Processus de paix en RDC I L’initiative Mbeki ou l’imbroglio diplomatique 

Encore une initiative de paix en faveur de la RDC. Une nouvelle initiative lancée par la Fondation Thabo Mbeki. Cette structure a invité de nombreux acteurs politiques impliqués dans la crise sécuritaire en RDC pour un forum ou dialogue de paix prévu du 3 au 6 septembre en Afrique du Sud. La nouvelle initiative est diversement commentée à Kinshasa où plusieurs voient d’un regard curieux les processus de paix qui se chevauchent donnant l’impression d’un imbroglio diplomatique. Le gouvernement congolais a quant à lui rejeté l’initiative de l’ancien président, lui qui est « perçu comme partisan », dit clairement son porte-parole

La RDC ressemble à un malade au chevet duquel se penchent plusieurs médecins, tous désireux d’une rémission qui tarde à venir. Et plus la guérison se fait attendre, plus les plans de traitement se multiplient et se chevauchent, au risque d’aggraver la maladie qu’ils entendent pourtant soigner.

L’initiative de la Fondation Thabo Mbeki est perçue à Kinshasa comme une posologie parallèle, qui fait double emploi avec des processus déjà en cours.

Les acteurs politiques sont-ils engagés dans une sorte de tour de Babel, dont le résultat n’est que confusion et vacarme ? En effet, si la Fondation Thabo Mbeki a invité à un dialogue pour la paix en RDC l’ancien président Joseph Kabila, le leader de l’AFC/M23 Corneille Nangaa, le chef rebelle Thomas Lubanga, ainsi que plusieurs figures de l’opposition, dont Moïse Katumbi, elle a également convié des officiels et membres de la majorité présidentielle, comme le conseiller spécial du chef de l’État, Eberande Kolongele, Vital Kamerhe, Mbusa Nyamwisi, sans oublier les délégations de la CENCO et de l’ECC.

Il convient néanmoins de rappeler que l’ancien président Joseph Kabila a lui-même lancé une initiative parallèle dans la zone contrôlée par le M23, sans que les retombées de ces consultations soient clairement connues.

Sur les plans interne et international, la CENCO et l’ECC peinent à faire véritablement avancer le processus de dialogue, perçu avec méfiance à Kinshasa. De son côté, le président Félix Tshisekedi a également mené des consultations, sous l’égide de son conseiller Eberande Kolongele, visant à instaurer la paix entre différentes franges politiques et sociales.

Toutes ces initiatives visent un même objectif : décrisper le climat politique, dans un contexte où l’insécurité pèse lourdement sur la vie de la nation et de la région.

Dans cette dynamique, les États-Unis sont entrés en jeu, reprenant pratiquement le processus de Luanda pour en faire le processus de Washington. Le Qatar a opéré de son côté un mouvement similaire en s’appropriant le processus de Nairobi.

Ainsi, des initiatives africaines sont désormais reprises hors du continent, sans que l’Afrique en soit totalement exclue, puisque plusieurs personnalités africaines continuent de jouer un rôle dans ces processus de paix. Pourtant, sur le terrain, ces efforts multiples ressemblent souvent à une tour de Babel, tant la paix véritable tarde encore à se concrétiser.

Dans cet imbroglio diplomatique, le gouvernement congolais s’est prononcé. Il décline l’offre de l’ancien président sud africain. « C’est une initiative informelle qui ne peut nullement nous intéresser », a sèchement retoqué Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, qui rappelle que la RDC est engagée dans un processus bilatérale avec le Rwanda à Washington, en même temps qu’elle est en plein processus de paix avec le groupe AFC/M23. Muyaya note aussi qu’une autre initiative de paix est portée par la CENCO et l’ECC, lesquelles comptent avec elles maintenant les autres confessions religieuses. « Nous sommes déjà engagés sur trois pistes pour nous conduire à la paix. On n’a pas besoin d’une piste supplémentaire surtout pas celle venue de celui qui est perçu comme partisan« . 

Un réponse sèche qui annihile dans l’œuf l’initiative du successeur de Nelson Mandela.

Patrick Ilunga

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