Paix en RDC I Quand les États-Unis manient le bâton et la carotte 

Le département du Trésor américain actionne des sanctions contre les groupes armés qui alimentent le conflit armé en RDC. C’est une action de plus pour soutenir le processus de paix en RDC. Pour le département du Trésor américain, il s’agit de décourager les activités minières illégales dans le Kivu afin de permettre des investissements américains dans les mines stratégiques du Congo et ainsi promouvoir la paix en RDC et dans la région. 

John Hurley, sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, prévient :

« Le département du Trésor n’hésitera pas à prendre des mesures contre les groupes qui refusent aux États-Unis et à leurs alliés l’accès aux minerais essentiels à notre défense nationale». Il ajoute : « Le commerce des minerais de conflit fait payer un lourd tribut aux civils congolais, alimente la corruption et empêche les entreprises respectueuses de la loi d’investir en RDC« . Pour les États-Unis d’Amérique, il n’est plus question de laisser entre les mains des groupes armés, le contrôle des mines important pour l’industrie du Hi-tech qui profitent au finish à la Chine.

Dans un communiqué, le département du Trésor américain assure avoir émis des sanctions à l’encontre de PARECO-FF : un groupe armé qui a vu le jour en 2022 en réponse à la résurgence du M23 qui lui est soutenu par le Rwanda. Selon le département du Trésor le PARECO-FF se trouve au cœur de l’écosystème des minerais de conflit. Les sanctions visent également la Cooperative des Artisanaux Miniers du Congo (CDMC). Cette coopérative est coupable de vendre illégalement des minerais à East Rise et Star Dragon, des sociétés basée à Hong Kong qui en retour fournissent de l’aide matérielle, financière, technologique et logistique à coopérative, alimentant le conflit armé. Tout ceci avec l’aide des certains agents publics et sociétés Congolaises corrompus. 

Les deux organisations ciblées sont coupables d’exploitation, de taxation et des activités de contrebande notamment dans la mine de Rubaya, dans le Masisi au Nord Kivu. La mine de Rubaya regorge autour de 20 à 30% du tantale (Coltan) mondial, minerais essentiels utilisés dans l’électronique moderne. 

 Le département du Trésor actionne donc le Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) pour bloquer les avoirs des personnes et structures ciblées. 

En outre, « les mesures prises aujourd’hui visent aussi les entreprises de la RDC et de Chine qui se livrent au commerce de minerais liés au conflit provenant de la RDC sur les marchés internationaux, souvent via le Rwanda », indique le département du Trésor. Le département du Trésor affirme que « dans de nombreux cas, les minéraux provenant de l’est de la RDC sont acheminés clandestinement via le Rwanda avant d’être transportés vers les principaux pays de raffinage et de transformation, tels que la Chine« .

Les États-Unis d’Amérique agitent la sanction pour imposer la paix dans la région des Grands Lacs d’une part, et de l’autre part, les États-Unis poussent à des négociations pour que la RDC actionne le processus d’intégration des combattants des groupes armés dans la vie civile et dans les services de sécurité. Une politique du bâton et de la carotte que le département du Trésor américain résume dans son communiqué : « Le bureau de contrôle du département d’État note que l’objectif des sanctions est d’apporter un changement positif pour le retour de la paix. Mais en cas de récidive, les sanctions économiques peuvent entraîner des poursuites civiles et pénales« .

En République démocratique du Congo, une grande partie de l’opinion nationale et les officiels sont optimistes quant à l’aboutissement heureux de l’engagement américain pour la paix. Mais certains experts de demandent pourquoi le communiqué du département du Trésor américain n’a pas fait mention du M23 qui contrôle actuellement la mine de Rubaya. « C’est depuis avril 2024 que la mine de Rubaya est contrôlée par le M23. Et l’exploitation illégale du Coltan se poursuit. Pourquoi le département du Trésor n’a pas mentionné le M23 ?« , a demandé Dady Saleh, qui est professeur et économiste. Selon lui, le département du Trésor a l’intention de ménager peut-être le M23 pour construire la paix. « Mais la paix ne se fait pas au détriment de la justice« , dit-il. Dady Saleh estime néanmoins « la stratégie trouvée par la RDC et les États-Unis pour construire la paix à travers l’économie et les investissements« .

La stratégie choisie par la RDC et les États-Unis inclue aussi le Rwanda. Kigali et Kinshasa ont signé un accord de paix le 27 juin 2025. Les deux pays ont exprimé également toujours sous l’égide des États-Unis le 1 er août l’intention d’approfondir les liens économiques à travers « l’exploitation minière, les infrastructures, l’énergie, le développement industriel, l’industrie agroalimentaire, la santé publique et la gestion des parcs nationaux« .

Désormais, les deux pays, en conflit depuis 30 ans entendent construire la paix sur une base économique au-delà des engagements politiques et sécuritaires.

Quoique l’optimisme d’une paix dans la région existe, certains experts appellent à la prudence tout de même. « L’on ne saurait faire semblant et refuser d’admettre que la région des Grands Lacs est tellement fragile que l’instabilité d’hier et aujourd’hui ne peut en aucun cas apparaître comme un bénéfice acquis« , commente Nicaise Kibel Bel Oka, expert des questions sécuritaires dans la région des Grands Lacs. L’expert conseille néanmoins d’aller vers une paix de brave : « Il n’y a pas de paix possible sans une coexistence voulue et acceptée par les humains. C’est cette logique de coexistence, de cohabitation, que ce soit au Proche-Orient ou dans l’Afrique des Grands Lacs qui est mise en péril« .

Patrick Ilunga

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