Pour la 10 ème année de suite : La crise en RDC classée parmi les plus négligées au monde

La crise humanitaire et sécuritaire en République démocratique du Congo figure parmi les crises les plus négligées au monde. C’est ce qui ressort du rapport annuel du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). La RDC, qui se débat dans une série des guerres depuis 30 ans, se retrouve dans ce malheureux classement depuis dix années successives. Pour le secrétaire général du NRC Jan Egeland, le conflit dans ce pays de Grands Lacs africain n’est pas considéré comme une guerre importante malgré le nombre des victimes qu’elle cause. « Ceci témoigne de l’incapacité du monde à répondre aux crises qui ne sont pas considérées comme stratégiquement importantes par les pays riches », a-t-il souligné.

La RDC partage ce classement avec le Soudan, la Colombie, le Yémen, l’Afghanistan, le Honduras, l’Équateur, le Cameroun, le Nigéria et le Mozambique. Ces pays voient leurs déplacés internes être laissés pour compte par les nations occidentales et autres organisations internationales, à travers une “négligence délibérée et systémique plutôt que d’un échec isolé”, dénonce le conseil norvégien pour les réfugiés qui fustige le choix de l’apathie des uns et des autres.

« Les gouvernements donateurs sont confrontés année après année à des preuves de négligence. Pourtant, ceux qui sont au pouvoir, au niveau international, continuent de privilégier les investissements militaires et stratégiques, au détriment du financement, de la priorité accordée aux victimes de ces crises et de leur sort. C’est un échec de notre humanité », a déclaré Egeland.

La négligence qui couvre ces pays se résume en chiffres : En 2025, seuls 27,4 % des fonds nécessaires pour répondre à la crise en République démocratique du Congo ont été fournis, soit le taux le plus bas en dix ans, laissant plus de 21 millions de personnes dans le besoin sans aucune aide ou avec une aide considérablement réduite. “Il y a dix ans, la communauté internationale fournissait 55 dollars américains par personne dans le besoin en RDC. Aujourd’hui, ce chiffre a chuté à moins de 33 dollars américains”, note le rapport du NRC.
Plusieurs fois, Bruno Lemarquis, coordonnateur humanitaire en République démocratique du Congo a dénoncé “une crise sous-financée malgré des besoins de protection et d’assistance de plus en plus pressants”. La RDC compte 7 millions des déplacés internes, derrière le Soudan qui en compte 10 millions.

Pour la RD Congo, le contexte de l’épidémie d’Ebola s’ajoute comme un casse-tête. Les déplacés, soumis aux aléas des défis sécuritaires constituent un potentiel foyer de propagation de cette fièvre hémorragique en cas de nouveaux déplacements. Selon le ministère de la santé de la RDC, le personnel soignant n’a suivi jusqu’ici que 45,5% des personnes ayant été en contact avec les malades d’Ebola. Ce qui veut dire que près de 55 % des contacts suspects sont en vadrouille. Les suivre est une course contre la montre. Un exercice particulièrement laborieux.

Mais quoiqu’il en soit, Ebola a permis de remettre une lumière sur une crise humanitaire négligée.
La résurgence de l’épidémie d’Ebola permet de fixer à nouveau l’attention sur la RDC. La solidarité autour de la riposte contre Ebola pourrait – elle créer une dynamique nouvelle autour de la crise humanitaire ? Du point de vue de la symbolique, la résurgence d’Ebola a permis une couverture médiatique importante autour de la maladie, mais également autour du contexte général dans les zones affectées autant par l’épidémie que par la crise humanitaire liée à la guerre.

Patrick Ilunga

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