Molendo Sakombi : « Le défi de la RDC n’est plus le potentiel. Le défi est désormais l’exécution. »
À première vue, la formule peut paraître banale. Elle résume pourtant l’un des plus grands défis auxquels la République démocratique du Congo est confrontée au moment où elle entre dans une nouvelle phase de son histoire économique.
Prononcée à Lubumbashi par le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, en marge de la DRC Mining Week 2026, cette phrase marque peut-être la fin d’un cycle. Pendant des décennies, le Congo a vécu dans la contemplation de ses richesses naturelles. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir ce que le pays possède, mais ce qu’il est capable d’en faire.
Le paradoxe est connu.
La RDC est assise sur l’un des plus importants potentiels hydroélectriques de la planète. Elle détient également certaines des plus grandes réserves mondiales de cuivre, de cobalt, de lithium et de minerais stratégiques indispensables aux transitions énergétiques et technologiques en cours.
Pourtant, dans les provinces minières qui alimentent les chaînes industrielles mondiales, l’électricité demeure souvent insuffisante pour soutenir la croissance de la production et encore davantage la transformation locale.
Cette contradiction est au cœur du débat économique congolais.
Car si les minerais constituent aujourd’hui la principale richesse du pays, l’énergie représente la condition de leur valorisation.
Sans énergie abondante et compétitive, la RDC continuera d’exporter des matières premières. Avec une énergie suffisante, elle pourra progressivement transformer ses minerais, attirer des industries, développer des chaînes de valeur et créer davantage d’emplois qualifiés.
C’est précisément cette équation que le gouvernement entend résoudre.
Devant les investisseurs, les opérateurs miniers et les partenaires techniques réunis à Lubumbashi, Aimé Molendo Sakombi a présenté une stratégie articulée autour de quatre axes.
Le premier concerne les réformes structurelles du secteur électrique. Restructuration de la SNEL, amélioration de la gouvernance, adaptation du cadre réglementaire et harmonisation des mécanismes tarifaires figurent parmi les priorités affichées.
Le deuxième axe repose sur une ouverture accrue aux investissements privés. L’État congolais reconnaît désormais que les besoins financiers du secteur énergétique dépassent largement les ressources publiques disponibles. Les partenariats public-privé apparaissent ainsi comme un levier incontournable pour accélérer les investissements dans la production et la distribution d’électricité.
Le troisième pilier concerne les grands projets structurants appelés à modifier durablement le paysage énergétique national. Inga III demeure naturellement le projet emblématique. Attendu depuis plusieurs décennies, il est désormais présenté comme l’une des infrastructures susceptibles d’accompagner l’industrialisation du pays à grande échelle. À ses côtés, le projet Pioka-Tombe s’inscrit dans une logique de sécurisation des besoins futurs.
Enfin, le gouvernement mise sur une meilleure intégration énergétique régionale afin de renforcer la résilience du système et de sécuriser l’approvisionnement des grands centres de production.
Mais au-delà des infrastructures, une évolution plus profonde semble se dessiner.
Longtemps, la politique énergétique a été guidée par l’urgence. Les besoins apparaissaient avant les solutions. Les mines se développaient plus rapidement que les réseaux électriques. Les déficits étaient gérés au cas par cas.
La démarche actuelle vise à inverser cette logique.
L’objectif consiste désormais à anticiper les besoins futurs du secteur minier afin que l’énergie ne soit plus un frein mais un facteur de compétitivité.
Cette approche apparaît d’autant plus nécessaire que la RDC entre dans une période d’opportunités exceptionnelles.
La demande mondiale en cuivre devrait continuer à progresser sous l’effet de l’électrification des économies. Le cobalt demeure un minerai stratégique pour les batteries. Les technologies numériques, l’intelligence artificielle, les centres de données et les infrastructures énergétiques accroissent chaque année leur consommation de métaux critiques.
Le Congo se trouve ainsi au cœur d’une mutation industrielle mondiale dont il est l’un des principaux fournisseurs.
La question est désormais de savoir quelle place le pays entend occuper dans cette nouvelle économie.
Sera-t-il simplement un territoire d’extraction alimentant les usines du reste du monde ?
Ou parviendra-t-il à capter une partie plus importante de la valeur créée à partir de ses ressources ?
La réponse dépendra en grande partie de sa capacité à résoudre la question énergétique.
Car l’énergie n’est pas seulement un secteur économique parmi d’autres. Elle est devenue l’infrastructure de toutes les infrastructures. Elle conditionne l’industrialisation, l’accès à l’eau, le développement numérique, la compétitivité des entreprises et l’amélioration des conditions de vie des populations.
À mesure que la RDC affirme son statut de puissance minière mondiale, l’électricité cesse d’être une question technique pour devenir un enjeu de souveraineté économique.
C’est pourquoi le véritable chantier du Congo ne se situe plus dans son sous-sol. Il se joue désormais dans sa capacité à transformer sa puissance potentielle en puissance réelle.
Et sur ce terrain, comme l’a reconnu le ministre lui-même, le temps des promesses est progressivement remplacé par celui de l’exécution.
Adam Mwena Meji
