LES GÉNOCIDES D’AFRIQUE : Rwanda ou Congo ?

Charles ONANA – La Vérité en Procès : « Les guillemets de la vérité ou la vérité des guillemets ? »

Le 2, 3 et 9 septembre 2026, Charles Onana, journaliste, écrivain et politologue franco-camerounais comparaît en appel devant la Cour d’Appel de Paris.

Condamné en première instance en décembre 2024 pour complicité de contestation de crime contre l’humanité pour son livre “Rwanda, la vérité sur l’Opération Turquoise – Quand les archives parlent” (2019), cet écrivain est poursuivi par Survie, la LDH et la FIDH, des associations françaises qu’il accuse lui-même d’être commanditées par Paul KAGAME, président rwandais.

Mais le vrai procès n’est pas celui des guillemets. C’est celui du Congo. “Aucune des vérités fondamentales de mon livre n’a jamais été attaquée ni abordée par ceux qui m’accusent”, nous déclarait Charles ONANA samedi 29 dernier, lors d’un entretien téléphonique. L’auteur reconnait qu’il a dans son livre, utilisé à la fois le terme « génocide » avec guillemets et par endroit sans guillemets.

Ce qu’on ne veut pas juger : l’invasion programmée de la RD Congo

Le sujet central du livre n’est pas le génocide rwandais de 1994, que personne ne nie, y compris ONANA. Le sujet, ce sont les accusations portées contre l’Opération Turquoise et la démonstration, archives à l’appui – Pentagone, ONU, Elysée – d’un plan d’invasion masquée du Congo dès 1994 par le FPR dirigé depuis par Kagame.

Onana démontre, notamment dans le chapitre sur le renversement du Maréchal Mobutu, que la première guerre du Congo ne commence pas en 1996-1997 comme le récit officiel le prétend, faisant du Congo une simple victime collatérale. Elle commence en 1994. Selon lui, l’objectif est de prendre le pouvoir à Kinshasa et occuper durablement la partie Est de la RD Congo, pour piller ses ressources. Ce chapitre, personne ne l’a contesté à ce jour. Ce silence est assourdissant.

« Mes détracteurs ont choisi l’angle mort de mon livre sur l’opération Turquoise, afin d’éviter les véritables débats scientifiques, juridiques, sécuritaires et militaires sur les vérités fondamentales que j’apporte de manière irréfutable aux travaux de recherche en sciences politiques ». Ce sont les paroles du sacré ONANA, qui continue d’appeler les scientifiques des divers domaines à ouvrir le débat de fond de ses recherches. Dans « Holocauste au Congo », un autre livre qui enrichit l’”opération turquoise”, l’auteur a rajouté les preuves. Toujours pas de contradiction sur le fond du côté de ses accusateurs.

Le double déboutement qui dérange

Un élément majeur et occulte de ce procès est le fait que les mêmes parties civiles qui poursuivent Charles ONANA pour des guillemets avaient porté plainte dès 2005 contre les militaires français de l’opération Turquoise. Résultat ? Elles ont été deux fois déboutées par la justice française. En 18 ans d’instruction, aucune preuve irréfutable n’a été apportée. La Cour de cassation sera donc la dernière juridiction à juger de cette affaire.

Selon plusieurs analystes, la justice française, sur une plainte de ces associations poursuit l’auteur et son éditeur, sans démontrer qu’il ne dit pas la vérité. On attaque les guillemets, mais, on n’attaque jamais le cœur du livre : l’invasion de la République Démocratique du Congo.

Pourquoi ?

Parce que c’est indéfendable. Les contradicteurs de Onana sont en difficulté sur plusieurs points, devenus un secret de polichinelle. Tout d’abord, ils ne parviennent pas à contredire que les événements de 1994 sont rattachés à un plan d’annexion, avec comme autre indice de culpabilité, la préparation matérielle du génocide congolais. C’est la première fois dans un livre qu’un chercheur français d’origine africaine produit un travail scientifique de haut niveau, reliant directement 1994 à l’occupation du Zaïre, devenu la République Démocratique du Congo. “Est-ce dans le but de faire taire cette intelligence formée dans les universités françaises pour fondre la qualité de ses recherches dans les condamnations judiciaires ? s’est interrogé ce journaliste d’investigation.

De 1994 à Goma: la même occupation

C’est ici que le livre “Rwanda, la vérité sur l’Opération Turquoise – Quand les archives parlent”, rejoint l’actualité. Aujourd’hui, les villes de Goma et Bukavu sont occupées par les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda. Tout récemment, le Conseil de Sécurité de l’ONU, dans ses résolutions 2773 et 2808 (février 2025 – juin 2026), exigeait leur retrait et celui des Forces de défense rwandaises du territoire congolais.

En plus, lors de la signature de l’accord à Washington, les groupes rwandais occupaient toujours le Congo et ne voulaient pas le quitter. Le lien est direct : le plan de 1994 décrit par Onana, avec l’aveu même de Kagame au Bénin, que des territoires congolais appartiendraient au Rwanda, est en train de se réaliser sous nos yeux. À en croire le politologue ONANA, Kagame avait poussé les populations vers le Congo pour mieux l’envahir. La prise de Goma n’est pas une conséquence lointaine. C’est la suite logique du plan d’invasion de la terre de Patrice-Emery Lumumba.

L’angle mort volontaire : l’extermination des Congolais

“L’inconfort intellectuel des parties civiles vient de ce qu’elles refusent de discuter de sujets centraux du livre : L’extermination programmée des populations congolaises, ce qui confirmerait le génocide congolais – plus de dix millions de morts, plus de 500 000 femmes violées et toujours le silence…- Ensuite, l’invasion du Congo pour piller ses ressources dès 1994, a affirmé l’auteur du livre qui dérange.

Peut-on croire qu’un chercheur africain a été le premier à identifier les victimes congolaises et à nommer l’occupation ? Tout ceci rejoint la question du génocide congolais. Le but final décrit par Onana est d’exterminer pour occuper définitivement. Cela reste le principal argument qui dérange le pouvoir de Kigali, qui voit dans le plaidoyer pour la reconnaissance du génocide congolais, une démarche d’enterrement de sa politique ayant jetté les Hutus et beaucoup d’autres populations de son pays et de la RD Congo en exil ou sous terre.

“Pourquoi les accusateurs n’attaquent-ils que les guillemets et jamais la démonstration de l’invasion ?, a renchérit Charles ONANA avant d’affirmer que c’est parce que l’objectif est de ne pas établir le lien entre le génocide rwandais et l’invasion masquée, principal axe de sa recherche.

Le Congo au centre

Le Congo ne demande pas qu’on oublie le Rwanda. Il demande qu’on ne l’oublie pas lui. Reconnaître le génocide des rwandais ne doit pas empêcher de reconnaître les crimes de masse commis sur le territoire congolais par le pouvoir de Kigali. Et défendre la mémoire congolaise ne relativise en rien la mémoire rwandaise.

Le procès du 2 septembre 2026 à la Cour d’Appel de Paris, ne jugera pas seulement un livre. Il dira si la justice française accepte que la RD Congo existe dans ce dossier. Si cela peut amener enfin, de parler de l’identification des victimes congolaises, des fosses communes, des archives à ouvrir.

Au-delà des guillemets, la vraie question est: Qui veut réellement faire taire la mémoire de la République Démocratique du Congo ?

Distingué KAYEMBE

Journaliste Indépendant

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