Messi et l’Argentine : Le dernier chapitre d’une histoire légendaire

Il était arrivé avec des larmes. Il repart avec des larmes, mais surtout avec une histoire que le football argentin n’oubliera jamais. Vingt-et-un ans après ses premiers pas avec l’Albiceleste, Lionel Messi a définitivement refermé le chapitre de sa carrière internationale. Au Monumental de Buenos Aires, dans la nuit de mardi à mercredi, le capitaine argentin a offert un dernier spectacle à son peuple : une victoire 3-0 contre le Bénin, un but et deux passes décisives, devant plus de 85 000 supporters.

Le scénario était presque parfait. Messi a d’abord servi Nicolás Otamendi pour l’ouverture du score, avant de mettre Nico Paz sur orbite pour le deuxième but. Puis, à la 71e minute, le numéro 10 a lui-même transformé un penalty. Son 126e but avec l’Argentine, le dernier d’une carrière internationale hors normes.

Mais derrière cette dernière soirée se cache une aventure commencée le 17 août 2005, à Budapest, contre la Hongrie. Le début avait pourtant été cauchemardesque : entré en seconde période, le jeune Messi avait été expulsé après seulement quelques secondes. Vingt-et-un ans plus tard, il quitte la sélection avec 208 matches, record absolu en Argentine, et 126 buts, là encore un record national.

Entre ces deux extrémités, Messi a traversé toutes les émotions possibles.

Avec les sélections de jeunes, il s’était déjà signalé en remportant le Mondial U20 en 2005, avant de décrocher la médaille d’or olympique à Pékin en 2008. Mais avec l’équipe A, les premières années furent beaucoup plus douloureuses. Les finales perdues se sont accumulées : Copa América 2007, Copa América 2015, Copa América Centenario 2016 et Coupe du monde 2014.

En 2016, après une nouvelle défaite en finale contre le Chili et un penalty manqué lors de la séance de tirs au but, Messi annonce même sa retraite internationale. Il reviendra finalement sur sa décision. Ce retour allait changer définitivement son histoire avec l’Albiceleste.

Le tournant intervient en 2021. Au Maracanã, face au Brésil, l’Argentine remporte la Copa América grâce à un but d’Ángel Di María. Messi, à genoux au coup de sifflet final, vient enfin de conquérir son premier grand titre avec la sélection A après près de quinze années d’attente.

Un an plus tard, il soulève encore un trophée : la Finalissima 2022, remportée 3-0 contre l’Italie à Wembley.

Puis arrive le Qatar.

À la Coupe du monde 2022, Messi livre l’un des plus grands tournois de sa carrière. Sept buts et trois passes décisives en sept matches. En finale contre la France, il inscrit deux buts dans le temps réglementaire et transforme son penalty lors de la séance de tirs au but. L’Argentine est championne du monde et Messi reçoit le Ballon d’or du tournoi.

Le trophée mondial met fin à l’un des grands débats de son parcours : celui de son rapport avec l’équipe nationale et sa comparaison permanente avec Diego Maradona. Celui qui avait longtemps été accusé de ne pas reproduire avec l’Argentine ses performances de club devient finalement le capitaine qui ramène la Coupe du monde à Buenos Aires.

Et l’histoire ne s’arrête pas au Qatar.

En 2024, Messi conduit encore l’Argentine au sacre en Copa América. Cela porte à quatre le nombre de titres majeurs remportés avec l’équipe A : Copa América 2021, Finalissima 2022, Coupe du monde 2022 et Copa América 2024.

En 2026, à 39 ans, Messi participe encore à une Coupe du monde, sa sixième, un record. Il porte son total à 32 matches disputés en Coupe du monde, davantage que n’importe quel autre joueur argentin.

Son parcours mondial raconte lui aussi toute une époque : trois matches en 2006, cinq en 2010, sept en 2014, quatre en 2018, sept en 2022 et six en 2026. Il aura donc traversé six éditions du Mondial sous le maillot argentin.

Au-delà des trophées, les chiffres donnent une autre mesure de son empreinte. Messi termine son aventure internationale comme meilleur buteur de l’histoire de l’Argentine, avec 126 réalisations, et comme joueur le plus capé avec 208 sélections. Il est également devenu le meilleur buteur de l’histoire des sélections sud-américaines, dépassant le précédent record détenu par Pelé.

Et même pour son dernier rendez-vous, Messi n’a pas simplement participé. Il a encore décidé du scénario : un but et deux passes décisives pour sa dernière apparition.

Après la rencontre, l’émotion a pris le dessus. Face à un Monumental entièrement acquis à sa cause, Messi a résumé en quelques mots ce que représentait pour lui le maillot argentin : « C’était une grande fierté de porter ce maillot pendant plus de 20 ans. Je n’ai jamais cessé de me battre, de tout donner. »

Puis, avec les larmes aux yeux, il a reconnu la difficulté de tourner définitivement la page : « Ne plus venir va être une immense douleur. » Avant de promettre de rester aux côtés de la sélection : « Je vais vous manquer. Désormais, je serai de votre côté, à soutenir la sélection et les garçons qui arrivent. »

Sur le banc, Lionel Scaloni n’a pas caché, lui non plus, son émotion. Le sélectionneur argentin a parlé d’un « footballeur irremplaçable », assurant qu’il n’avait jamais vu une aura comparable à celle de Messi. « Pour moi, cela a été un rêve de pouvoir l’entraîner. Je n’aurais jamais pensé être l’entraîneur du meilleur footballeur de l’histoire », a-t-il déclaré.

Scaloni sait surtout ce que la sélection perd avec le départ de son capitaine. « Le fait de l’avoir de ton côté est incomparable », a-t-il expliqué, ajoutant que le football argentin devra désormais apprendre à avancer sans cette capacité unique qu’avait Messi à changer le cours d’un match par une inspiration.

À Budapest, en 2005, son histoire avec l’Argentine commençait par une expulsion et des larmes.

Au Monumental, en 2026, elle s’est achevée par une victoire, un but, deux passes décisives et une ovation de plus de 85 000 personnes.

Entre les deux, il y a eu 208 matches, 126 buts, quatre titres majeurs avec l’équipe A, six Coupes du monde disputées, des finales perdues, une retraite annoncée puis annulée, des critiques, des records, un sacre mondial et finalement une reconnaissance devenue nationale.

Messi quitte désormais la sélection argentine, mais pas le football. Il poursuivra sa carrière en club. Avec l’Albiceleste, en revanche, le numéro 10 a livré son dernier tango.

Et cette fois, personne ne lui demandera de revenir.

Blessed Kuzola

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