Tribune I Thabo Mbeki, le retour de faux sauveurs, Sun City II ne repassera pas

Le Congo n’a pas besoin d’un remake diplomatique. Il a besoin d’une rupture historique. Et cette rupture ne viendra ni de Pretoria, ni de New York, ni de Paris. Elle doit venir d’ici.

Un théâtre déjà vu 

Nous avons compris la manœuvre.

Derrière les mots apaisants de la diplomatie, les mêmes mains s’activent. Celles qui ont scellé nos silences. Celles qui ont signé pour nous. Et pendant que l’on nous parle de dialogue, c’est une camisole qui se tisse, fil après fil.

Sun City revient. Pas dans les slogans, mais dans les schémas.

Avec les mêmes visages, les mêmes parrains, les mêmes promesses d’une paix qui n’engage que les désarmés. Avec Thabo Mbeki en chef d’orchestre – ce même Mbeki qui, jadis, supervisa un processus bâclé, pensé pour refermer la plaie plutôt que la soigner.

Ce n’était pas un accord. C’était un marché.

Un troc entre puissances, avec le Congo comme lot de consolation.

Et nous voilà à nouveau conviés au théâtre. Mais cette fois, les « spectateurs » ne sont plus dupes : nous avons la mémoire.

La méthode anglo-saxonne 

Pourquoi cela se répète-t-il ?

Parce que chez nous, nous avons plus de diplômés en géopolitique, en philosophie, en économie, en droit… mais combien ont pris le temps d’étudier à fond les autres peuples ? Peu. Très peu.

Nous ignorons l’Anglo-Saxon, le Français, le Belge — surtout quand il s’agit de les affronter sur leur propre terrain. 

Les Anglo-Saxons, eux, n’ont jamais négligé cet art. Ils ont investi des siècles à comprendre les peuples destinés à la domination. Les Russes ont suivi cette voie : ils ont étudié l’Anglo-Saxon en profondeur, disséquant son fonctionnement, ses obsessions, ses méthodes. 

Le professeur russe Andrei Fursov nous éclaire :

« Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial. Ils agissent par chaos orchestré […], ils travaillent selon le principe de tirer simultanément plusieurs balles d’un coup. Premièrement, cela ne fait pas partie de leurs traditions de lâcher prise après avoir planté leurs crocs dans une proie comme un pitbull. Ils feront pression à fond jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur projet ou jusqu’à ce que l’adversaire leur brise les reins » ( Interview de Fursov publiée le 9 août 2012 dans KP.ru.)

Voilà pourquoi Mbeki revient aujourd’hui sur le dossier inachevé du Congo. Ce n’est pas un hasard. C’est une pièce replacée sur l’échiquier, une bille relancée dans le billard mondial anglo-saxon. Mbeki n’est pas un arbitre, mais un exécutant. Un agent de service. Un nègre de service à qui l’on confie de nouveau la tâche de contenir le Congo, non de le libérer. Pendant qu’il promet et qu’il sourit, le piège se referme. 

Le prix de la naïveté 

Ceux qui s’aventurent dans les salons de Sun City en croyant y trouver une issue ignorent le prix qu’ils font payer à leur peuple. À chaque fois, c’est la même histoire : un accord qui promet la paix, et derrière, une guerre qui continue sous d’autres formes.

On nous a vendu des illusions en 1960, et Lumumba en a été la victime expiatoire. On nous a vendu des illusions en 2001, et Laurent-Désiré Kabila a fini trahi, remplacé par ceux qui récitaient docilement le refrain imposé. On nous vend encore aujourd’hui le même scénario, avec les mêmes acteurs fatigués et les mêmes parrains anglo-saxons. En un mot, la résurrection et la pérennisation de l’AFDL

Le drame, c’est que chez nous, certains continuent de croire que le salut vient d’ailleurs. Ils pensent que le salut vient du coltan, du cobalt et du cuivre, alors qu’ils vendent le pays à vil prix. 

Ils appellent cela « diplomatie », mais c’est en réalité une reddition.

Ils appellent cela « compromis », mais c’est une capitulation.

Ils appellent cela « paix », mais c’est la paix des cimetières. 

La leçon de Fanon 

Frantz Fanon, dans La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ?, nous rappelle à la réalité des gens comme Mbeki et nous invite à l’action. Son message résonne aujourd’hui avec une force implacable :

« Les Africains devront se souvenir de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément, l’amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat. […] Des Africains ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d’intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l’ONU au Congo. […] Nous devons profiter de ce court répit pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et l’Afrique » [Afrique Action, nᵒ 19, 20 février 1960, repris dans « Pour la Révolution africaine » (1964)]. 

Fanon l’avait vu : les faux sauveurs ne sont pas des amis.

Ils sont des agents d’un système impérial qui s’habille de neutralité pour mieux nous égorger. Et chaque fois que nous leur avons laissé le champ libre, ce fut pour pleurer des martyrs et des défaites.

Conclusion

Le Congo n’a pas besoin d’un autre Sun City.

Il a besoin d’un sursaut d’orgueil national

D’un refus organique. D’une lucidité stratégique.

Car Sun City risque cette fois-ci, pour les novices qui s’y aventureraient, d’être le cimetière des Congolais. On connaît la méthode : éliminer les voix libres, neutraliser les récalcitrants, empoisonner ceux qui refusent de plier — afin qu’il ne reste que la graine fanatique de la docilité.

Nous avons assez payé ce prix.

Lumumba fut réduit au silence pour que d’autres signent à sa place.

Laurent-Désiré Kabila, en qui je n’ai jamais cru, fut abattu comme un chien quand il osa dire non aux parrains qui avaient fait de lui un passage obligé. À chaque fois que le Congo a tenté de relever la tête, c’est par le poison, la balle ou la trahison que l’on a voulu refermer son destin.

Voilà ce qui se rejoue derrière ce nouveau Sun City.

Ce n’est pas une négociation : c’est une sélection.

Un tri mortifère pour ne garder que ceux qui chantent la musique convenue.

Alors, ne nous y trompons pas. Notre survie ne viendra ni de Mbeki, ni des puissances qui l’envoient, mais de notre capacité à dire non, à résister, et à briser la mécanique qui nous enferme.

Cette fois-ci, nous serons là. Cette fois-ci, Sun City ne passera pas. Et on ne cessera jamais de le répéter et dans notre langue : Likambo oyo eza likambo ya mabele. 

Mufoncol Tshiyoyo

M.T., L’Étincelle, un esprit libre

Fondateur du Think Tank La Libération par la Perception

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