Depuis le 1er janvier 2026, deux impôts majeurs sont entrés officiellement en vigueur en République démocratique du Congo : l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur les revenus des personnes physiques (IRPP). Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la réforme fiscale prévue par la loi promulguée depuis 2023 par le président de la République, Félix Tshisekedi, avec pour ambition de moderniser le système fiscal congolais et de renforcer durablement la mobilisation des recettes internes de l’État.




Face aux interrogations persistantes de l’opinion publique, la Direction Générale des Impôts (DGI) a opté pour une approche pédagogique. L’administration fiscale a ainsi dépêché sur un plateau de télévision l’un de ses directeurs en charge de la législation et de la coopération fiscale internationale, afin d’éclairer la compréhension du citoyen lambda sur le contenu et la portée de ces nouvelles dispositions.
C’est dans ce contexte que l’émission Équipe Nationale a reçu Jean-Marie Mboko Djandima, directeur et chef de service à la DGI. Animée par Sylvie Bongo, avec comme coprésentateurs Solange Kwale, Jules Bulembi et Nkoy Mbatimba, l’émission a consacré près d’une heure à un échange approfondi sur les fondements et les implications concrètes de la réforme fiscale.
Une réforme pour clarifier et moderniser
Jean-Marie Mboko a rappelé que la réforme actuelle s’inscrit dans la continuité de l’histoire fiscale du pays, mais qu’elle vise avant tout à clarifier les règles du jeu. Pendant longtemps, a-t-il expliqué, la confusion entre personnes morales et personnes physiques, entre bénéfices, salaires et plus-values, a nourri incompréhensions et résistances.
La réforme entrée en vigueur en 2026 entend donc établir une distinction nette entre les différentes catégories de contribuables et de revenus, afin de rendre l’impôt plus lisible et plus équitable.
L’impôt sur les sociétés : bénéfices et non chiffre d’affaires
L’impôt sur les sociétés concerne les personnes morales : entreprises commerciales, sociétés industrielles, mais aussi certaines associations ou organisations exerçant des activités génératrices de revenus.
Le directeur de la DGI a insisté sur un point central : l’impôt porte sur les bénéfices et profits réalisés, après déduction des charges, et non sur le chiffre d’affaires. Le taux appliqué est de 30 %, un niveau que la DGI présente comme cohérent avec les standards régionaux.
Pour l’administration fiscale, cet impôt permet à l’État de capter une part de la richesse produite par les entreprises, lesquelles bénéficient en retour des infrastructures publiques, de la sécurité juridique et de la stabilité institutionnelle.
L’IRPP : une architecture fondée sur la capacité contributive
Concernant l’impôt sur les revenus des personnes physiques, Jean-Marie Mboko a expliqué que la réforme vise à mieux organiser les différentes sources de revenus. Ceux-ci sont regroupés en grandes catégories :
– revenus professionnels (commerciaux, industriels, artisanaux),
– revenus non commerciaux (professions libérales),
– revenus agricoles,
– salaires et rémunérations,
– plus-values.
L’IRPP repose sur un système progressif, fondé sur la capacité contributive : les revenus modestes sont faiblement taxés, tandis que les revenus plus élevés contribuent davantage. Cette progressivité est présentée comme un instrument de justice fiscale.
Salaires et retenue à la source
Pour les salariés, l’impôt est retenu à la source par l’employeur, qu’il soit public ou privé. Le travailleur ne paie donc pas directement l’impôt : celui-ci est prélevé sur le salaire et reversé à l’État.
Selon la DGI, ce mécanisme permet de sécuriser les recettes, de limiter la fraude et de simplifier les démarches du contribuable. L’État lui-même, à travers les ministères et la fonction publique, est soumis à cette obligation.
L’impôt, socle du fonctionnement de l’État
Au fil de l’émission, le directeur de la DGI a rappelé un principe fondamental : l’impôt est le socle du fonctionnement de l’État. Sans recettes fiscales, il n’est pas possible de financer les services publics, de payer les agents de l’État ni d’investir dans le développement.
La réforme vise ainsi à élargir l’assiette fiscale, afin que l’effort ne repose plus sur un nombre restreint de contribuables, tout en renforçant l’acceptation sociale de l’impôt par la pédagogie.
Une DGI portée par une nouvelle dynamique
Cette démarche de communication s’inscrit dans la dynamique impulsée par le Directeur général de la DGI, Barnabé Muakadi. Depuis son arrivée à la tête de l’institution, la régie financière a engagé une modernisation législative, renforcé la coopération fiscale internationale et amélioré les outils de gestion.
Ces réformes ont permis un doublement significatif des recettes, plaçant la DGI dans une nouvelle dimension et faisant de l’administration fiscale un acteur central du redressement financier de l’État.
En recevant un directeur de la DGI, l’émission Équipe Nationale a offert un éclairage pédagogique sur l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur les revenus des personnes physiques, deux piliers de la réforme fiscale entrée en vigueur en 2026.
Au-delà des textes et des taux, le débat pose une question centrale : comment bâtir un système fiscal moderne, équitable et accepté, capable de soutenir durablement le développement de la République démocratique du Congo.
Don Momat
