Après quatre mois de circulation: Ebola faiblit en Ituri, mais progresse encore au Nord-Kivu

Après quatre mois d’intense circulation, l’épidémie de maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo, montre des signes de ralentissement en République démocratique du Congo. Mais la tendance reste contrastée selon les provinces. En Ituri, épicentre de l’épidémie, la transmission est en baisse après le pic atteint à la mi-août. Dans le Nord-Kivu, en revanche, le nombre de cas continue d’augmenter.

Ces données ont été présentées lors d’un briefing consacré à l’évolution de la riposte contre Ebola, en présence notamment du directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), le Dr Jean-Jacques Muyembe et du Dr Placide MBALA, Directeur de la Recherche, Essais cliniques et Innovation à Africa CDC. Les deux experts ont étaient accompagnés du porte-parole du gouvernement.

Ensemble, ils ont affirmé que plusieurs indicateurs permettent désormais de considérer que le pic épidémiologique est passé. Cette affirmation fait écho à la déclaration du ministre de la santé Roger Kamba qui a fait part lui aussi, de ce ralentissement, quelques heures auparavant.

« Une baisse de la transmission est constatée après le pic épidémiologique atteint vers la mi-août », a déclaré Roger Kamba. Selon lui, le nombre quotidien de nouveaux malades est passé d’environ 120 à près de 80.

La situation évolue également favorablement dans plusieurs zones de santé. Sur les 62 zones concernées, dix n’ont enregistré aucun nouveau cas depuis plus de 22 jours. Six peuvent désormais être retirées de la liste des zones actives après plus de 42 jours sans nouveau cas, tandis que quatre autres ont dépassé le seuil de 21 jours sans nouvelle contamination.

« Le pic est derrière nous », estime le ministre, tout en appelant à maintenir la vigilance.

Le Nord-Kivu reste préoccupant
Cette amélioration ne concerne toutefois pas l’ensemble des provinces touchées. Au Nord-Kivu, la maladie demeure sur une courbe ascendante, faisant de cette province l’un des principaux points de préoccupation pour les équipes de riposte.

Le Dr Jean-Jacques Muyembe, membre de la task force présidentielle, a annoncé son déplacement à Beni afin de renforcer la riposte sur le terrain.

« Nous avons mis en place un système de détection rapide et de réponse de sorte que nous n’ayons plus de foyer secondaire de cette épidémie », a-t-il expliqué.

Le directeur général de l’INRB insiste également sur la nécessité d’une mobilisation durable des communautés. La diminution de la transmission observée dans plusieurs zones ne signifie pas la fin de l’épidémie, prévient-il.

« Le travail qui va venir maintenant, c’est un travail de longue durée, et qui demande beaucoup de sacrifices et beaucoup de moyens », a souligné Jean-Jacques Muyembe, appelant à l’engagement du gouvernement et des partenaires.

Plus de 7 000 cas confirmés
À l’échelle nationale, le cumul fait état de 7 258 cas confirmés dans les sept provinces touchées par l’épidémie.

Parmi les patients, 905 sont actuellement en isolement ou hospitalisés, tandis que 1 726 personnes ont été déclarées guéries.

Le bilan humain reste particulièrement lourd. 3 510 décès ont été enregistrés parmi les cas confirmés, soit un taux de létalité de 48,4 %.

Le taux global de suivi des contacts s’établit, lui, à 78,6 %.

Ces chiffres traduisent l’ampleur du défi auquel reste confronté le système de riposte. La baisse de la transmission constitue un signal encourageant, mais la persistance de nouveaux cas, notamment au Nord-Kivu, impose de maintenir les dispositifs de surveillance et de prise en charge.

« L’espoir est là »
Pour les autorités sanitaires, l’enjeu des prochaines semaines sera d’éviter une résurgence de la maladie dans les zones où la transmission a diminué et d’empêcher l’apparition de nouveaux foyers.

La détection rapide des cas, le suivi des contacts et l’implication des communautés restent au cœur de cette stratégie.

« Nous avons toujours besoin de la population, nous avons besoin des communautés pour participer à la réponse », a insisté Jean-Jacques Muyembe.

Après quatre mois de circulation, Ebola semble donc amorcer un recul dans plusieurs zones, particulièrement en Ituri. Mais la situation au Nord-Kivu rappelle que l’épidémie n’est pas encore maîtrisée. Pour les équipes engagées sur le terrain, la priorité est désormais de consolider les progrès enregistrés et de briser durablement les chaînes de transmission.

« L’espoir est là. Mais on demande d’être vigilants. Et ça, c’est l’affaire de tous les Congolais et de toutes les Congolaises », conclut le Dr Muyembe.

Patrick Ilunga

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