Addis-Abeba, Lomé, Luanda, Washington – Doha : Le dédale diplomatique de la paix en RDC

La paix en République démocratique du Congo poursuit un dédale diplomatique à donner le tournis. Après des contrecoups des États africains sous les auspices de l’Union Africaine en 2022 – 2023 et 2024, après le round exclusif de Doha et Washington en 2025, voilà l’Afrique qui revient en force afin de consolider le processus de Washington et peut-être celui de Doha aussi.

Cette semaine, le président João Lourenço d’Angola a ouvert une série d’échanges avec des acteurs politiques et sociaux de la RDC dans l’objectif d’aider le voisin à retrouver la paix. Presqu’au même moment, le président du Conseil du Togo, Faure Ngassingbe accueille des leaders africains, co – facilitateurs de la crise congolaise en perspective d’une séance de travail autour de la crise congolaise. Sur place à Lomé, se retrouvent les anciens chefs d’État Uhuru Kenyatta (Kénya), Olusegun Obasanjo (Nigeria), Mokgweetsi Masisi (Botswana), Catherine Combattant (République Centrafricaine) et Sahle-Work Zewde (Ethiopie). Un attelage auquel s’ajoute le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf.

Bien avant cette rencontre de haut niveau, une réunion dite consultative sur la même question de la paix en RDC s’est tenue à Addis-Abeba, en Éthiopie autour des facilitateurs de l’Union Africaine, de la SADC et de la communauté d’Afrique de l’Est. 

Ces initiatives louables, mais qui semblent ronronner, sans jamais appeler un chat, un chat, tournant autour du pot, sans jamais affronter la question de front : toucher le fond de la crise, tenir un langage ferme sur les acteurs, responsables de la délinquance et de la déliquescence sécuritaire dans la région, principalement le Rwanda qui s’arcboute sur les FDLR pour justifier sa politique belliqueuse. 

L’Union Africaine a beau multiplier les initiatives, l’organisation ne s’est jamais montrée ferme face aux agissements du Rwanda en RDC. La communauté d’Afrique de l’Est est dans un schéma encore plus laxiste, mettant presque dos à dos la RDC et le Rwanda, ou même pire, épousant parfois les thèses de Kigali. La SADC saisit la question d’un autre point de vue, ayant déjà vu ses fils payer de leur vie dans cet interminable conflit. 

Empêtrée dans un calcul d’équilibriste, l’Union Africaine dépouille ses propres initiatives de la force morale d’une organisation censée faire autorité sur le continent de par ses arbitrages.

Les réunions se succèdent, mais le réflexe de toujours s’engager et agir mollement, pour ne jamais fâcher personne, cette propension propre à l’Union Africaine constitue des avancées à reculons. 

Le processus de paix vient de loin. Il a d’abord commencé en Afrique avant de progresser à Doha, au Qatar et à Washington, aux États-Unis d’Amérique. Revenu sur le continent, le processus de paix court le risque d’entrer dans un cycle diplomatique sans vrai force de contrainte. 

À Kinshasa, les autorités politiques disent haut que les consultations de Luanda, les rencontres au Togo ne constituent pas un nouveau processus. Il s’agit de poursuivre et faire appliquer les accords de Washington et aider Doha à avancer. Pourtant à Washington les États-Unis ont clairement demandé au Rwanda de cesser tout soutien aux rebelles. Ce que ne fera pas l’Union Africaine, sauf si, excédée par l’hypocrisie des acteurs des Grands Lacs, l’organisation continentale décide de taper du poing sur la table.

Patrick Ilunga

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