À Istanbul, la Banque centrale du Congo (BCC) entend accélérer sa réflexion sur la modernisation des systèmes de paiement. Son gouverneur, André Wameso, a pris part à la 10ᵉ Conférence internationale consacrée aux systèmes de paiement des banques centrales, réunissant plusieurs acteurs majeurs du secteur.
Cette rencontre intervient dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les sanctions et les restrictions sur les transactions transfrontalières. Des évolutions qui poussent les banques centrales à repenser leurs mécanismes de paiement afin de les rendre plus rapides, sécurisés et résilients.
« Je suis venu participer à la dixième conférence sur les systèmes de paiement de banques centrales, une conférence internationale qui est tenue ici à Istanbul avec tous les grands acteurs pour les paiements digitaux », a déclaré André Wameso.
À l’issue des échanges, les participants ont convenu de travailler sur une feuille de route destinée à améliorer les paiements entre banques centrales et au sein des systèmes financiers.
« Il a été décidé de dresser ici une feuille de route pour les banques centrales, pour s’assurer que ces paiements entre banques centrales et dans les systèmes financiers se fassent de la manière la plus optimale possible », a-t-il expliqué.
Miser sur les nouvelles technologies
Pour la RDC, cette réflexion s’inscrit dans un contexte où les services financiers numériques connaissent une progression rapide. L’accès aux services bancaires classiques demeure encore limité pour une partie de la population, tandis que le mobile money s’est fortement développé. En 2021, 37 % des adultes congolais disposaient d’un compte de mobile money, contre 2 % en 2014.
La BCC s’intéresse ainsi aux opportunités offertes par les nouvelles technologies, notamment les monnaies numériques, les stablecoins et l’intelligence artificielle. L’objectif est d’identifier les solutions susceptibles de rendre les transactions plus rapides, accessibles et adaptées aux réalités du marché congolais.
La RDC apparaît déjà comme un terrain d’expérimentation pour certaines innovations. Selon le gouverneur de la BCC, deux initiatives majeures ont notamment été lancées dans le pays en moins d’une année.
« La firme Visa a lancé sa solution VisaPay de manière mondiale, en RDC, et aussi nous avons eu le lancement pour la première fois du système de paiement Starlink avec un opérateur de téléphonie mobile dans notre pays », a souligné André Wameso.
Il estime que ces initiatives traduisent l’intérêt croissant des grands acteurs technologiques et financiers pour le marché congolais. « Les acteurs globaux s’intéressent beaucoup à la RDC comme étant un pays pilote pour lancer des moyens de communication et des systèmes de paiement innovants », a-t-il ajouté.
Le défi des zones reculées
La modernisation des paiements doit également tenir compte des difficultés d’accès à Internet dans certaines régions du pays. Pour ne pas exclure les populations vivant dans les zones mal desservies, la BCC envisage notamment le développement de solutions de paiement hors ligne.
« Nous nous sommes dit aussi que nous devons vérifier ou bien mettre en place, dans le cadre de ces assises, des systèmes de paiement hors ligne », a indiqué le gouverneur.
Cette piste pourrait contribuer à renforcer l’inclusion financière, particulièrement dans les territoires où la couverture numérique reste insuffisante.
La conférence d’Istanbul a également permis d’aborder les enjeux liés aux crypto-actifs et à l’intelligence artificielle. Plusieurs pays africains explorent déjà les possibilités offertes par les stablecoins, notamment dans les paiements transfrontaliers. La RDC entend, pour sa part, tirer les enseignements de ces expériences tout en privilégiant des solutions adaptées à son environnement économique et financier.
Une réforme en profondeur
Pour André Wameso, la modernisation des systèmes de paiement constitue désormais un axe majeur des réformes engagées par la Banque centrale.
« La Banque Centrale est pleinement maintenant dans toute une série de réformes pour l’ancrer dans les développements mondiaux des nouvelles technologies et notamment des systèmes de paiement », a-t-il affirmé.
L’enjeu consiste à accompagner l’innovation tout en préservant la stabilité et la sécurité du système financier. À travers ces réformes, la BCC veut ainsi rapprocher le système financier congolais des standards internationaux et mieux préparer les paiements aux mutations technologiques à venir.
« C’est très encourageant pour notre pays et c’est clairement la direction que la Banque Centrale du Congo a choisie pour moderniser le système financier congolais », a conclu le gouverneur.
Daniella Kalala
