Ebola en RDC : la mobilité des populations complique la traque des chaînes de transmission

La propagation d’Ebola en République démocratique du Congo est aussi liée à l’intense mobilité des populations entre les différentes zones de santé et provinces. En Ituri, plus de 65 000 passages ont été enregistrés en une semaine à seulement sept points de contrôle. Plus de neuf déplacements sur dix, parmi ceux qui ont pu être reconstitués, franchissaient les limites d’une zone de santé. Plus préoccupant, 13,6 % des déplacements identifiés reliaient une zone ayant enregistré de nouveaux cas à une zone qui n’en avait pas signalé durant la même période. Ces données illustrent la difficulté de suivre les personnes exposées dans un pays où les frontières administratives ne constituent pas des barrières physiques aux mouvements de population.

Cette mobilité complique directement le travail des équipes chargées de la surveillance et du suivi des contacts. Les déplacements peuvent conduire une personne ayant été exposée au virus à passer d’une zone affectée à une zone encore épargnée, avant même que les services sanitaires ne puissent l’identifier. La situation est d’autant plus préoccupante que le suivi des contacts reste inégal selon les provinces. Au début du mois de septembre, plusieurs provinces se situaient sous le seuil opérationnel de 85 % de contacts suivis quotidiennement, notamment le Nord-Kivu, le Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé.

L’épidémie, partie de l’Ituri, a progressivement gagné d’autres provinces. Selon l’Organisation mondiale de la santé, sept provinces sont désormais touchées : le Bas-Uélé, le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Sud-Ubangi et la Tshopo. Cette extension géographique accroît également le risque de transmission transfrontalière, notamment dans les zones où les populations circulent régulièrement entre la RDC et les pays voisins. Le premier cas importé confirmé au Kenya, suivi du décès du patient, rappelle d’ailleurs que les mouvements de personnes peuvent rapidement transformer une crise épidémique nationale en problème régional.

Au 5 octobre 2026, les dernières données du CDC américain faisaient état de 8 603 cas confirmés et 4 148 décès confirmés en RDC, soit une létalité d’environ 48 %. L’épidémie est ainsi devenue l’une des plus importantes jamais enregistrées pour Ebola. Au-delà de la prise en charge des malades, l’un des principaux défis consiste désormais à empêcher que la mobilité des populations ne multiplie les chaînes de transmission invisibles. Dans ce contexte, le contrôle des points de passage, la recherche active des contacts et la coordination entre provinces apparaissent essentiels pour éviter que de nouveaux foyers ne se développent à distance des épicentres actuels.

Patrick Ilunga

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