AS VITA CLUB : LA DÉMISSION DE FLORY MAPAMBOLI PLONGE LES MOSCOVITES DANS L’INCERTITUDE

La crise de gouvernance qui secoue l’AS Vita Club franchit un nouveau cap. Flory Mapamboli, président intérimaire du club kinois, a annoncé sa démission avec effet immédiat dans une correspondance datée du 20 octobre 2026. Ce départ, intervenu sur fond de contestation électorale et de rivalités entre deux camps dirigeants, intervient alors que les Vert et Noir voient déjà leur entrée en championnat perturbée. Reste à savoir si ce retrait favorisera une sortie de crise ou accentuera le vide institutionnel au sein de l’un des clubs les plus populaires de la République démocratique du Congo.

Une démission sur fond de rupture institutionnelle

L’AS Vita Club perd son président intérimaire au moment où elle aurait surtout besoin de stabilité. Flory Mapamboli a officiellement quitté ses fonctions, mettant fin à une mission entamée en 2025 après le départ d’Amadou Diaby. Il avait notamment pour responsabilité d’assurer la continuité administrative du club et de conduire la transition vers une nouvelle direction.

Dans sa lettre de démission, le dirigeant justifie sa décision par la dégradation du fonctionnement interne, les contestations répétées de ses prérogatives et ce qu’il qualifie d’ingérences politiques. Il évoque également des manœuvres de déstabilisation qu’il attribue à certains acteurs extérieurs au club. Ces accusations, formulées par le président démissionnaire, n’établissent toutefois pas à elles seules les responsabilités des personnes qu’il met en cause.

Le départ de Mapamboli n’est pas totalement inattendu. Le 8 octobre, lors d’un échange en direct sur X consacré à la crise des Moscovites, il avait déjà déclaré être disposé à quitter ses fonctions si son retrait pouvait contribuer à préserver l’unité du club. Il insistait néanmoins sur le respect des statuts et du règlement intérieur. Deux semaines plus tard, cette disposition annoncée s’est concrétisée, sans pour autant résoudre le différend institutionnel.

Le scrutin du 18 septembre au cœur du conflit

Pour comprendre cette crise, il faut remonter au processus électoral engagé au sein du club. Le 18 septembre dernier, le Conseil suprême a organisé une assemblée à l’issue de laquelle Sylvestre Makambo a été désigné à la tête de la coordination de la famille Vert et Noir. Cette désignation est contestée par le camp de Mapamboli, qui remet en cause la régularité de la procédure.

Le désaccord s’inscrit dans un conflit plus ancien portant notamment sur les modalités des élections, les conditions de candidature, la composition du corps électoral et l’indépendance de la commission électorale. En août, le ministère des Sports avait déjà suspendu le processus électoral et appelé les différentes composantes du club à rechercher un compromis.

La fracture est ensuite devenue visible sur le terrain. Début octobre, deux groupes distincts préparaient la nouvelle saison. D’un côté, l’équipe qui avait terminé l’exercice précédent, entraînée par Cédric Nanitelamio et associée au comité de Mapamboli. De l’autre, un groupe présenté par Sylvestre Makambo, avec son propre encadrement technique. Cette coexistence a fait naître une question essentielle : quelle structure peut légitimement engager l’AS Vita Club dans les compétitions officielles ?

Mapamboli précise d’ailleurs que sa démission ne vaut ni reconnaissance de la validité du scrutin du 18 septembre ni désignation automatique d’un successeur. Le différend sur la légitimité des instances dirigeantes demeure donc entier.

Le championnat déjà affecté

Les conséquences de cette crise dépassent désormais les débats administratifs. Le 19 octobre, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu Ntubuanga, a sollicité le report des deux premières rencontres de Vita Club en championnat, invoquant la crise interne et des raisons de sécurité.

Le lendemain, la Linafoot a annoncé le report à une date ultérieure du match contre le FC Renaissance du Congo, initialement programmé le 21 octobre au stade Tata Raphaël, pour la première journée du groupe B de la 32ᵉ édition du championnat national. La nouvelle date devait être communiquée ultérieurement.

Ce report constitue un signal préoccupant pour une formation dont les ambitions sportives nécessitent une préparation structurée et une direction capable de prendre des décisions cohérentes. Tant que les responsabilités administratives restent disputées, le club risque de voir ses préparatifs perturbés, avec des incertitudes concernant l’encadrement, la gestion des joueurs et la représentation officielle de l’équipe.

À ce stade, il convient néanmoins de distinguer les risques liés à la crise des conséquences sportives qui ne sont pas encore établies. Le report d’une rencontre ne signifie pas, à lui seul, que Vita Club est définitivement exclu du championnat ou incapable de poursuivre la compétition.

Une fragilité financière qui complique l’équation

La crise institutionnelle intervient également dans un contexte financier difficile. Le 3 septembre 2026, la FECOFA avait suspendu Vita Club pour une durée de 30 jours dans le dossier opposant le club à son ancien attaquant Yves Diba Ilunga, au sujet de salaires et de primes impayés. Le montant de la créance avait été fixé à 61 500 dollars américains, dont 10 000 dollars auraient déjà été versés, laissant un solde annoncé d’environ 51 000 dollars.

La situation actuelle de cette dette doit être confirmée auprès des instances compétentes. Elle rappelle néanmoins que les difficultés de Vita Club ne se limitent pas à la question de savoir qui dirige le club. Le règlement des engagements financiers, la mobilisation des ressources et la capacité à assurer le fonctionnement quotidien de l’équipe constituent également des enjeux majeurs.

Une nouvelle direction, quelle qu’elle soit, devra donc répondre à plusieurs urgences simultanées : rétablir l’ordre institutionnel, clarifier les responsabilités, sécuriser les ressources financières et permettre à l’équipe de se concentrer sur le championnat.

Quelle issue pour les Moscovites ?

Après la démission de Mapamboli, plusieurs scénarios restent envisageables. Une médiation aboutissant à un accord entre les différentes composantes du club pourrait ouvrir la voie à une transition consensuelle. Une reprise du processus électoral dans des conditions acceptées par les parties pourrait également permettre de clarifier la légitimité de la future direction.

À l’inverse, si les camps continuent de défendre des positions incompatibles, le départ du président intérimaire risque de prolonger l’incertitude. Les instances compétentes devront alors préciser les modalités de la transition, dans le respect des statuts du club et des règles applicables au football congolais.

Le précédent du Daring Club Motema Pembe, qui a lui aussi connu des périodes de coexistence entre groupes rivaux, nourrit les inquiétudes exprimées dans la presse sportive. Chez Vita Club, une division durable pourrait fragiliser davantage la cohésion des supporters et compliquer la gestion sportive. Il s’agit toutefois d’un risque, et non d’une issue déjà inévitable.

Pour les Moscovites, l’urgence est désormais de dépasser la bataille des légitimités. Le club doit retrouver une direction clairement établie, un fonctionnement administratif normal et un environnement propice à la performance. La médiation institutionnelle, la transparence du processus de transition et la recherche d’un compromis seront déterminantes pour éviter que la crise ne s’installe durablement.

La démission de Flory Mapamboli marque ainsi un tournant, mais certainement pas le dénouement de cette affaire. À Vita Club, le véritable défi commence maintenant : transformer une rupture au sommet en occasion de reconstruction, sans sacrifier les ambitions sportives ni l’unité de la famille vert et noir.

Blessed Kuzola

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *