Sous le thème de «l’industrialisation résiliente, durable et inclusive par le développement des infrastructures, la transformation agricole et la valorisation des minéraux critiques, pour un monde plus équitable », le 46ᵉ Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’est tenu à Durban, en Afrique du Sud.




La République démocratique du Congo a pris part à ces assises par l’entremise du Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens Combattants, Me Guy Kabombo Muadiamvita. Représentant personnel du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, il a porté devant les dirigeants de la région la position de Kinshasa sur les enjeux d’industrialisation, d’intégration économique, d’infrastructures et de sécurité.
Au nom du Chef de l’État, le VPM Guy Kabombo Muadiamvita a lu le discours présidentiel, dans lequel Félix-Antoine Tshisekedi appelle les pays d’Afrique australe à opérer un véritable « changement de paradigme » économique. Pour le Président congolais, le développement de la région ne peut plus reposer essentiellement sur l’extraction et l’exportation des matières premières à l’état brut.
L’enjeu est désormais de transformer davantage les ressources disponibles sur le continent afin de créer de la valeur, des emplois et des capacités industrielles durables.
Du haut de la tribune du sommet, la RDC a réaffirmé son attachement aux principes de solidarité, de coopération et d’intégration régionale portés par la SADC. Mais Kinshasa souhaite que cette intégration franchisse une nouvelle étape : celle d’une coopération davantage orientée vers la production et la transformation.
La question centrale soulevée par le Président Tshisekedi est donc celle de la capacité de l’Afrique australe à convertir l’abondance de ses ressources naturelles en capacités productives, en emplois décents et en progrès concrets pour les populations.
Dans cette perspective, la RDC entend s’appuyer sur ses nombreux atouts, notamment ses réserves de cuivre et de cobalt, son potentiel en lithium, ses ressources hydriques, ses vastes terres arables ainsi que ses capacités énergétiques. Ces ressources sont présentées comme des leviers susceptibles de contribuer à la construction de chaînes de valeur régionales compétitives.
Pour Kinshasa, il ne s’agit plus seulement d’extraire et d’exporter, mais de favoriser la transformation locale et régionale des matières premières, de diversifier les économies et de développer une véritable base industrielle africaine.
Cette orientation suppose une convergence progressive des politiques industrielles des États membres, une meilleure interconnexion des infrastructures et une coopération économique fondée sur la complémentarité des capacités de production.
La question des infrastructures occupe également une place importante dans la vision défendue par la RDC. À Durban, Me Guy Kabombo Muadiamvita a présenté les corridors régionaux non pas comme de simples voies d’évacuation des matières premières vers les marchés extérieurs, mais comme de véritables instruments de développement économique.
L’objectif est de favoriser la circulation des biens, des personnes et des investissements, tout en rapprochant les zones de production des pôles industriels et des marchés de consommation.
Dans cette logique, la mise en œuvre effective du Protocole de la SADC sur le commerce apparaît comme un levier essentiel. Pour Kinshasa, l’intégration régionale doit se traduire par une augmentation des échanges intrarégionaux, davantage d’investissements et la création de chaînes de valeur capables de générer des emplois.
La RDC plaide ainsi pour une intégration qui ne se limite pas à l’ouverture des marchés, mais qui permette aux États de produire davantage ensemble et de retenir une plus grande partie de la valeur créée sur le continent.
Cette ambition industrielle reste toutefois tributaire de la mobilisation de ressources financières importantes. Sur ce point, le Président Tshisekedi soutient l’accélération de l’opérationnalisation du Fonds régional de développement de la SADC.
Un tel mécanisme devrait permettre de mobiliser davantage de ressources publiques, de capitaux privés et d’instruments financiers innovants pour accompagner les grands projets régionaux.
Pour la RDC, le financement des infrastructures, de l’énergie, de l’agriculture et des industries de transformation constitue une condition essentielle à la concrétisation de l’ambition d’une SADC plus productive et plus intégrée.
L’enjeu est également de créer un environnement susceptible d’attirer les investissements privés vers les secteurs stratégiques et de renforcer les capacités productives des États membres.
Dans son adresse, le Président de la République a également établi un lien direct entre développement économique et sécurité. Pour Kinshasa, aucune intégration régionale durable ne peut être envisagée sans paix, stabilité et sécurité.
La RDC a ainsi réaffirmé son engagement en faveur des processus diplomatiques visant à mettre fin à la crise sécuritaire dans l’Est du pays, notamment les processus de Washington et de Doha.
Le Chef de l’État a évoqué les avancées enregistrées dans le cadre de l’Accord de Washington et réaffirmé la volonté de la RDC de parvenir à une paix « juste et durable ».
Cette approche traduit la conviction que la stabilité de la région constitue un préalable à la réalisation des grands projets d’intégration, au développement des corridors économiques et à la mobilisation des investissements.
À travers son intervention au 46ᵉ sommet de la SADC, Kinshasa a donc défendu une vision qui place la transformation locale des ressources, l’industrialisation, les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et la sécurité au cœur de l’intégration régionale.
Le message porté au nom du Président Félix-Antoine Tshisekedi est clair : l’Afrique australe dispose des ressources nécessaires pour accélérer son développement, mais doit désormais renforcer ses capacités de transformation afin que ses richesses profitent davantage à ses populations.
Pour la RDC, riche de ressources stratégiques et disposant d’un important potentiel agricole, énergétique et humain, cette nouvelle dynamique représente également une opportunité de renforcer sa place au sein de l’espace SADC.
À Durban, le pays a ainsi plaidé pour une intégration régionale qui ne soit plus seulement fondée sur les échanges commerciaux, mais sur la production, la transformation, l’investissement et la création d’emplois. Une orientation qui, selon Kinshasa, pourrait permettre à l’Afrique australe de mieux valoriser ses ressources et de construire une croissance plus résiliente, inclusive et durable.
Heritier Lelo
