Alors que les discussions de la DRC Mining Week 2026 ont largement porté sur les investissements miniers, les minerais stratégiques et les grands projets de développement, certaines voix ont choisi de recentrer le débat sur un enjeu souvent sous-estimé : l’impact économique durable sur les communautés locales. À travers une approche qui place les ménages à faible revenu au cœur des mécanismes de développement, N’SEEBA INKLUZION se positionne comme une structure engagée dans la construction de solutions innovantes en matière d’inclusion financière et de résilience économique. Sous la conduite de son Chief Executive Officer, Estimé Kasakula, la structure défend une vision où l’accès aux services financiers devient un outil concret de transformation sociale et d’autonomisation économique des populations. En marge de la DRC Mining Week 2026 à Lubumbashi, Estimé Kasakula a accordé une interview exclusive à Geopolis dont voici l’intégralité.
WAK (William Albert Kalengay ) : Vous avez qualifié l’inclusion financière de sujet périphérique. Pourquoi cette définition ?
EK (Estimé Kasakula ) : Je parle de sujet périphérique simplement parce que les véritables porteurs de l’enjeu de l’inclusion financière dans notre pays ne sont pas suffisamment placés au centre des initiatives. Et ces porteurs sont les ménages ainsi que les communautés à faible revenu. Notre démarche consiste justement à remettre ces communautés au centre afin qu’elles participent au processus, se l’approprient et en deviennent elles-mêmes les acteurs.
WAK : Si vous deviez définir l’inclusion financière en quelques mots, que diriez-vous ?
EK : Plusieurs définitions existent. Traditionnellement, on considère qu’une personne est financièrement incluse lorsqu’elle a accès à un service financier formel : un compte bancaire ou un compte Mobile Money, par exemple. Mais notre vision va plus loin. L’inclusion financière ne doit pas se limiter à l’accès. Il faut mesurer son impact réel sur les conditions de vie des populations. Son objectif principal doit être de sortir les communautés vulnérables de la précarité financière et de la pauvreté.
WAK : Vous participez à la DRC Mining Week, un espace dominé par les grandes compagnies minières et les investissements massifs. Quelle est votre démarche ici ?
EK : Nous voulons repositionner la responsabilité sociétale des entreprises minières comme un sujet central. Les communautés ne doivent pas rester un élément secondaire dans les projets miniers. Nous pensons que l’inclusion financière peut constituer un levier de résilience économique et de durabilité. Les mines finiront par s’épuiser, mais les communautés resteront. Elles doivent donc disposer d’une économie locale viable et autonome.
WAK : Concrètement, que devraient faire les entreprises minières ?
EK : Aujourd’hui, la responsabilité sociétale est souvent associée à la construction d’écoles, d’hôpitaux ou de forages. Ces initiatives sont importantes, mais elles doivent être complétées par une dynamique économique. Il faut créer un véritable tissu économique autour des communautés : soutenir l’agriculture, la pêche, l’artisanat et toutes les activités génératrices de revenus. Derrière cela, il faut des structures de marché et des outils financiers adaptés aux besoins réels des populations.
WAK : Avec les 0,3 % de redevance minière destinés aux communautés locales, estimez-vous qu’une autre approche soit nécessaire ?
EK : Absolument. Il faut mettre en place des mécanismes impliquant toutes les parties prenantes et définir des objectifs mesurables. Nous devons savoir précisément quels résultats nous voulons atteindre dans cinq ans : combien de jeunes financés, combien de femmes soutenues, combien de petites entreprises créées et combien de revenus générés localement.
WAK : Existe-t-il déjà des modèles qui fonctionnent ?
EK : Oui, certaines expériences ont donné des résultats intéressants. Des programmes soutenus par l’USAID ont permis à des entrepreneurs locaux d’accéder à des financements pour développer leurs activités. Cependant, ces initiatives ont souvent une limite : elles restent dépendantes d’acteurs extérieurs. Lorsque les financements prennent fin, les projets s’arrêtent également. Notre approche est différente : nous voulons que les communautés deviennent elles-mêmes propriétaires de l’agenda de développement.
WAK : Quel rôle doivent jouer les pouvoirs publics ?
EK : La Banque centrale joue déjà un rôle important à travers la stratégie nationale d’inclusion financière. Mais il faut aller plus loin sur la question de l’accès. Il existe encore beaucoup d’obstacles administratifs et réglementaires. Les communautés doivent pouvoir être identifiées et reconnues par les institutions financières afin d’interagir facilement avec elles. Les initiatives comme l’identifiant unique financier ou encore la carte d’identité nationale constituent des avancées importantes, mais elles doivent être coordonnées avec toutes les parties prenantes.
WAK : Votre mot de la fin ?
EK : Le développement des communautés ne doit pas être pensé comme une assistance ponctuelle. Il faut construire des mécanismes capables de créer une autonomie économique durable. Les populations doivent devenir des acteurs de leur propre développement et non de simples bénéficiaires.
Propos recueillis par WAK
