Constitution, élections, guerre, économie… : Félix Tshisekedi à cœur ouvert, sans tabous, sans faux-fuyants

Mercredi 6 mai 2026, sous le chapiteau de la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a tenu une conférence de presse de près de trois heures, en présence de nombreux journalistes nationaux et internationaux ainsi que de plusieurs membres de son gouvernement. L’échange, particulièrement dense, a porté sur les grandes questions politiques, institutionnelles et sécuritaires du pays.

Dès l’ouverture des questions, le débat s’est rapidement focalisé sur la perspective d’un troisième mandat et sur une éventuelle réforme de la Constitution. Interrogé sur son avenir politique, le chef de l’État a répondu sans ambiguïté, tout en renvoyant la décision à la souveraineté populaire : « Je n’ai pas demandé de troisième mandat, mais si le peuple souhaite que j’en obtienne un, j’accepterai », a-t-il déclaré. Il a insisté sur le fait que toute évolution du cadre constitutionnel ne pourrait intervenir qu’à travers une consultation populaire, notamment par référendum, en rappelant que la Constitution actuelle limite le nombre de mandats présidentiels.

Dans le prolongement de ces échanges, Félix Tshisekedi a affirmé que le débat sur une réforme constitutionnelle ne devait plus être considéré comme un sujet tabou. Il a évoqué une réflexion engagée depuis plusieurs années au sein de sa famille politique, estimant que cette démarche s’inscrit dans une continuité institutionnelle plutôt que dans une logique de rupture. Le chef de l’État a également laissé entendre que certaines dynamiques internationales et partenariats en cours pourraient s’inscrire dans la nécessité d’adaptations institutionnelles, sans en préciser davantage la portée.

La conférence a également été marquée par de nombreuses questions sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Le président a rappelé la persistance du conflit dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, affectées par les combats impliquant notamment le M23. Dans ce contexte, il a averti que la poursuite des hostilités pourrait compromettre l’organisation des élections prévues en 2028. « Si nous ne parvenons pas à mettre fin à cette guerre, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028 », a-t-il déclaré, soulignant les contraintes logistiques et sécuritaires liées à un scrutin dans des zones encore instables.

Le chef de l’État a précisé que cette position ne relevait pas d’un choix politique mais d’une contrainte liée à la situation sur le terrain, estimant qu’un processus électoral national ne pourrait être complet sans la participation de l’ensemble du territoire.

Tout au long de la conférence, le président Tshisekedi est apparu détendu, souvent le visage souriant, adoptant un ton serein même sur les questions les plus sensibles. Cette attitude a contrasté avec la gravité de certains sujets abordés, renforçant l’image d’un échange maîtrisé et assumé.

Plusieurs membres du gouvernement ont été directement sollicités pour apporter des éclaircissements techniques. Le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, est intervenu sur la question de la présence de populations Mbororo signalées dans quatre provinces du pays, apportant des précisions sur le suivi administratif et sécuritaire de ce dossier. Le ministre des Finances a, pour sa part, été interpellé sur les retards de paiement dans l’administration publique ainsi que sur la retenue de 5 % appliquée à certaines opérations budgétaires, apportant des éléments d’explication sur les mécanismes en cours et les contraintes de trésorerie.

Cette conférence de presse s’est imposée comme un exercice de communication politique structuré, au cours duquel le chef de l’État a exposé sa lecture des équilibres institutionnels et sécuritaires du pays. Elle met en lumière les principaux axes de réflexion du pouvoir exécutif face aux enjeux de stabilité, de gouvernance et de préparation des prochaines échéances électorales.

Don Momat

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