Lualaba : Le pouvoir provincial face au soupçon d’un “État dans l’État”

Dans la province du Lualaba, la gouvernance de Fifi Masuka est de plus en plus questionnée dans l’espace public. Sur les réseaux sociaux et au sein de la société civile, des voix dénoncent une concentration excessive du pouvoir décisionnel, donnant l’impression que la province fonctionnerait en vase clos, en marge des mécanismes classiques de contrôle administratif et financier.

Au cœur des critiques figurent la question des marchés publics. Plusieurs entreprises dont  Emmanuel, NAÏSA Engineering, Sabbahot et Éden Service, sont présentées par des citoyens comme récurrentes dans l’attribution des grands chantiers provinciaux. Des allégations évoquent même des paiements effectués à 100 % pour certains travaux dont l’exécution serait incomplète ou inexistante, notamment sur des axes comme l’ex-route Cinquantenaire ou Soke. À ce jour, ces accusations ne sont pas étayées par des décisions judiciaires publiques, mais elles renforcent la demande de transparence sur les contrats, les montants engagés et les rapports d’exécution.

La sécurité des populations constitue un autre point de crispation. Des vidéos largement partagées montrent des scènes jugées choquantes par l’opinion, ravivant le sentiment d’insécurité à Kolwezi et dans ses environs. Dans ces prises de parole, la responsabilité du ministre de l’Intérieur, Roy Kaumba, est directement mise en cause, certains citoyens estimant que les dispositifs de prévention et de répression ne sont pas à la hauteur des menaces. Là encore, ces dénonciations publiques appellent des réponses officielles chiffrées et documentées.

Mais c’est surtout la gestion des péages routiers et du pont-bascule qui cristallise les soupçons. Des activistes affirment, images à l’appui, que des centaines de camions circulent quotidiennement sur certains axes, avec des tickets évoquant des montants pouvant atteindre 300 dollars par camion. En extrapolant ces chiffres, ils estiment que les recettes journalières seraient considérables, sans que leur trace apparaisse clairement dans le budget provincial. Ces calculs, réalisés par des citoyens et non par des auditeurs indépendants, posent néanmoins une question centrale : comment les recettes de péage sont-elles collectées, sécurisées et reversées au Trésor provincial ?

Face à ces accusations, plusieurs lanceurs d’alerte affirment préparer des dossiers plus étayés et annoncent vouloir publier progressivement des preuves.

Face à l’ensemble de ces allégations et questionnements persistants, le camp de la gouverneure Fifi Masuka observe jusqu’ici un silence quasi total. Aucune communication officielle n’a été enregistrée pour répondre point par point aux accusations, apporter des éléments de clarification ou rassurer l’opinion publique. Cette absence de réaction alimente davantage les spéculations et renforce, chez une partie de la population, le sentiment d’opacité autour de la gestion des affaires provinciales.

Au final, le débat dépasse les personnes. Il renvoie à une exigence plus large de bonne gouvernance dans une province stratégique pour l’économie nationale. Publication systématique des marchés publics, audits indépendants des péages, traçabilité numérique des recettes et communication régulière des autorités apparaissent aujourd’hui comme les seuls leviers capables de dissiper l’idée, de plus en plus répandue, d’un Lualaba géré comme un « État dans l’État ».

Don Momat

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