Bunia, épicentre de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, a été au cœur du déplacement de Jean-Noël Barrot. Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères y a réaffirmé le soutien de Paris à la riposte congolaise et annoncé la volonté de la France de renforcer son appui pour parvenir à l’éradication du virus.



En se rendant samedi 3 octobre à Bunia, dans la province de l’Ituri, Jean-Noël Barrot a choisi de se rendre au plus près du front de la lutte contre Ebola. La ville abrite depuis le mois de mai le dispositif de coordination de la riposte contre la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola enregistrée en RDC.
Cette flambée est devenue, en quelques mois, la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Plus de 8 000 cas ont été confirmés et le bilan dépasse désormais les 4 000 décès, dont une importante proportion d’enfants. La situation fait de cette épidémie une urgence sanitaire qui dépasse largement les frontières de la RDC.
Bunia, symbole d’une bataille sanitaire mondiale
Pour le chef de la diplomatie française, Bunia constitue aujourd’hui l’un des principaux points de la bataille contre le virus. Il y a rencontré les équipes engagées dans la riposte et s’est rendu notamment au Centre de traitement d’Ebola de Rwampara, accompagné du professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale.
Jean-Noël Barrot a voulu rendre hommage aux autorités congolaises, aux soignants, aux chercheurs, aux agences internationales et aux travailleurs humanitaires mobilisés depuis le début de l’épidémie.
Son message repose sur un principe : la maîtrise du virus à son foyer d’apparition constitue la meilleure protection contre une propagation internationale.
« Les virus comme Ebola ne connaissent pas les frontières », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de combattre la maladie à la racine.
Cette approche explique, selon le ministre français, la mobilisation de Paris aux côtés de la RDC. La France estime que contenir rapidement l’épidémie à son épicentre permet d’éviter qu’elle ne gagne les grands centres urbains africains et, au-delà, d’autres régions du monde.
Paris veut aller « jusqu’au bout » de la riposte
Au-delà du symbole diplomatique, la visite de Bunia porte également un engagement financier.
La France a déjà consacré 13,4 millions d’euros à la lutte contre Ebola entre janvier et juillet 2026. Jean-Noël Barrot a annoncé que Paris entend proposer une allocation supplémentaire de moyens humanitaires lors des prochaines discussions budgétaires afin de poursuivre la riposte jusqu’à son terme.
« Notre responsabilité, c’est de l’éviter, d’éviter ces résurgences, de nous donner les moyens de le faire, à la fois pour protéger les Congolaises, mais aussi pour protéger les Français et les Françaises », a déclaré le ministre.
Cette annonce intervient alors que la France s’apprête à accueillir, le 6 octobre à Paris, une conférence nationale humanitaire au cours de laquelle la situation en RDC doit notamment être abordée.
La recherche et l’expertise au cœur du dispositif
À Bunia, Jean-Noël Barrot a également mis en avant le rôle de la recherche scientifique dans la réponse à l’épidémie.
La présence du professeur Jean-Jacques Muyembe à ses côtés illustre cette dimension. Le laboratoire provincial et les structures de recherche jouent un rôle déterminant dans la détection rapide des cas, la surveillance du virus et l’adaptation de la réponse médicale.
Le ministre français a par ailleurs salué l’engagement de chercheurs et d’humanitaires français dont l’expertise contribue, avec les équipes congolaises et internationales, à la prise en charge des malades et au contrôle de la circulation du virus.
Pour Paris, cette coopération scientifique et médicale constitue l’un des piliers de la réponse aux grandes crises sanitaires. Elle s’inscrit dans un partenariat plus large entre la France et la RDC dans le domaine de la santé publique.
Une solidarité qui dépasse la seule question d’Ebola
Le déplacement de Jean-Noël Barrot à Bunia intervient également dans un contexte plus large de rapprochement entre Kinshasa et Paris.
Avant son déplacement en Ituri, le ministre français avait été reçu par le président Félix-Antoine Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine. Les discussions avaient porté sur les relations bilatérales, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC ainsi que sur la riposte contre Ebola.
La visite à Bunia a ainsi donné une dimension concrète à cette coopération. Elle a permis au responsable français de mesurer directement les réalités du terrain et de réaffirmer la disponibilité de Paris à accompagner la RDC face à une crise sanitaire dont les conséquences humaines restent considérables.
L’enjeu désormais : tenir dans la durée
Si la riposte a permis jusqu’ici de contenir la propagation du virus au-delà des principales zones affectées, la situation reste fragile. L’expérience des précédentes épidémies d’Ebola montre que le recul de la maladie ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate du risque.
Le défi est donc désormais double : poursuivre la prise en charge des malades et renforcer la surveillance afin de détecter rapidement toute nouvelle chaîne de transmission.
À Bunia, le message de Jean-Noël Barrot est clair : la mobilisation internationale ne doit pas s’arrêter au moment où la courbe épidémiologique commence à s’infléchir.
Pour la France, comme pour la RDC et ses autres partenaires, l’objectif affiché est d’aller jusqu’à la fin de l’épidémie et de réduire au maximum le risque de résurgence.
Dans cette bataille, Bunia apparaît ainsi à la fois comme l’épicentre d’une crise sanitaire majeure et comme le laboratoire d’une réponse internationale fondée sur la recherche, la médecine, l’action humanitaire et la coopération entre États.
José-Junior Owawa
