À l’approche du 6 avril, journée désormais fériée en République démocratique du Congo, Nkamba s’apprête à redevenir le centre spirituel du kimbanguisme. Cette date commémore le combat du prophète Simon Kimbangu et célèbre l’éveil de la conscience africaine, tout en entretenant le devoir de mémoire autour d’une figure majeure de l’histoire nationale. L’édition 2026 revêt un caractère particulier, marquant le 105ᵉ anniversaire de l’Église kimbanguiste (1921–2026).


Pour cette commémoration, plusieurs hautes autorités sont attendues sur place, notamment le président Félix Tshisekedi et la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Une mobilisation d’envergure est prévue dans cette ville souvent qualifiée de « Nouvelle Jérusalem ».
Le kimbanguisme, entre foi et influence
Au-delà de sa dimension religieuse, le kimbanguisme s’impose comme un vecteur d’influence pour la RDC. Fondé par une figure reconnue bien au-delà des frontières nationales, ce courant spirituel contribue au rayonnement culturel du pays et s’inscrit dans une dynamique de « soft power » sur la scène internationale.
Une ville bâtie par ses fidèles


À Nkamba, la foi se traduit aussi par l’action. Depuis des décennies, les fidèles participent directement à la construction de la ville. Chaque jour, hommes, femmes et enfants s’engagent volontairement dans la fabrication de briques, le transport de matériaux et l’édification d’infrastructures.
« Lorsque j’ai du temps libre, je viens participer à la construction de Nkamba. Nous cassons des pierres pour fabriquer des briques. J’aime servir », confie Gracia Nteka, jeune fidèle.
Même détermination chez Mathy Bosela, venue de l’est du pays : « Kimbangu a beaucoup souffert pour nous. Je suis venue contribuer à la construction de Nkamba en son honneur. Les visiteurs doivent trouver des infrastructures adéquates. »
Sous la conduite de Simon Kimbangu Kiangani, chef spirituel de l’Église, les travaux sont structurés et les fidèles mobilisés autour d’un projet commun : faire de Nkamba une cité à la hauteur de son rayonnement spirituel.
La « route de la passion », symbole des défis à relever
Mais accéder à Nkamba demeure un parcours éprouvant. Depuis Mbanza-Ngungu, il faut emprunter près de 70 kilomètres d’une route fortement dégradée. En saison des pluies, cet axe, surnommé « route de la passion », devient difficilement praticable, ralentissant considérablement les déplacements.
La visite de la Première ministre s’inscrit ainsi dans une logique d’évaluation des infrastructures, avec en ligne de mire leur modernisation. Les fidèles appellent notamment à la réhabilitation urgente de cette route stratégique, ainsi qu’à l’amélioration des voiries locales et des installations aéroportuaires.
« Cette route doit être réhabilitée. Le Chef de l’État et le gouvernement ont promis sa construction », souligne le révérend Matondo Joseph, conseiller au cabinet du chef spirituel.
Une mémoire au cœur des enjeux nationaux
Au-delà de la célébration religieuse, cette commémoration rappelle le rôle historique de Simon Kimbangu dans l’éveil politique du Congo. Considéré comme l’un des précurseurs de la lutte pour l’indépendance, il a contribué, aux côtés de figures telles que Patrice Lumumba, à forger une conscience nationale face à la domination coloniale.
L’institutionnalisation du 6 avril comme fête légale, à travers l’ordonnance signée en 2023 par Félix Tshisekedi, témoigne de la volonté des autorités de pérenniser cet héritage.
Entre ferveur religieuse, enjeux politiques et défis d’infrastructures, Nkamba s’impose ainsi comme un symbole vivant de foi, de mémoire et d’identité nationale.
Don Momat avec la Celcom de la Primature
