Alors que le Sud-Kivu panse encore les plaies de ses conflits armés chroniques, une nouvelle menace, venue du ciel cette fois, enfonce davantage la province dans une détresse sans précédent.
Les inondations dévastatrices enregistrées au début du mois de mai 2026 ne constituent pas une simple catastrophe naturelle de plus : elles deviennent le catalyseur d’une crise humanitaire majeure, où l’urgence climatique percute de plein fouet une instabilité sécuritaire déjà extrêmement préoccupante.
Les chiffres provenant des zones sinistrées, notamment d’Uvira et de Kalehe, sont alarmants. Le 1er mai 2026, des crues subites provoquées par la rivière Kalimabenge ont, une nouvelle fois, transformé les rues d’Uvira en torrents meurtriers, faisant au moins six morts.
À travers la province, le constat est dramatique :
Plus de 500 maisons ont été inondées dans la seule ville d’Uvira, tandis que des centaines d’autres sont classées à « haut risque » d’effondrement ;
Plusieurs infrastructures vitales ont été détruites. Des ponts essentiels, notamment ceux reliant le Sud-Kivu au Maniema sur la rivière Kimbi, ont été emportés, isolant des populations entières de toute assistance extérieure.
Cette « eau de trop » ne détruit pas uniquement des habitations ; elle anéantit également les moyens de subsistance des populations. Les plantations de manioc, de maïs et d’arachides — socle de l’alimentation locale — ont été littéralement balayées par les eaux.
Dans une province où près de deux millions de personnes souffraient déjà d’insécurité alimentaire aiguë avant ces pluies, le risque de famine n’est désormais plus une hypothèse, mais une menace imminente.
Parallèlement, l’insalubrité gagne du terrain. L’inondation des latrines et la stagnation des eaux font craindre une flambée des cas de choléra, déjà signalés à des niveaux inquiétants dans plusieurs zones de la région.
Le drame du Sud-Kivu réside dans cette accumulation de crises. La province est devenue l’un des principaux épicentres des déplacements internes en République démocratique du Congo, avec plus de 1,5 million de déplacés recensés au 31 mars 2026.
Malgré la solidarité locale qui s’organise, l’ampleur des besoins dépasse largement les capacités disponibles sur place. Le Sud-Kivu se trouve aujourd’hui à un tournant critique, où un soutien logistique, humanitaire et financier s’avère indispensable pour permettre aux communautés sinistrées de se relever et de mieux faire face aux futurs aléas climatiques.
Gigi Nende
