Incertitude pour l’armée Rwandaise au Mozambique : L’Union Européenne pourrait arrêter son soutien financier

Le financement accordé par l’Union européenne au déploiement militaire du Rwanda dans le nord du Mozambique arrive à échéance en mai prochain, sans perspective de renouvellement à ce stade.

 Selon plusieurs sources proches du dossier, Bruxelles ne prévoit pas d’étendre ce soutien budgétaire destiné aux forces rwandaises engagées contre l’insurrection jihadiste dans la province de Cabo Delgado.

En 2024, l’UE avait approuvé une aide de 20 millions d’euros en faveur de la Rwanda Defence Force (RDF), déployée dans cette région stratégique riche en gaz naturel. Ce montant venait s’ajouter à une enveloppe équivalente validée près de deux ans plus tôt. Ces financements, accordés via la Facilité européenne pour la paix, visaient principalement à couvrir les équipements individuels des soldats ainsi que les besoins logistiques liés à leur mission.

Selon un porte-parole de l’Union européenne, les mesures d’assistance adoptées en 2022 et 2024 « expirent en mai 2026 ». Bruxelles indique par ailleurs examiner les conséquences des sanctions annoncées récemment par les États-Unis contre l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts responsables.

Des sanctions américaines qui rebattent les cartes

Début mars, le département du Trésor américain a sanctionné la Rwanda Defence Force (RDF), l’accusant de soutenir, former et combattre aux côtés de la rébellion du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. L’impact de ces mesures sur le contingent rwandais présent au Mozambique reste toutefois incertain.

Depuis 2021, Kigali maintient plusieurs milliers de soldats dans la province de Cabo Delgado pour sécuriser une zone où le groupe énergétique français Total Energies pilote un gigantesque projet d’exportation de gaz naturel liquéfié estimé à près de 20 milliards de dollars.

Un enjeu énergétique stratégique

Le maintien de la sécurité dans cette région revêt une importance stratégique pour plusieurs partenaires occidentaux. Le projet gazier conduit par Total Energies bénéficie notamment d’un financement de 4,7 milliards de dollars de la part de l’Export-Import Bank of the United States.

Selon Daniel Swift, analyste senior à la Foundation for Defense of Democracies, Washington n’aurait guère intérêt à ce que les sanctions contre l’armée rwandaise perturbent son déploiement au Mozambique. « Personne ne souhaite voir les opérations à Cabo Delgado affectées négativement », estime-t-il.

La montée des tensions autour du détroit d’Ormuz, qui perturbe les exportations de gaz naturel liquéfié du Qatar — deuxième exportateur mondial — renforce par ailleurs l’importance stratégique du Mozambique comme futur fournisseur d’énergie.

Un projet relancé après des années d’incertitude

Les investissements énergétiques dans la région avaient été suspendus en mars 2021 après une attaque spectaculaire de combattants liés à l’État islamique contre la ville de Palma. Face à l’ampleur de l’insurrection, le gouvernement mozambicain avait sollicité l’appui du Rwanda, qui avait rapidement déployé des troupes.

Après plusieurs années d’opérations militaires et une amélioration relative de la situation sécuritaire, Total Energies a annoncé en janvier la reprise complète de son projet gazier, l’un des plus importants investissements énergétiques en Afrique.

Bloomberg/Géopolis Hebdo

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