“Le vrai scandale, ce n’est pas le scandale géologique, c’est la méconnaissance de ce que nous avons.” À travers cette formule forte, le Directeur Général du Cadastre Minier (CAMI), Popaul Mabolia, résume l’un des défis majeurs auxquels fait face la République démocratique du Congo : mieux connaître son potentiel minier afin d’en tirer une véritable valeur économique. En marge de la DRC Mining Week 2026 organisée à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, ce géologue chevronné et acteur majeur de la gouvernance minière congolaise a accordé une interview exclusive à Geopolis. À la tête du Cadastre Minier, Popaul Mabolia s’est illustré ces dernières années par plusieurs réformes visant l’assainissement du portefeuille des titres miniers, la lutte contre les pratiques spéculatives, le renforcement de la transparence ainsi que la modernisation de l’institution. Son passage à la direction du CAMI est notamment marqué par la récupération de nombreux carrés miniers improductifs, une application plus rigoureuse des dispositions du Code minier ainsi que le renforcement de la crédibilité institutionnelle de cet établissement stratégique dans la gouvernance du secteur minier national. Au cours de cet entretien accordé à Geopolis, Mabolia revient sur la politique nationale de transformation locale des minerais, les défis liés à l’exploitation artisanale, les enjeux de la recherche géologique ainsi que sa vision de l’avenir du secteur minier congolais.
Interview exclusive
William Albert Kalengay (WAK) : Monsieur le Directeur Général, nous sommes ici à la DRC Mining Week où une thématique centrale revient avec insistance : la volonté des autorités congolaises de passer d’une économie extractive à une économie de transformation. Est-ce un simple slogan ou une véritable politique pensée et structurée ?
Popol Mabolia (PM) : Je crois qu’il s’agit d’une véritable politique. Mais il ne s’agit pas uniquement de passer de l’extraction à la transformation. L’objectif est d’aller le plus loin possible dans la chaîne de valeur en République démocratique du Congo. Si nous pouvons transformer localement, tant mieux. Sinon, nous devons progresser à travers les différents niveaux de transformation jusqu’à la création complète de valeur. Nous ne sommes plus uniquement dans la réflexion ; nous sommes désormais dans une véritable stratégie.
WAK : Le Cadastre Minier continue d’octroyer des permis de recherche et d’exploitation. Quel sera son rôle dans cette nouvelle économie de transformation ?
PM : Nous continuons naturellement à délivrer des permis de recherche et d’exploitation. Mais ce que nous voulons surtout, c’est une plus grande implication des Congolais. Nous encourageons les entreprises congolaises ainsi que les provinces minières à acquérir des carrés miniers afin qu’elles puissent participer directement aux activités de transformation. Avec les dispositions du Code minier, une partie importante des revenus revient aux provinces et aux entités territoriales décentralisées. Il est donc important qu’elles puissent tirer pleinement profit de cette dynamique.
Nous travaillons également sur l’organisation des espaces miniers afin d’éviter de futurs conflits entre activités industrielles, zones économiques spéciales et autres activités d’aménagement du territoire.
WAK : Lorsqu’on observe le fichier cadastral, on remarque que l’exploitation artisanale semble ne pas bénéficier d’une véritable sécurisation foncière. Quelle est votre approche sur cette question ?
PM : Nous travaillons avec le SAEMAPE sur cette problématique. Plusieurs zones d’exploitation artisanale ont été annoncées, mais il faut encore renforcer leur viabilité. La procédure commence généralement au niveau provincial. Le gouverneur soumet une demande au ministre des Mines qui sollicite ensuite les avis techniques du Cadastre Minier et du Service Géologique National.
Lorsque les avis sont favorables, la zone peut être instituée. Cependant, certaines dispositions méritent aujourd’hui une réflexion approfondie afin d’améliorer davantage le système.
WAK : À votre arrivée à la tête du CAMI, vous avez pris plusieurs décisions fortes, parfois perçues comme impopulaires. Certains vous ont même surnommé « le démolisseur de droits ». Quel bilan faites-vous aujourd’hui ?
PM : Je ne savais même pas qu’on m’appelait ainsi (rires). Au contraire, je demandais simplement le respect de la loi. La loi est claire : lorsqu’un titulaire ne respecte pas ses obligations, notamment financières, il s’expose à la déchéance. Nous avons constaté que plusieurs titres étaient détenus sans réelle activité ou sans capacité financière suffisante. Nous avons donc appliqué les textes. L’objectif n’était pas de sanctionner mais plutôt d’assainir le secteur.
WAK : Pendant longtemps, certains opérateurs obtenaient des droits miniers à des fins purement spéculatives. Qu’avez-vous fait pour mettre fin à cette pratique ?
PM : Effectivement, il existait des pratiques spéculatives. Certaines personnes obtenaient des titres miniers puis tentaient de lever des fonds sans réelle connaissance des réserves ou du potentiel des sites concernés. Nous avons récupéré plusieurs milliers de kilomètres carrés qui ont été réintroduits dans le système avec des conditions plus strictes.
Aujourd’hui, obtenir un carré minier ne dépend plus seulement des moyens financiers. Il faut satisfaire à plusieurs exigences prévues dans le Code minier : disposer d’une personnalité juridique, d’un registre légal, d’un compte bancaire et remplir plusieurs autres conditions.
WAK : Le Chef de l’État a récemment évoqué des indices sérieux de minéralisation dans plusieurs nouvelles provinces du pays. Comment le CAMI se prépare-t-il à cette nouvelle dynamique ?
PM : Le véritable problème aujourd’hui n’est pas géologique. Le vrai scandale, c’est notre méconnaissance de ce que nous avons. Nous devons renforcer davantage la recherche géologique. Le Service Géologique National joue désormais un rôle important dans ce processus.
Comme le dit souvent le ministre des Mines : “You have to do your homework.”
Il faut d’abord effectuer le travail scientifique préalable avant de solliciter un titre minier.
WAK : Une dernière question plus personnelle : après plusieurs années au Cadastre Minier, de quoi êtes-vous le plus fier ?”_
PM : Ma plus grande fierté est d’avoir contribué à une meilleure transparence et à une meilleure compréhension du fonctionnement du Cadastre Minier. Lorsque des partenaires extérieurs évoquent aujourd’hui une meilleure gouvernance et davantage de visibilité dans le secteur, cela constitue une réelle satisfaction.
Il y a également le nouveau bâtiment du Cadastre Minier qui restera, je l’espère, un symbole durable de l’importance stratégique du secteur minier dans notre pays.
Propos recueillis par WAK
