Le débat sur une éventuelle révision ou un changement de la Constitution continue d’animer la scène politique congolaise. Après la prise de position de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), qui estime qu’il n’existe ni urgence ni nécessité de modifier la Constitution dans le contexte actuel, les réactions se multiplient aussi bien dans l’opposition que dans la majorité présidentielle.

Le président du parti Envol, Delly Sessanga, a salué ce qu’il qualifie de « position courageuse » de la CENCO. Selon lui, la République démocratique du Congo traverse une période particulièrement délicate, marquée par les défis sécuritaires persistants dans l’Est du pays et les menaces contre l’intégrité territoriale. Pour l’opposant, les priorités nationales devraient être concentrées sur la défense de la souveraineté, la restauration de la paix et le renforcement de l’unité nationale plutôt que sur une réforme constitutionnelle.
Dans cette logique, Delly Sessanga considère que la Constitution de 2006 demeure un socle essentiel de stabilité institutionnelle. À ses yeux, elle a permis de consolider le processus démocratique après des années de conflits et constitue encore aujourd’hui un cadre de cohésion nationale qu’il convient de préserver.
Face à cette lecture, des voix de la majorité défendent une approche différente. L’ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo estime que la déclaration de la CENCO ouvre au contraire un débat fondamental sur la démocratie et l’expression de la souveraineté populaire.
Selon lui, avant de rendre sa position publique, la CENCO a consulté les différentes sensibilités politiques du pays, écoutant aussi bien les partisans que les adversaires d’une réforme constitutionnelle. Pour Jean Thierry Monsenepwo, cette démarche illustre précisément l’importance du débat contradictoire dans une démocratie.
Partant de ce constat, il s’interroge sur ce qu’il considère comme une contradiction : si la CENCO a jugé utile d’entendre les arguments des deux camps avant de se prononcer, pourquoi le peuple congolais ne pourrait-il pas bénéficier du même exercice à travers un référendum ? Pour lui, la consultation populaire constitue l’expression la plus directe de la souveraineté du peuple, permettant à chaque citoyen d’écouter les arguments du « Oui » et du « Non » avant de faire son choix.
Cette position rejoint les appels lancés par le Président de la République, Félix Tshisekedi, en faveur d’une réflexion nationale et d’un débat ouvert sur les institutions du pays. Les partisans de cette démarche soutiennent qu’aucune option ne devrait être exclue du débat démocratique dès lors que la décision finale revient au souverain primaire, le peuple.
Ainsi, au-delà de la question du contenu même de la Constitution, le débat oppose aujourd’hui deux approches : l’une privilégiant la préservation de l’équilibre institutionnel face aux défis sécuritaires du moment, l’autre mettant en avant le principe de la consultation populaire comme fondement ultime de la légitimité démocratique.
Dans tous les cas, la question constitutionnelle apparaît désormais comme l’un des principaux sujets du débat politique national, révélant des visions différentes de la manière dont la démocratie congolaise doit répondre aux défis actuels tout en préparant son avenir institutionnel.
Heritier Lelo
