Marchés pirates à Kinshasa : Entre assainissement urbain et urgence sociale

Après la décision du gouvernement congolais visant à supprimer les marchés pirates dans la ville de Kinshasa, l’activité commerciale se poursuit encore sur plusieurs artères de la capitale, notamment sur l’avenue du Commerce, pourtant directement concernée par la mesure.

Sur le terrain, rien ne semble encore avoir changé. Les étals improvisés occupent toujours la chaussée, les vendeurs continuent leurs activités comme à l’accoutumée, tandis que plane l’incertitude quant à l’application effective de cette décision. Une situation qui illustre à la fois la dépendance économique de nombreux ménages à ces espaces informels et la difficulté de faire respecter les mesures d’assainissement urbain.

Les réactions recueillies traduisent une opinion profondément partagée. Certains commerçants reconnaissent le bien-fondé de la décision, estimant que la voie publique ne devrait pas être détournée de sa fonction première. Pour eux, l’occupation anarchique des routes constitue un danger réel, tant pour les vendeurs que pour les usagers.

« Vendre sur la route n’est pas une bonne chose. Sur l’avenue du Commerce et ailleurs, cela comporte des risques. Je salue l’initiative du gouverneur. Ceux qui critiquent n’ont qu’à le faire », confie un commerçant rencontré sur place.

À l’inverse, d’autres dénoncent un calendrier jugé inadapté. Ils estiment que les autorités auraient dû attendre la mise en service effective du nouveau marché central avant d’envisager toute opération de déguerpissement.

« Avant de nous chasser, il fallait d’abord ouvrir le nouveau marché. C’est seulement après que nous pourrions nous y installer », explique un autre vendeur.

Mais au-delà du débat sur l’opportunité de la mesure, c’est surtout la question des alternatives qui revient avec insistance. Plusieurs vendeurs affirment ne disposer ni des moyens financiers ni des infrastructures nécessaires pour poursuivre leurs activités ailleurs.

« Je n’ai pas les moyens de payer une table. Si on me chasse d’ici, je ne sais pas comment je vais nourrir mes enfants ni payer leur scolarité », témoigne une vendeuse, visiblement inquiète.

Pour les autorités provinciales, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à restaurer l’ordre public, fluidifier la circulation et réduire les risques d’accidents liés à l’occupation anarchique de la voie publique. Elle répond également à une volonté d’assainissement de l’environnement urbain et de réorganisation du commerce dans la capitale.

Reste que sa mise en œuvre s’annonce délicate. Entre impératifs d’ordre public et réalités socio-économiques, l’opération pourrait constituer un test majeur pour la gouvernance urbaine à Kinshasa, où l’économie informelle demeure un pilier essentiel de survie pour une grande partie de la population.

Daniella Kalala

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