Les chiffres deviennent de plus en plus inquiétants.
En seulement vingt-quatre heures, 102 nouveaux cas confirmés et 45 décès ont été enregistrés. La République démocratique du Congo totalise désormais 3 075 cas confirmés, dont 1 354 décès, portant le taux de létalité à 44 %. Autrement dit, près d’une personne infectée sur deux perd la vie.
L’Ituri demeure l’épicentre de cette 17ᵉ épidémie d’Ebola. À elle seule, la province concentre 2 733 cas confirmés et 1 142 décès, soit près de 89 % de l’ensemble des cas enregistrés dans le pays. Si l’épidémie s’est déjà propagée à 48 zones de santé réparties dans cinq provinces (Ituri, Nord-Kivu, Haut-Uélé, Sud-Kivu et Tshopo), c’est bien en Ituri que la situation reste la plus critique.
À cette progression alarmante de l’épidémie s’ajoute désormais un autre motif de préoccupation : la reprise de la grève du personnel de santé à Bunia.
Ce samedi, plusieurs équipes engagées dans la riposte ont suspendu leurs activités pour dénoncer plusieurs mois d’arriérés de salaires. Selon des sources locales, de nombreux agents ont quitté leurs postes, perturbant les activités de surveillance épidémiologique, de dépistage, de recherche des contacts et de prise en charge des malades.
Cette interruption intervient à un moment particulièrement critique. Le suivi des personnes contacts, pourtant essentiel pour casser les chaînes de transmission, reste insuffisant. À l’échelle nationale, il n’atteint que 76,4 %, bien en deçà du seuil opérationnel de 95 % recommandé pour maîtriser efficacement l’épidémie. Dans ces conditions, toute réduction des capacités de riposte risque d’accélérer davantage la propagation du virus.
Cette montée des tensions survient alors que la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, effectue une mission en Ituri afin d’évaluer personnellement la situation. Après Bunia, elle s’est rendue au Centre de traitement d’Ebola de Rwampara, puis à Mongbwalu, principal foyer de l’épidémie, pour constater les défis auxquels sont confrontées les équipes de la riposte.
Sur place, la cheffe du Gouvernement a pris la mesure des difficultés persistantes : accès limité à certaines zones en raison de l’insécurité, manque d’eau potable et d’électricité, insuffisance des moyens logistiques, résistances communautaires et précarité dans les camps de déplacés.
Pour renforcer les capacités opérationnelles, le Gouvernement a notamment remis une dizaine de véhicules tout-terrain aux équipes de riposte et réaffirmé son engagement à améliorer leurs conditions de travail. Judith Suminwa a également assuré que les ressources financières mobilisées par le Gouvernement et les partenaires permettaient désormais de concentrer les efforts sur les défis logistiques.
Mais sur le terrain, la réalité demeure préoccupante. La suspension des activités par une partie du personnel soignant intervient au moment où l’épidémie continue de gagner du terrain. Chaque interruption du dépistage, du suivi des contacts ou de la prise en charge des malades augmente le risque de nouvelles contaminations.
Au-delà des statistiques, 1 354 personnes ont déjà perdu la vie, des milliers de familles sont endeuillées et la transmission du virus reste active dans plusieurs zones de santé. Dans ce contexte, la grève du personnel de santé apparaît comme une menace supplémentaire pour une riposte déjà confrontée à des défis sécuritaires, logistiques et communautaires majeurs.
Don Momat
