Opération ville morte : entre bataille des chiffres et guerre des perceptions

L’analyse de cette journée met en évidence une fracture nette entre les forces de la coalition au pouvoir et le bloc d’opposition réuni au sein du mouvement Article 64 (C64). La journée « ville morte » du mercredi 3 juin 2026, premier grand test pour la plateforme d’opposition, a donné lieu à des bilans diamétralement opposés.

Lancée notamment par des figures de l’opposition telles que Martin Fayulu et Moïse Katumbi, cette action visait à protester contre toute éventuelle révision de la Constitution, mais aussi à dénoncer la situation sécuritaire, économique et sociale du pays. Comme souvent dans ce type de mobilisation, l’appréciation des résultats dépend largement du camp qui les analyse.

Du côté du pouvoir, les responsables politiques mettent en avant la poursuite des activités dans plusieurs administrations, entreprises et services publics. Pour Jean Thierry Monsenepwo, ambassadeur du changement de mentalité, le mot d’ordre de l’opposition n’a pas trouvé l’écho escompté auprès de la population.

« La ville est restée vivante », a-t-il déclaré, estimant que les Congolais ont choisi le travail plutôt que ce qu’il qualifie de « chaos ». Selon lui, cette journée a démontré l’attachement de la population à la stabilité institutionnelle et au fonctionnement normal du pays. Il a également salué certaines entreprises qui ont maintenu leurs activités malgré les appels à la paralysie, notamment dans le secteur de la distribution des carburants.

La majorité considère ainsi que le maintien des activités économiques et administratives constitue la preuve que la population n’a pas adhéré massivement à l’appel de l’opposition. Pour ses partisans, la journée du 3 juin aura surtout confirmé la volonté des Congolais de préserver la paix sociale et la continuité de l’État.

Une lecture radicalement différente est proposée par les initiateurs de l’opération. Au sein de l’Alliance pour le Changement (A.Ch) de Jean-Marc Kabund, la satisfaction est également au rendez-vous. Le président de la Ligue des jeunes du parti, Parfait Zola, affirme que l’opération a été largement suivie dans plusieurs quartiers de Kinshasa ainsi que dans d’autres villes du pays.

Pour cet acteur politique, la mobilisation du 3 juin traduit un rejet populaire de toute tentative de modification de la Constitution ainsi qu’un mécontentement croissant face à la gouvernance actuelle. Il estime que la baisse des activités observée dans plusieurs zones urbaines démontre l’adhésion d’une partie importante de la population aux revendications portées par l’opposition.

Dans cette dynamique, Parfait Zola a annoncé le lancement prochain d’une campagne citoyenne baptisée « Carton rouge à Félix Tshisekedi », destinée à maintenir la pression politique sur les institutions et à mobiliser davantage les citoyens autour des revendications de l’opposition.

Au-delà des déclarations partisanes, la journée du 3 juin met en lumière la profonde polarisation du débat politique en République démocratique du Congo. Chaque camp revendique la victoire et s’appuie sur des éléments de terrain pour conforter sa lecture des événements. Cette divergence d’interprétation illustre la difficulté d’établir une évaluation consensuelle de l’impact réel d’une opération dont les effets varient selon les villes, les communes et les secteurs d’activité.

Si le pouvoir y voit la démonstration de sa capacité à maintenir le fonctionnement normal du pays, l’opposition considère quant à elle avoir réussi à attirer l’attention sur ses préoccupations et à mobiliser une partie de la population autour de ses revendications.

Une chose demeure certaine : loin de clore le débat, la journée du 3 juin s’inscrit dans un contexte politique marqué par la montée des tensions autour des questions institutionnelles et de gouvernance. Les prochaines semaines permettront de mesurer si cette mobilisation restera un épisode ponctuel ou si elle constituera le point de départ d’une nouvelle séquence politique entre majorité et opposition.

Heritier Lelo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *