Kinshasa :  Le casse-tête du logement locatif

À Kinshasa, trouver un logement à louer relève de plus en plus du parcours du combattant. Entre des exigences financières excessives et des pratiques discriminatoires, de nombreux candidats-locataires dénoncent une situation devenue intenable.

La principale difficulté réside dans les conditions imposées par certains bailleurs. Ces derniers exigent parfois jusqu’à neuf, voire douze mois de garantie locative avant toute remise des clés, en violation flagrante de la législation congolaise qui limite cette garantie à trois mois. À cela s’ajoutent des critères discriminatoires, notamment la question récurrente : « Vous êtes de quelle tribu ? »

Des pratiques qui menacent le vivre-ensemble

Pour plusieurs acteurs de la société civile, ces pratiques constituent un danger pour la cohésion nationale.

« Les bailleurs à Kinshasa se comportent comme s’ils vivaient dans un pays sans lois. Ils imposent des conditions qui violent la législation congolaise. Refuser un logement à quelqu’un sur base de son appartenance tribale est une situation très dangereuse, car elle menace gravement le vivre-ensemble », dénonce Anicet Ebadu, membre de la société civile.

Il pointe également la responsabilité des autorités publiques :

« Tout cela est dû à l’inefficacité des pouvoirs publics, incapables de mettre de l’ordre. Comment un Congolais peut-il refuser de louer à son propre frère, mais accepter des étrangers comme des Sénégalais, des Nigérians ou des Chinois ? », S’interroge-t-il.

La garantie locative au cœur du problème

De son côté, Guelord Siadi insiste sur la question de la garantie locative, qu’il qualifie d’exagérée :

« Le problème des baux à loyer est sérieux. L’État devrait vraiment mettre de l’ordre. Les services de l’habitat présents dans nos communes ne maîtrisent même pas les contrats de bail. Tout commence par la garantie locative. Une loi existe et fixe la limite à trois mois, mais sur le terrain, certains exigent jusqu’à douze mois. L’État doit protéger ses citoyens », a-t-il décrié.

Colère des locataires et silence de l’État

De nombreux Kinois affirment souffrir de ces exigences financières, dont les montants dépassent largement leurs capacités. Ils accusent certains commissionnaires immobiliers d’être complices de ces abus, tout en regrettant l’absence d’actions concrètes de la part de l’État.

Au-delà de cette inquiétude d’ordre financier, ils sont plusieurs ceux qui dénoncent la montée inquiétante de la discrimination tribale dans la location des maisons. Un phénomène qui prend de l’ampleur, fragilise la cohésion nationale et viole la Constitution congolaise, laquelle garantit l’égalité de tous les citoyens devant la loi.

Didier Ilunga

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