La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans la gouvernance de son partenariat minier avec la Chine. Près de vingt ans après la signature du partenariat minier entre la République démocratique du Congo et un consortium d’entreprises chinoises, Kinshasa lance un audit technique et financier du Programme Sino-Congolais. Derrière cet exercice de transparence se joue une question centrale : mesurer la valeur réelle des ressources minières engagées face aux infrastructures réalisées. Dans un contexte mondial marqué par la ruée vers le cuivre et le cobalt congolais, cette évaluation pourrait marquer un tournant dans la gouvernance des ressources du pays et dans l’équilibre stratégique du partenariat entre la RDC et la Chine.
Le jeudi 5 mars 2026, au siège de l’Agence de Pilotage, de Coordination et de Suivi des Conventions de Collaboration (APCSC), ont été signés les contrats relatifs à la réalisation de l’audit technique et financier du Programme Sino-Congolais (PSC) ainsi qu’à la certification intégrale des ressources minières concernées.
Ces opérations s’inscrivent dans le cadre de l’Avenant n°5 à la Convention de Collaboration du 22 avril 2008, qui régit le partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo et le Groupement d’Entreprises Chinoises (GEC).
Placée sous la tutelle de la Première ministre, l’APCSC agit comme l’interface institutionnelle entre l’État congolais et les partenaires privés impliqués dans les conventions de collaboration. Sa mission consiste à assurer le pilotage, la coordination et le suivi des projets structurants issus de ces partenariats, notamment dans les secteurs stratégiques des infrastructures et des ressources naturelles.
Une mission attendue depuis deux ans
La réalisation de cet audit financier et technique, couplée à la certification intégrale des ressources, constitue une étape majeure dans l’évaluation du programme de coopération sino-congolais. Ces missions avaient été convenues dès le 14 mars 2024, dans le cadre de la révision du partenariat. Leur mise en œuvre nécessite désormais la transmission complète des données opérationnelles par les principales entités impliquées dans le projet, notamment SICOMINES, SISC et SICOHYDRO.
Au-delà de l’exigence de transparence, l’initiative répond également à la Résolution n°11 de l’Entente Mutuelle conclue le 23 mai 2023 entre la RDC et la République populaire de Chine, en présence des présidents Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et Xi Jinping.
Cette résolution prévoit notamment une évaluation régulière de la coopération minière afin de consolider le partenariat dans l’intérêt réciproque des deux pays et de régler, le cas échéant, les différends dans un esprit de confiance mutuelle et de pragmatisme.
Un partenariat né du défi des infrastructures
Le programme sino-congolais remonte à septembre 2007, lorsque la RDC, confrontée à un déficit massif en infrastructures et à de fortes contraintes financières, a opté pour un modèle de coopération fondé sur un principe inédit : « ressources naturelles contre infrastructures ».
Le partenariat repose sur un actif minier de classe mondiale, dont les ressources ont été progressivement mieux identifiées grâce à de nouvelles campagnes d’exploration et de forage.
À ce jour, les opérations minières ont permis l’extraction d’environ un milliard de tonnes de minerai, contenant près de 2,3 millions de tonnes de cuivre et environ 120 000 tonnes de cobalt.
En parallèle, le volet infrastructures du programme a permis la réalisation ou le développement d’environ quarante projets, ainsi que la construction de la centrale hydroélectrique de Busanga, destinée à soutenir la production minière.
L’actif stratégique DIMA
Au cœur de ce partenariat se trouve le gisement Dikuluwe-Mashamba (DIMA), reconnu pour la qualité exceptionnelle de ses ressources, avec des teneurs en cuivre largement supérieures à la moyenne mondiale.
L’exploitation de cet actif repose sur l’engagement du Groupement d’Entreprises Chinoises à mobiliser son expertise technique et technologique afin de développer les projets miniers selon les standards les plus performants, tout en optimisant les coûts et la durabilité des infrastructures réalisées dans le cadre du programme de reconstruction de la RDC.
Pour l’APCSC, les missions d’audit et de certification ne constituent pas une remise en cause du partenariat stratégique entre Kinshasa et les entreprises chinoises.
Elles s’inscrivent plutôt dans une logique de bonne gouvernance et d’évaluation, destinée à renforcer la transparence, optimiser l’exploitation des ressources et consolider la coopération bilatérale.
Les experts de l’agence entameront, a-t-on appris, bientôt les échanges techniques avec les équipes des sociétés concernées afin de collecter les données nécessaires à la conduite des travaux. On peut dire que la certification intégrale des ressources du gisement DIMA nécessitera par ailleurs l’organisation de concertations techniques de haut niveau entre les différents experts impliqués.
À terme, ces travaux devraient permettre d’éclairer les perspectives d’optimisation de l’exploitation minière, tout en contribuant à accélérer la mise en œuvre du volet infrastructures, alors que les besoins du pays dans ce domaine restent considérables.
Robert Tanzey
