À deux ans de la tenue théorique des élections générales prévues en 2028, les signaux d’alerte se multiplient en République démocratique du Congo. Entre contraintes financières, défis sécuritaires et difficultés logistiques, le processus électoral semble déjà fragilisé, ravivant le souvenir du glissement de 2016-2018.
En effet, dans son rapport annuel 2025-2026, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) évoque des “contraintes financières et sécuritaires” susceptibles de compromettre le calendrier électoral. Pour ce faire, son président, Denis Kadima, a lui-même reconnu à plusieurs reprises les difficultés structurelles du processus : « L’organisation des élections nécessite des moyens conséquents et une stabilité sur l’ensemble du territoire. Sans cela, il devient difficile de respecter les délais», prévient le technicien.
Un processus freiné par le manque de moyens
Le financement reste le principal obstacle. Plusieurs sources indiquent que les ressources nécessaires ne sont pas encore mobilisées. Cette situation alimente les inquiétudes dans la classe politique, d’autant que les opérations préparatoires accusent déjà du retard. Outre le financement, des difficultés s’ajoutent des problèmes logistiques comme la vétusté des équipements et incidents, dont des incendies ayant endommagé du matériel. Ces événements rappellent les précédents de 2018, qui avaient fortement perturbé l’organisation du scrutin.
L’insécurité à l’Est, facteur aggravant
Dans l’Est du pays, la persistance des conflits armés rend incertaine la tenue d’élections inclusives. Dans le camp présidentiel, le discours se veut rassurant. Le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi a, à plusieurs reprises, réaffirmé son engagement d’organiser les élections dans le respect de la Constitution du pays.
Les proches du pouvoir évoquent des difficultés “normales” et insistent sur la montée en puissance progressive du financement tandis que l’opposition dénonce “un scénario déjà écrit” et n’entend pas se laisser faire. Ces prises de position traduisent une méfiance profonde quant à la volonté réelle du pouvoir de respecter les délais.
Société civile : une alerte sérieuse
Les analystes indépendants tirent également la sonnette d’alarme.
Un chercheur du Groupe d’étude sur le Congo (Ebuteli) résume : « Si les contraintes actuelles ne sont pas levées rapidement, le risque d’un glissement devient réel. » Au-delà de la dynamique interne, le processus fait également face à des pressions extérieures discrètes. Des diplomates occidentaux rappellent régulièrement l’importance de la transparence et du respect du calendrier électoral pour préserver la stabilité du pays.
Le spectre du passé
Les similitudes avec la crise électorale de 2016-2018 sont frappantes tels que les retards techniques, le manque de financement, les tensions sécuritaires ou encore la méfiance politique. Mais pour certains observateurs, malgré tout, des marges de manœuvre existent encore. Parmi elles, l’accélération du financement, la stabilisation des zones en conflit, le renforcement de la transparence.
À l’approche de 2028, la RDC se trouve à un tournant décisif. Entre assurances du pouvoir et inquiétudes de l’opposition, le processus électoral évolue dans un climat de méfiance. Les mois à venir restent donc cruciaux pour sauver un processus électoral dorénavant menacé.
José-Junior Owawa
