Alors que la République démocratique du Congo fait face à une épidémie d’Ebola provoquée par la souche Bundibugyo, Médecins Sans Frontières (MSF) et son centre de recherche en épidémiologie, Epicentre, livrent les premiers chiffres de l’étude BRAVO. Au 10 octobre 2026, 857 personnes ont déjà été vaccinées sur les 20 000 travailleurs de première ligne ciblés. Objectif : déterminer si le vaccin Ervebo, homologué contre une autre souche du virus, peut également offrir une protection contre Bundibugyo.


La riposte contre Ebola s’appuie aussi sur la recherche scientifique. Lancée le 19 septembre 2026 à Bunia, l’étude BRAVO entend apporter des réponses à une question cruciale : le vaccin Ervebo peut-il contribuer à protéger les personnes les plus exposées à la souche Bundibugyo, responsable de l’épidémie en cours en RDC ?
Les premiers chiffres ont été communiqués par le docteur Youssouf Kaboré, investigateur du site de l’étude à Bunia. « Actuellement, nous avons 857 personnes qui ont été vaccinées », indique-t-il, précisant que la population cible est de 20 000 personnes.
Ces données constituent un premier point d’étape dans une étude menée par MSF et Epicentre, en collaboration avec le ministère congolais de la Santé, Africa CDC, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et d’autres partenaires scientifiques.
Un vaccin connu, mais une protection encore incertaine
L’enjeu de BRAVO tient à une particularité scientifique : Ervebo est déjà utilisé contre Ebola, mais son autorisation concerne le virus de l’espèce Zaïre, et non celui de Bundibugyo. À ce jour, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n’est immédiatement disponible contre cette dernière souche. L’éventuelle protection offerte par Ervebo doit donc être évaluée rigoureusement.
Dans ce contexte, l’étude ne vise pas simplement à comptabiliser les personnes vaccinées. Elle doit permettre de recueillir des données concrètes sur leur évolution sanitaire et de la comparer à celle d’un groupe de personnes non vaccinées.
« Il y a un groupe de personnes qui est vacciné et un groupe qui n’est pas vacciné », explique le docteur Kaboré.
Durant la période de suivi, les chercheurs recueilleront régulièrement des informations sur l’état de santé des participants, notamment les éventuelles hospitalisations et les décès. « Chaque mois, on va les appeler pour déterminer les événements qui se sont passés », précise l’investigateur.
À la fin de l’étude, les données des deux groupes seront comparées afin d’évaluer l’efficacité potentielle du vaccin dans le contexte de l’épidémie actuelle.
Il convient toutefois de le souligner : les 857 vaccinations annoncées ne constituent pas, à elles seules, une preuve de l’efficacité du vaccin contre Bundibugyo. Ce sont les résultats de l’analyse scientifique qui permettront de tirer des conclusions.
Les travailleurs de première ligne au cœur du dispositif
Le choix des participants répond à une logique de protection des personnes particulièrement exposées au virus. Le personnel soignant, les équipes chargées de rechercher les contacts, les hygiénistes, les ambulanciers ainsi que les personnes intervenant dans les enterrements des victimes figurent parmi les catégories concernées.
« Toutes les personnes qui interviennent dans la réponse sont des personnes de première ligne », souligne le docteur Youssouf Kaboré.
Ce ciblage s’explique par leur rôle dans la prise en charge des malades, la surveillance épidémiologique et les interventions auprès des communautés. Leur exposition potentielle au virus en fait une population importante pour évaluer l’intérêt d’une protection vaccinale supplémentaire.
L’étude prévoit un suivi d’au moins six mois pour les participants. Les femmes enceintes qui exercent une activité de première ligne peuvent également y prendre part, sous réserve de remplir les conditions prévues par le protocole. Leur suivi est prolongé jusqu’à l’accouchement, selon les explications de l’investigateur.
70 000 doses : entre recherche et riposte
Le lancement de BRAVO s’inscrit dans un dispositif plus large de mise à disposition de vaccins. En août 2026, l’Organisation mondiale de la santé et Africa CDC avaient annoncé la libération initiale de 70 000 doses d’Ervebo pour la RDC. Selon les informations communiquées à l’époque, 20 000 doses étaient destinées à un essai clinique et 50 000 à la vaccination des travailleurs de première ligne, conformément aux recommandations sanitaires.
Au-delà de ces chiffres, BRAVO porte un enjeu majeur pour la santé publique congolaise : disposer de données fiables pour guider les décisions sanitaires face à une souche contre laquelle les moyens de prévention spécifiques restent limités.
Les premiers chiffres sont désormais connus. Reste l’essentiel : déterminer, à l’issue du suivi et de l’analyse comparative, si Ervebo peut réellement contribuer à réduire le risque lié au virus Bundibugyo. C’est à cette question, et non au seul nombre de personnes vaccinées, que l’étude devra apporter une réponse scientifique.
Don Momat
