Entrepreneuriat médiatique : chercheurs, étudiants et professionnels réfléchissent autour de vingt ans d’expérience de Geopolis Forum





























L’Université pédagogique nationale (UPN) a accueilli une journée scientifique consacrée à l’entrepreneuriat médiatique en République démocratique du Congo. Organisée par le Département des Sciences de l’Information et de la Communication, cette rencontre a placé au centre des échanges l’expérience de Geopolis Forum, groupe médiatique qui célèbre cette année ses vingt ans d’existence.
Dans l’amphithéâtre K15, archicomble pour la circonstance, enseignants, chercheurs, étudiants et professionnels des médias ont pris part à une série de communications consacrées aux différentes dimensions de l’entrepreneuriat médiatique. Pendant plusieurs heures, les intervenants ont interrogé l’histoire, le modèle entrepreneurial, l’organisation, le positionnement éditorial et les perspectives d’évolution de Geopolis Forum.
Les actions sociales dans l’entrepreneuriat médiatique
Le professeur Achille Bundjoko, avec l’assistant Fiston Kalala, s’est intéressé à la logique des actions sociales dans l’entrepreneuriat médiatique congolais.
À travers le parcours de Geopolis, fondée il y a vingt ans, les chercheurs ont cherché à comprendre comment une entreprise médiatique peut construire sa trajectoire dans un environnement marqué par des contraintes économiques, professionnelles et institutionnelles.
Leur réflexion a notamment montré que l’entrepreneuriat médiatique ne se résume pas à la production de contenus. Il implique également des choix stratégiques, des interactions avec la société et une capacité d’adaptation permanente aux mutations de l’environnement.
Willy Kalengayi et les rationalités de l’entrepreneuriat médiatique
Jean-Christophe Kamutanda a, pour sa part, exploré les rationalités et les enjeux de l’entrepreneuriat médiatique à travers le parcours de Willy Kalengayi, fondateur du Groupe Geopolis.
Son analyse a mis en évidence les particularités d’une entreprise médiatique évoluant dans un contexte congolais caractérisé notamment par les difficultés du marché publicitaire et la nécessité de développer des mécanismes permettant d’assurer la pérennité de l’entreprise.
Le parcours du fondateur a ainsi servi de point de départ à une réflexion sur les choix stratégiques qui permettent à une entreprise de presse de se maintenir, de développer son identité et de construire progressivement son modèle économique.
Perspectives, trajectoires et organisation de l’entreprise
Diane Kabasele s’est penchée sur les perspectives, les processus et les trajectoires de Geopolis, en revenant sur les différentes étapes de son évolution et les perspectives susceptibles d’accompagner son développement.
Dans la même dynamique, Juvel Masheke a consacré sa communication à l’organisation de l’entreprise et à la gestion de ses ressources humaines. Une réflexion qui a rappelé que derrière les productions médiatiques se trouve une organisation structurée autour de compétences, de métiers et de responsabilités.
De la sémantique de Geopolis à la question de l’audience
Le professeur Magloire Nafuka a abordé Geopolis sous un angle symbolique, en interrogeant la sémantique du nom et l’imaginaire construit autour de cette marque médiatique.
Le professeur Celestin Katubadi a ensuite posé une question essentielle : « Geopolis, pour quel public ? »
Son intervention a notamment porté sur le positionnement éditorial et la nécessité d’élargir l’audience du groupe. Il a plaidé pour une diversification des thématiques abordées par Geopolis Forum, au-delà de son ancrage historique dans le domaine économique, afin de toucher davantage de couches sociales et de renforcer son audience.
Cette interpellation a ouvert un échange sur l’évolution du contenu de Geopolis Forum et sur la manière de préserver son identité tout en répondant aux attentes d’un public plus large.
José-Junior Owawa : « Geopolis a déjà commencé à diversifier ses contenus »
Répondant à cette préoccupation, José-Junior Owawa, Directeur de la production de Geopolis Forum, a expliqué que le groupe avait déjà engagé cette diversification.
Il a notamment cité les programmes consacrés à la politique, à la jeunesse et à l’éducation. Toutefois, a-t-il précisé, ces nouvelles thématiques continuent d’être abordées à travers un prisme économique, l’économie demeurant l’une des marques de fabrique de Geopolis Forum.
Le responsable de la production a également rappelé que Geopolis ne se limite plus à son activité médiatique. Le groupe intervient également comme agence de communication et dispose d’une Cellule stratégique qui produit notamment des bulletins stratégiques et des notes d’aide à la décision.
Ces activités constituent des sources de revenus complémentaires dans un environnement où le marché publicitaire demeure limité et où les médias congolais doivent trouver d’autres mécanismes pour assurer leur fonctionnement. Les partenariats constituent également une composante importante de ce modèle.
