Face aux risques de tension dans l’approvisionnement en produits pétroliers à Kinshasa, le ministère des Hydrocarbures explore une solution technique pour accroître les capacités de transport par pipeline. Une commission dispose de trois mois pour tester l’utilisation d’un agent réducteur de traînée sur l’axe Ango-Ango–Kinshasa, avant toute décision sur sa mise en œuvre.



La sécurisation de l’approvisionnement en carburant de Kinshasa passe aussi par l’amélioration des capacités de transport entre les installations d’approvisionnement et les dépôts de la capitale. C’est dans cette perspective que la ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a réuni, jeudi 22 octobre 2026, les principaux acteurs de la chaîne pétrolière afin d’examiner les risques de rupture de stock et les moyens d’y faire face.
Autour de la table figuraient notamment les responsables de SEP Congo, d’ENGIP et de Cobil, ainsi que des représentants du ministère de l’Économie nationale. Les échanges ont principalement porté sur une proposition technique susceptible d’améliorer le débit du pipeline reliant Ango-Ango à Kinshasa, un axe important pour l’acheminement des produits pétroliers vers la capitale.
L’enjeu est de renforcer la capacité d’acheminement des carburants dans un contexte marqué par la progression de la consommation et la nécessité de prévenir les perturbations de la distribution. Une insuffisance des capacités de transport peut en effet compliquer la reconstitution des stocks et accentuer les tensions sur le marché local.
La solution examinée repose sur l’utilisation d’un agent réducteur de traînée, désigné en anglais par l’expression Drag Reducing Agent (DRA). Ce produit, introduit dans un flux liquide, vise à réduire les pertes de charge liées aux turbulences et à faciliter l’écoulement dans une conduite.
Appliquée au pipeline Ango-Ango–Kinshasa, cette technologie pourrait permettre d’augmenter les volumes de carburant transportés sur une période donnée, sans engager nécessairement de lourds travaux de modification des infrastructures existantes.
L’intérêt de cette option réside dans la possibilité d’améliorer les performances d’un réseau déjà en service, alors que la construction de nouvelles installations ou l’extension des capacités de transport peuvent nécessiter davantage de temps et d’investissements.
Toutefois, les gains attendus restent à établir dans les conditions d’exploitation propres au réseau congolais. L’efficacité de l’agent réducteur dépend notamment des caractéristiques du pipeline, du produit transporté, des conditions de pompage et des paramètres techniques retenus.
La proposition ne constitue donc pas encore une solution définitivement adoptée. Elle entre dans une phase d’évaluation destinée à déterminer si son utilisation peut répondre aux besoins d’approvisionnement de Kinshasa sans compromettre la sécurité des installations.
À l’issue de la réunion, Acacia Bandubola Mbongo a demandé la mise en place d’une commission technique chargée de conduire des essais expérimentaux pendant trois mois. Cette période doit permettre aux experts d’évaluer les effets de la technologie sur les performances du pipeline et d’identifier les éventuelles contraintes liées à son utilisation.
L’évaluation devra notamment porter sur l’évolution des débits, la compatibilité du produit avec les installations, les conditions de sécurité et les conséquences éventuelles sur les équipements. Les capacités de stockage et de distribution devront également être prises en compte afin que l’amélioration du transport se traduise effectivement par une meilleure disponibilité des carburants.
Pour le secteur, la question ne se limite pas à faire circuler davantage de produits dans les conduites. Il s’agit de vérifier que l’ensemble de la chaîne logistique peut absorber les volumes supplémentaires, depuis l’acheminement jusqu’au stockage et à la distribution finale.
Alain Ilunga, président du conseil d’administration de SEP Congo, a indiqué que la solution proposée pourrait contribuer à améliorer la vitesse de pompage et à atténuer les tensions sur l’approvisionnement. Il a précisé que la commission devra mener les essais nécessaires au cours des trois prochains mois afin d’en mesurer les effets.
Cette démarche place ainsi l’expérimentation au centre du processus décisionnel. Les résultats techniques devront permettre d’apprécier les bénéfices potentiels de la solution avant d’envisager son déploiement à plus grande échelle.
Du côté d’ENGIP, l’accent est également mis sur la nécessité de procéder à des vérifications avant toute mise en œuvre. Son directeur général, Richard Beya Ilunga, a expliqué que cette technologie est utilisée dans d’autres pays, tout en soulignant l’importance d’essais réalisés sur place.
L’objectif est de s’assurer que l’agent réducteur n’entraîne pas d’effets défavorables sur les infrastructures et que les installations de stockage et de distribution puissent suivre l’évolution de la consommation.
Cette précaution est déterminante. Une augmentation du débit du pipeline ne suffirait pas, à elle seule, à garantir la disponibilité du carburant si les capacités de réception, de stockage ou de distribution demeuraient insuffisantes. La performance du système dépend donc de la coordination entre les différents maillons de la chaîne pétrolière.
La commission technique devra ainsi apporter des éléments concrets permettant de déterminer les conditions dans lesquelles cette solution pourrait être utilisée, ses limites éventuelles et les ajustements nécessaires à son exploitation.
Pour les autorités, l’objectif final reste la prévention des tensions sur le marché des produits pétroliers dans la capitale. Les difficultés d’approvisionnement peuvent avoir des répercussions sur les transports, les activités économiques et le quotidien des habitants, particulièrement lorsque la disponibilité du carburant devient irrégulière.
L’amélioration du pipeline Ango-Ango–Kinshasa représente donc une piste parmi les mesures susceptibles de renforcer la sécurité de l’approvisionnement. Son efficacité dépendra néanmoins des résultats des essais, de la capacité des infrastructures à absorber les volumes transportés et des conditions économiques de sa mise en œuvre.
Au terme des trois mois d’expérimentation, les conclusions de la commission devront permettre de déterminer si l’utilisation de l’agent réducteur de traînée constitue une option techniquement fiable et économiquement pertinente pour le réseau congolais.
Le véritable enjeu sera alors de transformer les gains techniques éventuellement constatés en une amélioration mesurable de la disponibilité du carburant à Kinshasa. Car au-delà de l’optimisation du transport, c’est la régularité de l’approvisionnement et sa capacité à répondre à la demande qui permettront d’évaluer la portée de cette initiative.
Heritier Lelo
