Ebola en RDC : Le fardeau logistique, la menace sécuritaire et le défi financier

La 17ᵉ épidémie d’Ebola qui frappe l’Est de la place les autorités sanitaires face à une équation complexe : contenir un virus meurtrier dans une zone minée par les conflits armés, où les routes sont impraticables et où les déplacements massifs de populations sont enregistrées. Cette équation représente un fardeau logistique énorme doublée d’un défi financier et sécuritaire.

Une riposte confrontée au casse-tête logistique

Actuellement, 11 zones de santé en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ( Est de la RDC) sont affectées, tandis que les décès potentiellement liés au virus dépassent les 200 cas. Dans ces chiffres probables, le ministère de la santé indique néanmoins que les décès confirmés sont au nombre de 17. Dans cette urgence sanitaire et humanitaire, les Nations unies dotent la province de l’Ituri d’une ambulance, de 100 motos et de kits sanitaires d’urgence pour traquer le virus jusque dans les zones les plus enclavées.

Le Gouvernorat provincial et les agences du système des Nations unies (OMS, UNICEF, UNFPA) ont scellé un partenariat logistique de grande envergure. Cette alliance stratégique vise à briser la chaîne de transmission du virus par une présence accrue sur le terrain.

Le don remis au gouverneur militaire, le Lieutenant-Général Luboya Kashama Johnny vise à permettre aux équipes de riposte d’atteindre les foyers épidémiques les plus isolés, là où les routes traditionnelles font défaut.

Pour freiner la propagation du virus Bundibugyo, qui ne dispose ni de vaccin homologué ni de traitement spécialisé, les autorités misent sur le dépistage massif et le déploiement rapide des intrants médicaux.

« Nous avons besoin de tester au maximum. Aujourd’hui, 2 000 tests devaient encore partir et demain, 4 000 autres vont partir », a déclaré le ministre congolais de la Santé dr Samuel Roger Kamba, mardi dans une conférence de presse tard dans la soirée.

Le gouvernement congolais affirme avoir élaboré un plan de riposte en coordination avec les autorités ougandaises et plusieurs partenaires internationaux, notamment l’OMS, Africa CDC et le CDC d’Atlanta.

Défi financier

Le gouvernement fait savoir que la stratégie de riposte requiert le déploiement d’un grand nombre d’infirmiers, médecins et des relais communautaires. Des équipes mobiles ont déjà été déployés. Une stratégie qui a un coût. La riposte représente également un lourd défi financier pour un pays déjà confronté à de multiples urgences humanitaires et sécuritaires et des problèmes de l’enveloppe salariale des fonctionnaires qui explose.
Le ministre de la santé a fait savoir que le gouvernement a planché sur un budget global de 240 millions de dollars. Un budget initial qui a été revu à la hausse. “Après des débats avec nos collègues de l’Ouganda et nos partenaires internationaux, le budget Initialement estimé à 240 millions de dollars, a finalement été réévalué à 319 millions de dollars afin de couvrir les besoins opérationnels sur le terrain”, a noté Samuel Roger Kamba.
Sur les 319 millions de dollars nécessaires, des engagements de plus de 300 millions auraient déjà été obtenus auprès des partenaires internationaux. Le ministre de la santé affirme que le gouvernement congolais a déjà débloqué 20 millions de dollars pour soutenir les premières opérations. “La semaine prochaine, nous allons encore débourser plus de 30 millions de dollars pour faire face à cette situation. Vous ne pouvez pas attendre de l’aide des partenaires sans que vous-mêmes vous ne soyez en mesure de montrer le chemin”, a indiqué de son côté le ministre des finances Doudou Fwamba Likunde.

Aides internationales

La RDC bénéficie d’un élan de solidarité internationale sans précédent. De passage à Kinshasa il y a une semaine, le docteur Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, avait assuré que son institution avait débloqué une enveloppe d’un million de dollars à la RD Congo dans l’effort de riposte.
L’Union européenne avait également annoncé une aide humanitaire supplémentaire de 15 millions d’euros pour soutenir la riposte en RDC et en Ouganda. Ce financement vise les opérations d’urgence, la prévention ainsi que la préparation sanitaire. La Belgique a également organisé un pont aérien humanitaire avec l’UNICEF afin d’acheminer près de 100 tonnes de fournitures médicales et logistique. Le Royaume-Uni a promis jusqu’à 20 millions de livres sterling, soit environ 26,8 millions de dollars américains, pour aider à contenir l’épidémie. Londres précise que ces fonds serviront à renforcer la surveillance épidémiologique, soutenir les agents de santé de première ligne, améliorer les mesures de prévention des infections et appuyer les communautés affectées.

Pour ce qui est des États-Unis d’Amérique, Washington affirme finalisé ses plans visant à “allouer 80 millions de dollars supplémentaires” au titre de l’aide bilatérale à des partenaires clés sur le terrain afin de renforcer leur intervention en cours face à l’épidémie d’Ebola.

L’Organisation mondiale de la santé a, de son côté, débloqué des fonds d’urgence via son Fonds de contingence pour les urgences. L’organisation a annoncé un premier décaissement de 500 000 dollars pour soutenir la réponse gouvernementale, avant d’augmenter progressivement sa contribution à près de 3,9 millions de dollars selon plusieurs médias internationaux.

Le défi sécuritaire

L’insécurité, principal obstacle à la riposte
Au-delà des questions de logistique, en plus du défi financier, la situation sécuritaire constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la lutte contre Ebola. Le ministre congolais de la santé a plaidé pour “le retrait du M23 et de l’armée rwandaise du sol congolais pour permettre une riposte adéquate dans les zones affectées du Nord-Kivu”. Samuel Roger Kamba estime qu’actuellement, “la riposte à Goma est plus que difficile, l’aéroport étant fermé, comme le sont les frontières avec le Rwanda”.

l’Ituri quasiment dans la même difficulté sécuritaire. Si le M23 n’est pas actif en Ituri, plusieurs groupes armés y maintiennent une forte instabilité, notamment les ADF, la CODECO, le groupe armé Zaïre ainsi que la Convention pour la révolution populaire du chef de guerre Thomas Lubanga.

Dans ce contexte, les équipes médicales peinent à accéder à certaines localités et à assurer le suivi des cas contacts. Les déplacements de populations compliquent davantage les opérations de surveillance épidémiologique.

Le directeur général de l’OMS a alerté sur « une collision catastrophique entre maladie et conflit » dans l’Est de la RDC.

« Nous ne pouvons pas bâtir la confiance communautaire ni isoler les malades pendant que les bombes tombent », a-t-il déclaré, appelant les groupes armés à un cessez-le-feu immédiat afin de permettre un accès humanitaire sécurisé et durable.

Selon l’OMS, les attaques contre les structures sanitaires rendent presque impossible l’identification rapide des malades et de leurs contacts, pourtant essentielle pour interrompre la chaîne de transmission.

Patrick Ilunga

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