La suspension de l’AFC/M23 dans les processus de paix ne devrait pas remettre en cause les initiatives diplomatiques en cours. Face aux tensions suscitées par la création d’un nouveau mouvement politique par Joseph Kabila, l’Union africaine réaffirme son soutien au développement dialogue national inclusif et met en garde contre toute prise du pouvoir par la force. Reste à savoir si cette démarche convaincra l’ancien président, dont les positions pourraient peser sur les perspectives de sortie de crise.

La recherche de la paix en République démocratique du Congo se poursuit dans un contexte politique marqué par de nouvelles incertitudes. Alors que l’ancien président Joseph Kabila est au centre des débats à la suite de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme un nouveau mouvement politique, l’Union africaine maintient sa ligne diplomatique : privilégier le dialogue, préserver l’ordre constitutionnel et éviter toute escalade susceptible de fragiliser davantage le pays.
Dans un communiqué signé le 19 octobre 2026 , le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, salue les efforts du président Félix-Antoine Tshisekedi en faveur d’un dialogue politique national inclusif. Cette démarche, selon l’organisation continentale, devrait associer les acteurs politiques et sociaux dans le respect des institutions de la République.
Cette position intervient alors que les perspectives de dialogue restent confrontées à des divergences entre les différentes forces politiques et les acteurs impliqués dans la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Pour l’Union africaine, la recherche d’une solution durable ne peut se faire au détriment de la stabilité institutionnelle ni de la souveraineté nationale.
L’un des enjeux majeurs demeure la poursuite des initiatives diplomatiques engagées pour mettre fin aux violences dans la partie Est de la RDC. Les processus de Doha et de Washington constituent, à cet égard, des cadres de négociation dont la mise en œuvre reste déterminante pour parvenir à une désescalade.
L’Union africaine insiste notamment sur le respect du cessez-le-feu, la protection des populations civiles et l’application des engagements pris par les parties concernées.
Dans cette perspective, la suspension de l’AFC/M23 d’un processus de paix ne signifie pas nécessairement l’abandon de la voie diplomatique. Elle soulève néanmoins des interrogations sur les conditions de poursuite des négociations et sur les mécanismes susceptibles de garantir une cessation durable des hostilités.
La difficulté consiste à concilier les exigences de paix, le respect des engagements pris et la nécessité de préserver l’intégrité territoriale de la RDC. Car, au-delà des déclarations politiques, les populations de l’Est attendent avant tout des résultats concrets : la fin des combats, la sécurité et la possibilité de regagner leurs localités.
L’autre interrogation concerne Joseph Kabila. L’ancien chef de l’État sera-t-il disposé à adhérer à l’approche défendue par l’Union africaine, alors que ses récentes prises de position alimentent les tensions politiques ?
La question reste ouverte. Le soutien de l’organisation continentale au dialogue inclusif constitue un signal en faveur d’une résolution pacifique des différends. Toutefois, son efficacité dépendra de la capacité des acteurs concernés à accepter le principe des discussions et à s’inscrire dans un cadre politique partagé.
La mise en place du Front pour la refondation de la nation ajoute une nouvelle dimension à cette équation. Au-delà de l’existence de ce mouvement, c’est la position que Joseph Kabila adoptera à l’égard des institutions, du dialogue national et des mécanismes de sortie de crise qui permettra de mesurer les possibilités de rapprochement.
Pour autant, rien ne permet, à ce stade, d’affirmer que l’ancien président acceptera ou rejettera une éventuelle initiative portée par l’Union africaine. Son adhésion éventuelle dépendra notamment des conditions politiques du dialogue, de ses participants et des garanties proposées.
Tout en encourageant le dialogue, l’Union africaine réaffirme son opposition aux changements anticonstitutionnels de gouvernement, notamment à la prise du pouvoir par la force. L’organisation appelle ainsi les différents acteurs à faire preuve de retenue et à éviter toute initiative susceptible de compromettre les perspectives de réconciliation nationale.
Elle réitère également son soutien à la médiation conduite par le président du Conseil de la République togolaise, Faure Essozimna Gnassingbé, avec l’appui des facilitateurs de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement de l’Afrique australe.
Cette démarche traduit la volonté de maintenir une dynamique diplomatique malgré la persistance des désaccords politiques et sécuritaires. Mais l’existence de plusieurs initiatives ne garantit pas, à elle seule, leur aboutissement. Leur complémentarité, la participation des acteurs concernés et le respect des engagements pris restent essentiels.
Pour Kinshasa, le défi consiste à faire du dialogue inclusif un instrument de règlement des différends politiques, sans compromettre le fonctionnement des institutions ni la souveraineté nationale.
En définitive, l’Union africaine mise sur la concertation pour éviter que les divergences politiques ne compromettent davantage les perspectives de paix en RDC. Mais une question demeure : l’appel au dialogue suffira-t-il à rapprocher Joseph Kabila de la démarche défendue par l’organisation continentale, ou les divergences actuelles continueront-elles de compliquer la recherche d’une sortie de crise ? La réponse dépendra désormais des positions que les principaux acteurs accepteront de défendre autour de la table des discussions.
Héritier Lelo
