La conférence de presse du président Félix Tshisekedi continue de provoquer de vives réactions au sein de la classe politique congolaise. Entre défense du bilan présidentiel par les cadres de la majorité et critiques acerbes de l’opposition, cette sortie médiatique du chef de l’État a ravivé les fractures autour des questions institutionnelles, diplomatiques et socioéconomiques en République démocratique du Congo.

Du côté de l’opposition, le parti Alternative 2028 se dit profondément déçu par les réponses apportées par le président aux préoccupations soulevées par les journalistes. Dans une déclaration politique particulièrement sévère, cette formation estime que les explications du chef de l’État sur la diplomatie congolaise traduisent une perte d’autonomie stratégique de la RDC au profit des puissances étrangères, notamment des États-Unis d’Amérique.
Le parti critique également la gestion des questions sociales et économiques, évoquant notamment les embouteillages persistants, les difficultés du quotidien et l’écart grandissant entre les discours officiels et les réalités vécues par la population. Pour cette formation politique, les ambitions affichées autour de la transformation de la RDC en « Allemagne d’Afrique » relèveraient davantage d’un slogan politique que d’une réalité tangible sur le terrain.
Mais c’est surtout la question constitutionnelle qui cristallise les tensions. L’opposition accuse Félix Tshisekedi d’entretenir volontairement l’ambiguïté autour d’un éventuel troisième mandat. Si le chef de l’État affirme publiquement ne pas en avoir besoin, ses adversaires politiques jugent contradictoire le fait d’évoquer simultanément l’éventualité d’une demande populaire en faveur d’une révision constitutionnelle. Pour Alternative 2028, la Constitution congolaise ne saurait être adaptée aux intérêts d’un camp politique ou d’un individu. Le parti appelle ainsi les Congolais à la vigilance face à ce qu’il considère comme une tentative de remise en cause de l’ordre constitutionnel.
Face à cette offensive politique, plusieurs voix issues de la majorité présidentielle montent également au créneau pour défendre la position du pouvoir. C’est notamment le cas de Jean Thierry Monsenepwo, qui estime que le débat autour du référendum est mal posé par une partie de l’opposition.
Selon lui, le recours au référendum constitue au contraire l’une des expressions les plus directes de la démocratie. Il rejette les accusations de confiscation du pouvoir et soutient que permettre au peuple de se prononcer sur de grandes orientations institutionnelles relève d’un principe démocratique fondamental. Pour Monsenepwo, le véritable danger serait plutôt d’empêcher les citoyens d’exercer pleinement leur souveraineté.
Il rappelle par ailleurs que le président n’a jamais annoncé l’imposition unilatérale d’une nouvelle Constitution, mais a simplement évoqué la possibilité d’une consultation populaire, mécanisme reconnu dans plusieurs démocraties à travers le monde. Il accuse également certains opposants de craindre davantage le verdict populaire que le processus référendaire lui-même.
Dans son argumentaire, Jean Thierry Monsenepwo met en avant plusieurs réalisations attribuées au président depuis 2019, notamment la gratuité de l’enseignement de base, les efforts diplomatiques sur la scène internationale, certains projets d’infrastructures ainsi que les initiatives visant à préserver la souveraineté nationale face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est du pays.
Au-delà des divergences politiques, cette séquence illustre surtout la montée des tensions autour de l’avenir institutionnel de la RDC. Entre une opposition qui redoute une dérive constitutionnelle et une majorité qui invoque la souveraineté populaire pour justifier le débat, le pays semble entrer progressivement dans une nouvelle phase de confrontation politique à l’approche des grandes échéances électorales.
Dans ce climat déjà tendu, le débat autour de la Constitution apparaît désormais comme l’un des principaux marqueurs de la bataille politique congolaise, opposant deux visions profondément différentes de la démocratie, du pouvoir et du rapport au peuple.
Héritier Lelo