William Albert Kalengay pour un rapprochement permanent entre le monde académique et professionnel
L’un des moments forts de cette journée scientifique a été l’allocution de José-Junior Owawa, Directeur de la production de Geopolis Forum, qui représentait personnellement William Albert Kalengay, Administrateur Directeur Général et fondateur du groupe.
Dans son message, William Albert Kalengay a d’abord salué l’initiative du professeur Achille Bundjoko, présenté comme un trait d’union entre le monde académique et le monde professionnel. Il a insisté sur l’importance de ces passerelles pour favoriser un « progrès concerté » entre chercheurs, étudiants et acteurs du monde professionnel.
S’adressant particulièrement aux étudiants, il les a invités à considérer la communication comme une responsabilité, mais aussi comme un domaine offrant des possibilités d’entrepreneuriat. Il les a encouragés à ne pas attendre uniquement les opportunités d’emploi, mais à apprendre à créer leurs propres projets, en cultivant notamment la curiosité, l’audace et l’intégrité.
Le fondateur de Geopolis a également rappelé que la réussite dans le secteur médiatique ne peut être dissociée de l’éthique et de la confiance du public. Il a ainsi encouragé les futurs professionnels à développer leur esprit critique, à se former aux nouvelles technologies et à transformer leurs connaissances en solutions utiles à la société.
Dans cette même perspective, il a appelé les étudiants à ne pas être de simples spectateurs des transformations du secteur des médias, mais à en devenir les acteurs, en osant imaginer, apprendre, créer et entreprendre.
109 ouvrages remis au CREDUPN
Dans cette logique de rapprochement avec le monde académique, José-Junior Owawa a procédé, au nom de Geopolis Forum, à la remise d’un lot de 109 ouvrages au Centre de recherches de l’Université pédagogique nationale (CREDUPN).
Ces ouvrages proviennent de la bibliothèque de Geopolis et sont destinés à enrichir les ressources documentaires accessibles aux étudiants, chercheurs et enseignants.
Parmi les ouvrages remis figure notamment « Le libre de ma liberté », du fondateur de Geopolis, William Albert Kalengay.
Au-delà du geste symbolique, cette remise traduit la volonté du groupe de contribuer à l’accès des étudiants et chercheurs aux ressources intellectuelles et documentaires.
« Considérez ces livres comme des portes ouvertes »
Dans son message aux étudiants, William Albert Kalengay les a invités à ne pas considérer les ouvrages remis comme de simples objets destinés à remplir les rayons d’une bibliothèque.
Il les a plutôt présentés comme des « portes ouvertes », appelant les étudiants à lire, questionner, discuter et même critiquer les idées contenues dans les ouvrages afin de produire à leur tour de nouvelles connaissances.
Soutenir les chercheurs à travers l’édition
José-Junior Owawa a par ailleurs annoncé la volonté de Geopolis Forum de renforcer sa collaboration avec le monde scientifique à travers sa maison d’édition.
Le groupe entend notamment développer un partenariat stratégique avec les chercheurs et universitaires pour accompagner l’édition et la valorisation de leurs productions scientifiques.
Cette initiative devrait permettre de créer une passerelle supplémentaire entre la recherche, l’édition et les médias, tout en donnant davantage de visibilité aux travaux scientifiques produits dans les universités congolaises.
Les étudiants confrontent théorie et réalité professionnelle
Dans l’amphithéâtre K15, les étudiants ont suivi les différentes communications avant de prendre part à une séance de questions-réponses.
Pour eux, cette rencontre a constitué une occasion de confronter les enseignements théoriques reçus à l’université aux réalités du terrain médiatique.
Les échanges ont notamment porté sur les modèles économiques des médias, la diversification des activités, les stratégies de développement, l’audience et les perspectives professionnelles offertes aux jeunes diplômés.
Une nouvelle dynamique entre Geopolis et le monde académique
Au terme des travaux, le professeur Achille Bundjoko a rappelé les circonstances ayant conduit à l’organisation de cette journée scientifique et l’importance de rapprocher la recherche universitaire des réalités professionnelles.
Geopolis Forum a, pour sa part, renouvelé sa disponibilité à renforcer sa collaboration avec le monde académique et l’Université pédagogique nationale en particulier.
Le groupe a rendu hommage au Département des Sciences de l’Information et de la Communication, ainsi qu’à son chef, le professeur Trésor Mukambilwa, pour l’organisation de cette journée scientifique et l’intérêt accordé à l’expérience de Geopolis Forum.
La rencontre aura ainsi permis de faire dialoguer trois dimensions essentielles : la recherche, la formation et la pratique professionnelle.
À travers l’expérience de Geopolis Forum, les participants ont surtout posé une question qui dépasse le seul cas de cette entreprise : comment construire, en RDC, un entrepreneuriat médiatique capable de concilier viabilité économique, innovation, responsabilité sociale et exigence éthique ?
Une réflexion appelée à se poursuivre à travers de nouvelles collaborations entre l’université, les chercheurs et les professionnels des médias.
Véronica Kapinga, Daniella Kalala, Patience Lokeke et Henriel Mbokama
