Alors que la province du Lualaba multiplie les mécanismes de mobilisation des ressources locales, une interrogation persiste : les recettes issues des postes de péage autour de Kolwezi sont-elles effectivement reversées au Trésor provincial ?

L’examen des documents administratifs disponibles ainsi que du budget provincial ne permet pas d’identifier clairement une ligne de recettes correspondant à cette collecte pourtant bien réelle sur le terrain.
Une collecte quotidienne, mais des chiffres absents
Sur plusieurs axes routiers stratégiques de Kolwezi, les postes de péage sont opérationnels. Véhicules miniers, transporteurs commerciaux et usagers locaux s’y acquittent quotidiennement de droits de passage.
Cependant, aucune rubrique spécifique liée au péage routier n’apparaît de manière explicite dans le budget provincial, alors même que ces recettes pourraient représenter des montants significatifs dans une province à forte activité économique.
Cette absence soulève une question centrale de gouvernance financière : comment ces fonds sont-ils comptabilisés et utilisés ?
Une gestion confiée à une société privée
Selon des informations recoupées à partir des documents transmis et de sources administratives, la gestion du péage serait confiée à une société privée, distincte des régies financières classiques.
Toujours selon ces mêmes sources, cette société serait dirigée par une proche parente de la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka.
À ce stade, aucun document public consultable ne permet toutefois de confirmer : l’existence et les termes d’un contrat de concession, les mécanismes de reversement au Trésor provincial, l’identité des comptes bancaires recevant les fonds,* ni la réalisation d’audits indépendants.
Il s’agit moins d’une accusation que d’un constat d’opacité.
Un silence institutionnel qui interroge
Malgré l’intérêt croissant suscité par cette question, aucune communication officielle n’a été faite par les autorités provinciales pour éclairer l’opinion publique.
Ni chiffres publiés, ni clarification sur le cadre juridique de la gestion du péage, ni réponse aux interrogations soulevées.
Dans un contexte de gestion des finances publiques, ce silence prolongé devient en lui-même un fait, renforçant l’exigence de transparence et de redevabilité.
Un climat institutionnel déjà fragile
Les documents analysés révèlent par ailleurs un contexte administratif tendu à Kolwezi. Plusieurs correspondances officielles échangées entre autorités provinciales et des responsables du SAEMAPE font état de désaccords liés à des arrestations, des saisies de téléphones et des versions divergentes des faits.
Sans lien direct avec la gestion du péage, ces épisodes traduisent néanmoins un déficit de confiance et de traçabilité dans certaines procédures administratives, alimentant davantage les interrogations autour de la gestion des ressources publiques.
Une exigence de transparence et un appel au contrôle
Dans une province minière stratégique, toute recette fiscale ou parafiscale doit être clairement retracée, soit dans le budget provincial, soit dans un compte d’affectation spéciale légalement encadré.
L’absence de visibilité sur les recettes du péage pose un double enjeu : celui de la bonne gouvernance et celui de la redevabilité vis-à-vis des citoyens.
Face à ces zones d’ombre, l’intervention d’un organe de contrôle indépendant, tel que l’Inspection Générale des Finances (IGF), apparaît comme une voie légitime pour faire toute la lumière sur : les montants réellement collectés, les circuits financiers empruntés, et sur la conformité des mécanismes de gestion aux règles en vigueur.
Des questions toujours en suspens
À ce jour, plusieurs questions demeurent sans réponse officielle : Quel est le montant réel collecté aux postes de péage de Kolwezi ? Quelle part est effectivement reversée à la province ? Quel est le cadre juridique liant l’État provincial à la société gestionnaire ? Quels mécanismes de contrôle et d’audit sont en place ?
Au-delà des personnes, la question du péage à Kolwezi renvoie à un principe fondamental : la transparence dans la gestion des ressources publiques.
Dans une province où les besoins en infrastructures et en services sociaux sont immenses, chaque recette collectée doit pouvoir être expliquée, tracée et contrôlée.
Faute de clarification officielle, le doute persiste et avec lui, l’exigence légitime d’explications et de vérité.
Don Momat
