Après la signature de l’accord RDC –Rwanda à Washington le 04 décembre, plusieurs à Kinshasa ont accueilli en triomphe le président Félix Tshisekedi, qui juché sur sa voiture, saluait la population. Dans la capitale congolaise, les supporters du président congolais étaient convaincus que le chef de l’Etat congolais avait réussi à « venir à bout les bruits des bottes et les armes par un coup de stylo ». Ces congolais lambda savent aussi qu’en dehors de l’accord avec le Rwanda, un deal a été signé avec les Etats-Unis d’Amérique. Ce deal, qualifié par plusieurs à Kinshasa de « accord mines contre sécurité », est une coopération qui ira au-delà du secteur minier.
Des personnalités congolaises de haut rang ont expliqué ce que renferment les accords entre la RDC et les Etats-Unis d’Amérique. « il ne s’agit pas d’un accord matière première contre sécurité », rejette Daniel Mukoko Samba, vice-premier ministre en charge de l’économie. « L’accord dit clairement qu’il va y avoir un focus sur l’exploration, l’extraction, la transformation des minerais critiques, mais on va au-delà des minerais critiques parce que par exemple, l’accord prévoit que le gouvernement américain et le gouvernement congolais vont travailler de manière étroite pour faire avancer un certain nombre des projets qui sont considérés comme critiques pour qu’on transforme la RDC. Il y a par exemple le projet Grand Inga. Le grand barrage requiert un financement de plus de 10 milliards de dollars afin d’entrer en marche. Ce barrage a longtemps été une préoccupation de plusieurs organisations dont l’Union Africaine qui estimaient que son développement peut “générer 43 200 MW d’électricité, pour soutenir les pools énergétiques régionaux actuels et leurs services combinés afin de transformer l’Afrique des sources d’énergie traditionnelles en sources modernes et de garantir l’accès de tous les Africains à une électricité propre et abordable”. Ce projet est donc un levier sur lequel la RDC et les États-Unis devront s’appuyer pour lancer plusieurs projets connexes de développement.
L’accord signé à Washington insiste aussi sur le corridor de Lobito. Ce projet gigantesque porté alors par l’administration américaine de Joe Biden est considéré comme un projet d’infrastructure transformateur. Le Corridor de Lobito doit relier la République démocratique du Congo (RDC) au port angolais de Lobito sur l’Atlantique. Il est présenté comme un axe clé pour renforcer les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, améliorer la connectivité régionale » et stimuler une croissance « durable. Le projet doit également ouvrir de nouvelles voies pour les échanges commerciaux entre l’Afrique centrale, les États-Unis et l’Europe.
Daniel Mukoko Samba note que “l’accord prévoit aussi que la RDC dise clairement quels sont les projets de développement considérés par la RDC comme étant des projets stratégiques. Cette liste des projets stratégiques sera incessamment communiquée par la RDC à la partie américaine. De la même manière, les Etats-Unis vont communiquer à la RDC les projets considérés par eux comme étant critique”.
L’accord économique serait donc un “tournant historique”, selon le gouverneur de Banque Centrale du Congo André Wameso. Il qualifie la signature de l’accord “d’évènement historique”. “La coopération économique entre la RDC et les Etats-Unis d’Amérique. Nous la RDC, nous avons été créé pour que le monde occidental vienne puiser les ressources dont elle a besoin pour son développement industriel. Rappellez-vous le caoutchouc, rappelez-vous de l’Uranium qui avait permis aux américains de fabriquer la première bombe nucléaire (larguée au Japon en 1945). On ne nous a jamais demandé. Aujourd’hui il y a des I Phones, des téléphones qui sont utilisés avec nos ressources, sans nous. C’est donc la première fois de notre histoire qu’il y a une nouvelle révolution industrielle qui va arriver, et que, on décide de pourvoir discuter avec la RDC de l’accès de ces matières premières dont on a besoin pour cette révolution industrielle. C’est un tournant historique”.
Mais ces perspectives heureuses ne se traduiront en réalité qu’en cas de retour effectif de la paix. Une paix derrière laquelle la RDC court depuis plus de 30 ans. Daniel Mukoko Samba note que l’accord économique entre Kinshasa et Washington note expressément que la paix est la condition pour que la coopération économique soit possible.
Pour la RDC la stratégie est simple : “couper les circuits financiers et logistiques de la violence en éradiquant l’exploitation illicite de l’or, du coltan, du cobalt et d’autres ressources ainsi que la contre bande qui alimente les réseaux de l’insécurité”.
“Nous assumons ces accords comme des leviers stratégiques au service d’une paix juste et vérifiable”, a noté lundi 8 décembre, le président Félix Tshisekedi qui dit convaincu que les efforts diplomatiques font amorcer à la région “un tournant, un chemin nouveau où la paix est à nouveau à portée de main”.
Mais le chef de l’État fait remarquer que sur le terrain, les avancées diplomatiques sont contrastées par l’intensification des combats. “Malgré notre bonne foi et l’accord récemment entériné, force est de constater que le Rwanda ne respecte pas ses engagements. Ses supplétifs de l’AFC/M23 ont, ces derniers jours, multiplié des attaques”, dans le Sud-Kivu notamment. L’armée congolaise via son porte-parole le général major Sylvain Ekenge confirme que les rebelles ont intensifié les attaques depuis le 4 décembre.
Dans l’opinion publique en RDC, si plusieurs espèrent voir le retour de la paix, plusieurs observateurs indiquent que la paix qui a été négociée est une paix factice. C’est le point de vue de Dady Saleh, professeur, conférencier et analyste des questions sécuritaires, il affirme que “la RDC devra se concentrer à renforcer son armée et ensuite construire une paix durable”. Un constat amer.
Moins d’une semaine après la signature des accords, L’espoir de paix s’avère déjà un chemin difficile.
Patrick Ilunga
