Du 12 au 14 octobre, Le Caire devient un carrefour des décideurs publics, industriels, investisseurs et fournisseurs de technologies. Pour la République démocratique du Congo, Egypt Energy 2026 offre surtout une occasion : transformer un potentiel considérable en projets capables d’attirer les capitaux et de soutenir l’industrialisation.
L’Afrique possède l’un des plus grands potentiels hydroélectriques encore inexploités au monde. La Banque africaine de développement l’estime à environ 340 GW, dont à peine 11 % étaient exploités dans son évaluation de référence. Le continent concentre ainsi une ressource considérable, alors qu’une grande partie de sa population reste confrontée à un accès insuffisant à l’électricité.
La RDC occupe une place particulière dans cette équation. Son potentiel hydroélectrique est estimé à plus de 100 GW, mais l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) indique que seulement environ 3,2 % de ce potentiel est actuellement exploité.
Le paradoxe congolais est donc saisissant : des fleuves, des chutes, un sous-sol exceptionnel et un potentiel de production parmi les plus importants du continent, mais un accès à l’électricité qui reste limité. La Banque mondiale estime actuellement cet accès à environ 21 % de la population, avec un objectif de 62 % à l’horizon 2030 dans le cadre du Compact énergétique national.
Un marché ouvert, mais encore difficile à financer
La RDC a pourtant engagé depuis plusieurs années une réforme majeure. La loi n°14/011 du 17 juin 2014 a consacré la libéralisation du secteur de l’électricité et son ouverture aux opérateurs privés, avec différents régimes allant de la concession à la licence, en passant par l’autorisation et la déclaration.
Le dispositif institutionnel s’est progressivement étoffé autour du ministère de tutelle, de la SNEL, opérateur historique, de l’ARE, chargée de la régulation, de l’ANSER, dédiée à l’électrification et aux services énergétiques en milieux rural et périurbain, ainsi que de l’ADPI, structure spécialisée dans la promotion du Grand Inga. L’ANAPI, de son côté, présente le secteur aux investisseurs et met en avant les possibilités offertes par le cadre légal.
Mais ouvrir un marché ne suffit pas à faire affluer les capitaux.
Pour les investisseurs, le secteur reste confronté à plusieurs difficultés : coût élevé des infrastructures, besoin de réhabilitation des installations existantes, risques liés au transport et à la distribution, questions tarifaires, sécurisation des investissements et nécessité de disposer de projets techniquement et financièrement bancables.
L’ARE elle-même relève encore des difficultés réglementaires et organisationnelles, notamment autour des mini-réseaux, de la tarification et du traitement des demandes des opérateurs.
Autrement dit, le potentiel est immense. Le financement, lui, doit encore trouver son chemin vers les projets.
Produire davantage, mais surtout perdre moins
Le problème congolais ne se résume d’ailleurs pas à la capacité de production.
Une partie de l’électricité produite se perd avant d’atteindre les consommateurs, tandis que le réseau reste marqué par le vieillissement de certaines infrastructures et les besoins de maintenance. L’ARE indique que la SNEL dispose de 2 498 MW de puissance installée, dont 99 % hydroélectrique, mais que près de la moitié seulement est disponible en raison notamment de contraintes de vétusté et de maintenance.
Le constat pose une autre question aux investisseurs : à quoi sert d’augmenter la production si les réseaux de transport et de distribution ne suivent pas ?
La réponse passe donc aussi par la réhabilitation des infrastructures, l’amélioration de la distribution et la réduction des pertes. Le développement du secteur devra être pensé comme une chaîne complète : produire, transporter, distribuer et commercialiser efficacement.
Inga, de la puissance à la transformation
C’est ici que le dossier Inga retrouve toute son importance.
Inga 1, mise en service en 1972, dispose d’une capacité installée de 351 MW. Inga 2, construite en 1982, atteint 1 424 MW. Ces deux centrales constituent encore aujourd’hui une part majeure de la production de la SNEL.
Vient ensuite Inga 3, dont la configuration et la puissance sont encore au cœur du processus de développement. Selon la Banque mondiale, les différentes options étudiées peuvent aller de quelques gigawatts à environ 11 GW. Le programme lancé en 2025 doit notamment préparer les conditions techniques, institutionnelles et locales nécessaires à sa réalisation.
À plus long terme, le Grand Inga porte une ambition d’une autre dimension. Le site pourrait développer jusqu’à environ 42 000 MW, à travers plusieurs phases et plusieurs centrales.
Mais l’enjeu du Grand Inga ne devrait plus être présenté uniquement sous l’angle de la puissance installée.
Son véritable intérêt économique réside dans ce que cette puissance pourrait permettre : électrifier davantage le pays, alimenter les industries, soutenir les mines, développer l’agro-industrie, renforcer les services numériques et, surtout, favoriser la transformation locale des ressources congolaises.
De la mine à l’industrie
Pour un pays producteur de cuivre, de cobalt et d’autres minerais stratégiques, la disponibilité d’une électricité fiable constitue un facteur déterminant de compétitivité.
Transformer davantage sur place signifie davantage d’usines, de sous-traitants, de services, d’emplois et de recettes. L’électricité devient alors moins une marchandise qu’une infrastructure de production.
C’est précisément cette équation que la RDC doit porter auprès des investisseurs.
L’objectif n’est pas simplement de financer de nouvelles centrales. Il s’agit de construire un système capable de soutenir une économie productive.
Le Caire, une fenêtre sur les capitaux
Dans ce contexte, la présence congolaise à Egypt Energy 2026 peut dépasser la simple représentation institutionnelle.
Le ministère, les agences publiques, les conseillers sectoriels de la Présidence, les entreprises publiques et les opérateurs privés disposent d’une plateforme pour présenter des projets, rechercher des partenaires et mettre en avant les besoins de financement du pays.
Le défi sera de présenter des projets suffisamment structurés pour répondre aux attentes des investisseurs : cadre réglementaire clair, modèle économique crédible, garanties, visibilité sur les débouchés et capacité à sécuriser les infrastructures.
Car les investisseurs ne financent pas seulement un potentiel. Ils financent des projets capables de transformer ce potentiel en revenus et en développement.
Pour la RDC, l’enjeu d’Egypt Energy 2026 est donc double : attirer des capitaux pour accroître l’offre, mais aussi mobiliser des investissements pour moderniser les réseaux et réduire les pertes.
La véritable bataille ne sera pas seulement celle des mégawatts.
Elle sera celle de la transformation des ressources en production, en industrie, en emplois et en valeur ajoutée locale.
Au Caire, la RDC pourra présenter ses fleuves, ses barrages, ses minerais et ses ambitions. Mais le marché attendra surtout de voir comment ces atouts peuvent devenir des projets bancables.
Car le potentiel hydrographique de la RDC est déjà là.
Le véritable défi est désormais de trouver les capitaux, les infrastructures et les mécanismes capables de le convertir en puissance économique.
José-Junior Owawa
