste congolais Miguel Mumbere Masaïsaï a été conduit à sa dernière demeure à Kinshasa, après des hommages consacrant son engagement sportif et son combat pour la paix. Décédé le 18 septembre 2026 dans un accident de la circulation à Ouesso, au Congo-Brazzaville, le jeune athlète a également été honoré à titre posthume. Derrière la douleur de sa disparition, son parcours relance la réflexion sur la place du sport dans la sensibilisation aux conflits et la valorisation des jeunes talents congolais.



La République démocratique du Congo perd un jeune sportif dont l’ambition dépassait les frontières des stades et des compétitions. Miguel Masaïsaï avait choisi le vélo comme moyen de porter un message de paix, de solidarité et d’unité. Son dernier projet, « Pedals for Peace », devait le conduire de Goma à Rabat, au Maroc, sur un itinéraire continental estimé à près de 14 000 kilomètres. Mais cette aventure s’est arrêtée brutalement sur une route du nord du Congo-Brazzaville.
Un hommage national à un engagement citoyen
À Kinshasa, les cérémonies organisées en sa mémoire ont été annoncées conjointement par le ministère des Sports et Loisirs et la Fédération congolaise de cyclisme (FECOCY). Les deux institutions ont présenté le défunt comme un athlète courageux et déterminé, qui avait porté les couleurs de la RDC à travers une initiative consacrée à la paix et à la solidarité avec les populations victimes des violences dans l’Est du pays.
La décoration à titre posthume s’inscrit dans cette volonté de reconnaître son engagement républicain et sportif. Si cette distinction honore sa mémoire, elle rappelle également la portée symbolique de son initiative : utiliser le sport pour attirer l’attention sur une crise humanitaire et défendre la paix.
Le rapatriement de sa dépouille avait déjà donné lieu à une forte émotion à Kinshasa, le 25 septembre. Des cyclistes avaient accompagné le cortège funèbre depuis le Beach Ngobila, à travers plusieurs grandes artères de la capitale, jusqu’à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire. Des proches, des membres de sa famille et des représentants du monde sportif s’étaient réunis pour lui rendre hommage.
La jeunesse congolaise réclame la préservation de son héritage
Au lendemain de son décès, le Conseil national de la jeunesse (CNJ-RDC), conduit par son président, Claude Mbuyi, avait plaidé auprès du ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, pour le rapatriement de la dépouille et l’organisation d’obsèques officielles. L’organisation avait également demandé une décoration posthume afin de préserver la mémoire de cet engagement.
Le CNJ avait formulé une autre proposition : conserver le vélo, le casque et la vareuse du cycliste au Musée national. L’objectif est de faire de ces objets des témoignages durables de l’engagement d’une jeunesse qui entend contribuer à la paix et à la sécurité.
Dans le monde sportif africain, la disparition du jeune Congolais a également suscité des réactions. Le président de la Confédération africaine de cyclisme a exprimé ses condoléances à la famille, à ses proches et à la communauté cycliste congolaise. Il a salué un passionné du cyclisme dont le périple de Goma à Rabat portait un message d’espoir et d’unité. Pour cette instance, le message défendu par Miguel doit continuer à vivre à travers ceux qui poursuivront son rêve.
L’Action contre les violations des droits des personnes vulnérables (ACVDP) lui avait également rendu hommage à l’occasion de la Journée internationale de la paix, célébrée le 21 septembre. L’organisation avait souligné la dimension humaine de son initiative, rappelant que la paix se construit aussi par des actes de solidarité, de tolérance et de rapprochement entre les peuples.
Le 4 octobre, une autre reconnaissance lui avait été accordée à Kinshasa : le trophée « Mwinda Immortel », remis à titre posthume à sa famille lors d’une cérémonie au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale. Son initiateur, Jonathan Bilari, avait salué la portée historique de son engagement, estimant que, même si le cycliste n’avait pas pu terminer sa course, son geste resterait gravé dans les mémoires.
De Goma au Cap, puis de Goma à Rabat
Natif de Goma, dans la province du Nord-Kivu, Miguel Masaïsaï avait déjà réalisé un périple reliant sa ville natale au Cap, en Afrique du Sud, en 2025. Cette première expérience avait démontré sa détermination à repousser les limites du cyclisme et à porter son message au-delà des frontières congolaises.
Le 1er mai 2026, il avait repris la route avec un nouvel objectif : rallier Rabat à vélo. À travers « Pedals for Peace », il entendait sensibiliser l’opinion à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC et témoigner de la solidarité envers les populations affectées par les violences. Après avoir traversé plusieurs régions du pays, il avait poursuivi son itinéraire depuis Brazzaville.
Le 18 septembre, son parcours s’est interrompu à Ouesso, dans le nord du Congo-Brazzaville, à la suite d’un accident de la circulation. Sa mort a provoqué une vive émotion au sein de sa famille, de la jeunesse congolaise et de la communauté sportive.
Au-delà des hommages, la question de l’accompagnement des athlètes
La disparition de Miguel Masaïsaï pose aussi la question de l’encadrement des sportifs qui entreprennent de longues expéditions à travers plusieurs pays. La préparation logistique, le suivi des itinéraires, la sécurité routière et les mécanismes d’assistance constituent des enjeux essentiels pour les athlètes qui s’engagent dans ce type de défi.
Les sources publiques consultées ne permettent toutefois pas d’établir précisément les conditions d’encadrement de son expédition ni les conclusions d’une éventuelle enquête sur l’accident. Ces éléments mériteraient d’être documentés auprès des autorités compétentes et des organisateurs concernés.
L’inhumation de Miguel Masaïsaï clôt un chapitre douloureux pour ses proches, mais elle ne met pas fin à la portée de son combat. Entre la décoration posthume, les hommages du monde sportif et les propositions visant à préserver ses équipements, plusieurs initiatives cherchent désormais à inscrire son nom dans la mémoire collective.
Son voyage vers Rabat n’aura jamais atteint son terme. Mais son ambition, elle, demeure : faire du sport une voix en faveur de la paix et rappeler que la jeunesse congolaise peut aussi se mobiliser pour la solidarité, la cohésion nationale et l’espoir.
Blessed Kuzola
