Le relèvement de 10 % à 30 % de l’impôt sur les indemnités de fin de carrière continue de susciter une vive contestation au sein des organisations syndicales en République démocratique du Congo. Pour l’Intersyndicale du Grand Katanga, cette mesure fragilise davantage les travailleurs au moment où ils quittent la vie active, après plusieurs décennies de contribution au développement du pays. Dans un mémorandum adressé aux institutions de la République, les syndicats réclament notamment la révision urgente de cette disposition fiscale, l’exonération totale des indemnités de fin de carrière, l’ouverture d’un cadre de concertation réunissant le Gouvernement, les employeurs et les organisations syndicales, le maintien du régime fiscal antérieur durant toute la période des discussions ainsi que l’instauration d’un régime fondé sur la justice sociale et la dignité humaine.
Selon l’Intersyndicale du Grand Katanga, cette démarche ne remet nullement en cause la politique fiscale de l’État, mais vise à préserver les droits des travailleurs en fin de carrière, à garantir la stabilité des relations professionnelles et à promouvoir une réforme équilibrée, conforme à la vision du Chef de l’État plaçant le citoyen au cœur de l’action publique.
À Lubumbashi, le 16 mai dernier, William Albert Kalengay (WAK) s’est entretenu en exclusivité avec Kasongo Mabwisha (KM), Président de l’Intersyndicale du Grand Katanga.
Ci-dessous, l’intégralité de l’interview exclusive
William Albert Kalengay (WAK) : Comment les retraités et les agents publics ont-ils accueilli la décision du gouvernement de porter la taxation des indemnités de retraite de 10 % à 30 % ?
Kasongo Mabwisha (KM) : Les travailleurs l’ont accueillie avec beaucoup d’incompréhension et de déception. Jusqu’à ce jour, cette mesure n’est pas la bienvenue. Une indemnité de fin de carrière ne peut pas être assimilée à un salaire mensuel. Après avoir consacré toute une vie au service de la Nation, voir cette indemnité amputée de 30 % est, pour nous, profondément injuste.
Nous estimons qu’au lieu d’alourdir cette fiscalité, le Gouvernement aurait même pu envisager son exonération afin de permettre aux retraités de vivre dignement. Une telle décision aurait été davantage en phase avec la vision du Président de la République, qui place le bien-être du peuple au premier plan.
WAK : Comment en êtes-vous arrivés à déposer un mémorandum alors qu’il existe des mécanismes institutionnels de dialogue social ?
KM : Notre démarche s’inscrit précisément dans le respect des voies institutionnelles. Nous avons privilégié le dialogue républicain en rédigeant un mémorandum destiné aux autorités compétentes. Nous demandons que cette disposition soit réexaminée avant son application effective. Notre interpellation concerne le Gouvernement, l’Assemblée nationale, le Sénat ainsi que le Président de la République.
Les parlementaires représentent le peuple. Nous estimons qu’une réforme ayant un impact aussi important sur la vie des travailleurs mérite un examen approfondi et une véritable concertation avec les partenaires sociaux.
WAK : Le syndicalisme est aussi une force de proposition. Le Gouvernement cherche à accroître les recettes publiques tout en préservant la paix sociale. Que lui proposez-vous ?
KM : Nous comprenons parfaitement les impératifs budgétaires de l’État. Cependant, la recherche de recettes ne peut pas se faire au détriment des retraités. Durant toute leur carrière, les travailleurs paient régulièrement leurs impôts. Il serait injuste qu’au moment de leur départ à la retraite, ils soient encore lourdement taxés sur leur indemnité de fin de carrière.
Nous proposons le maintien du régime fiscal précédent pendant toute la période des discussions, l’ouverture d’un cadre national de concertation avec les organisations syndicales et les employeurs, ainsi que l’élaboration d’une réforme plus équilibrée conciliant justice sociale et exigences budgétaires.
WAK : Quel message adressez-vous au Président de la République, au Gouvernement et au Parlement ?
KM : Au Président de la République, nous demandons d’examiner cette situation avec toute l’attention qu’il accorde habituellement aux préoccupations des citoyens. Nous connaissons son engagement en faveur du « Peuple d’abord ». Nous sollicitons son arbitrage afin que cette disposition puisse être réévaluée dans l’intérêt des travailleurs.
Au Gouvernement, nous demandons de poursuivre les réformes fiscales dans un esprit de justice sociale. Quant au Parlement, nous rappelons que les députés et les sénateurs représentent les citoyens qui les ont élus. Ils ont la responsabilité de s’assurer que les lois adoptées améliorent réellement les conditions de vie de la population.
WAK : Quel message adressez-vous aux travailleurs qui vous ont mandaté pour porter cette revendication ?
KM : J’appelle l’ensemble des travailleurs à rester unis, responsables et confiants. Notre combat est mené dans le strict respect des institutions de la République. Nous continuerons à privilégier le dialogue et les voies légales afin d’obtenir une solution juste. J’invite également les travailleurs à interpeller démocratiquement leurs représentants élus afin que leurs préoccupations soient prises en compte.
Notre engagement demeure celui de la justice sociale, de la dignité des retraités et de la protection des générations futures de travailleurs. Nous restons convaincus qu’un dialogue constructif permettra de trouver une solution équilibrée dans l’intérêt de tous.
Propos recueillis par José-Junior Owawa (JJOW)
