A une époque où la jeunesse congolaise aspire à de nouveaux repères et à une autre manière d’exercer les responsabilités, Serge Kadima incarne le profil d’une génération qui entend faire de la compétence, de la rigueur et du sens du service les fondements de son engagement. Cadre dans le secteur privé, il défend l’idée que la transformation de la République démocratique du Congo passe autant par la qualité des femmes et des hommes que par les réformes des institutions. Dans cet entretien accordé à Geopolis, il revient sur son parcours, partage sa conception du leadership, de la performance et de l’engagement citoyen, et livre sa vision d’un Congo où l’excellence, la responsabilité et la confiance deviennent les véritables moteurs du développement.

Geopilis
Votre parcours vous place à la fois dans le monde professionnel et dans l’engagement citoyen. Comment conciliez-vous ces deux dimensions ?
Serge Kadima
Je considère que ces deux dimensions sont complémentaires. L’entreprise m’a appris la rigueur, la culture du résultat, la gestion des responsabilités et l’importance du travail en équipe. L’engagement citoyen, lui, m’a appris à regarder les enjeux de société avec une vision plus large.
Pour moi, servir son pays ne passe pas uniquement par une fonction publique ou politique. Cela passe aussi par la compétence que l’on développe, la valeur que l’on crée dans son environnement professionnel et la capacité à contribuer positivement à la société.
Geopolis
En tant que cadre en entreprise, quelles compétences du secteur privé peuvent être utiles dans la gestion des affaires publiques ?
Serge Kadima
Le secteur privé apporte une culture de la performance, de la planification et de l’évaluation. Une organisation efficace doit avoir des objectifs clairs, des indicateurs de suivi et une capacité permanente à améliorer ses méthodes.
Ces principes peuvent inspirer la gestion publique, tout en tenant compte de sa spécificité. L’État ne fonctionne pas comme une entreprise, car il porte une mission sociale et collective. Mais il doit, comme toute organisation responsable, rechercher l’efficacité, la transparence et la qualité du service rendu aux citoyens.
Geopolis
A quel moment avez-vous compris que vous vouliez contribuer davantage à la société ?
Serge Kadima
Cette prise de conscience est venue progressivement, à travers mes expériences professionnelles et mes observations du quotidien. En travaillant avec des équipes, en accompagnant des projets et en échangeant avec différentes réalités sociales, j’ai compris que chacun peut apporter sa contribution au développement collectif.
Mon engagement repose sur une conviction simple : un pays avance lorsque ses citoyens compétents acceptent de mettre leur expérience, leur énergie et leurs idées au service d’une vision plus grande qu’eux-mêmes.
Geopolis
Quelle différence faites-vous entre être un responsable et être un leader ?
Serge Kadima
Un responsable peut recevoir une mission ou une fonction. Un leader, lui, crée la confiance et donne envie d’avancer ensemble.
Dans le monde professionnel comme dans la société, le leadership repose sur plusieurs qualités : l’écoute, la capacité à prendre des décisions, l’exemplarité et la faculté de faire progresser les autres.
Un bon leader ne cherche pas seulement à atteindre des objectifs. Il construit aussi des équipes solides et prépare ceux qui pourront prendre le relais demain.
Geopolis Quelles valeurs vous ont été les plus utiles dans votre parcours professionnel et personnel ?
Serge Kadima
La discipline, l’humilité et la persévérance. La compétence est importante, mais elle doit être accompagnée d’une capacité à apprendre constamment et à accepter la remise en question.
J’ai également appris que les résultats durables viennent rarement d’une action individuelle. Ils sont le fruit d’une collaboration, d’une bonne organisation et d’une confiance construite dans le temps.
Geopolis
Selon vous, quel est le principal défi auquel les organisations congolaises doivent répondre aujourd’hui ?
Serge Kadima
Je pense que l’un des grands défis est celui de la transformation des ressources humaines. Le Congo dispose de talents considérables, mais il faut davantage créer des environnements qui permettent à ces talents de s’exprimer pleinement.
Cela passe par la formation, la responsabilisation, la valorisation de la compétence et la mise en place de systèmes où l’effort et la performance peuvent être reconnus.
Le développement durable d’un pays repose avant tout sur la qualité des femmes et des hommes qui le font fonctionner.
Geopolis
Comment définiriez-vous un bon décideur dans un environnement complexe ?
Serge Kadima
Un bon décideur est quelqu’un qui sait analyser avant d’agir, écouter avant de trancher et assumer ses choix.
La décision ne doit pas être guidée uniquement par l’urgence ou la pression du moment. Elle doit s’appuyer sur des données, une compréhension des enjeux et une vision des conséquences à long terme.
La responsabilité implique aussi d’accepter que toute décision comporte une part de risque, mais qu’il faut toujours agir dans l’intérêt collectif.
Geopolis
Quelle place la jeunesse doit-elle occuper dans la transformation du pays ?
Serge Kadima
La jeunesse ne doit pas seulement être considérée comme l’avenir : elle est déjà une force du présent. Elle doit être formée, responsabilisée et associée aux processus de décision.
Mais elle doit également cultiver l’exigence envers elle-même. Le changement ne viendra pas uniquement des institutions ; il viendra aussi de citoyens qui développent leurs compétences, leur esprit d’initiative et leur sens des responsabilités.
Geopolis
Quel principe guide votre manière de travailler au quotidien ?
Serge Kadima
Je dirais : faire les choses avec sérieux, même lorsque personne ne regarde. La crédibilité se construit dans les détails, dans la constance et dans la qualité du travail fourni chaque jour.
Je crois beaucoup à la culture de l’excellence ordinaire : respecter ses engagements, chercher à progresser et traiter chaque responsabilité avec le même niveau d’exigence.
Geopolis
Comment aimeriez-vous que l’on parle de Serge Kadima dans vingt ans ?
Serge Kadima
J’aimerais que l’on se souvienne d’une personne qui a essayé d’être utile, qui a travaillé avec sérieux et qui a contribué à faire avancer les choses, à son niveau.
Je souhaiterais surtout que mon parcours puisse montrer qu’il est possible de concilier compétence professionnelle, engagement citoyen et volonté de servir.
La véritable réussite n’est pas seulement ce que l’on accomplit soi-même, mais aussi la capacité à inspirer et à préparer ceux qui continueront le travail après nous.
Propos recueillis par wak
