La RDC est entrée dans le club très fermé des partenaires stratégiques avec les États-Unis d’Amérique. À la faveur de la signature le 04 décembre de l’accord cadre avec Washington, Kinshasa a mobilisé son entregent diplomatique pour attirer la plus grande puissance mondiale dans un partenariat gagnant – gagnant fondé sur un large spectre des domaines de coopération, touchant les mines, l’énergie, l’éducation, les infrastructures etc.


Au moment où la RDC s’apprête à communiquer à la partie américaine ( début janvier) les projets stratégiques sur lesquels le partenariat devra s’articuler, le Vice-premier ministre de l’économie (il a signé cet accord bilatéral pour le compte de la RDC), s’est présenté à la presse en vue d’expliquer les détails de l’accord pour lequel plusieurs choses sont dites. Aux côtés de son collègue, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, Daniel Mukoko Samba s’est livré à un exercice de pédagogie. “L’accord signé entre la RDC est les États-Unis d’Amérique n’est pas un deal ou un contrat, c’est un accord-cadre” qui définit une feuille de route claire pour une coopération stratégique. D’une part, il y a les États-Unis d’Amérique qui ressentent le besoin d’accéder aux minéraux stratégiques dont la RDC dispose à profusion. D’autres part, il y a une RDC en quête de stabilité sécuritaire et économique.
Un comité paritaire est mis en place pour le suivi de l’accord. Ce comité de réunira deux fois l’an pour examiner l’exécution de l’accord. Le professeur Daniel Mukoko Samba a fait savoir que le comité, composé de 10 membres, à raison de 5 pour chaque partie, est l’organe qui définira, par consensus, l’orientation des projets à mettre en place dans le cadre de l’accord. Un forum de coopération bilatérale sera organisé tous les deux ans afin d’approfondir le partenariat stratégique.
Pour la RDC, l’intérêt est de rétablir la sécurité au pays, industrialiser l’économie, transformer les infrastructures et le tissu socio-économique.

D’entrée, deux projets sont déjà ciblés : les investissements pour la méga centrale d’Inga et le corridor de Lobito.
Le barrage d’Inga a longtemps été une préoccupation de plusieurs organisations dont l’Union Africaine qui estimait que son développement peut “générer 43 200 MW d’électricité, pour soutenir les pools énergétiques régionaux actuels et leurs services combinés afin de transformer l’Afrique des sources d’énergie traditionnelles en sources modernes et de garantir l’accès de tous les Africains à une électricité propre et abordable”. Ce projet est donc un levier sur lequel la RDC et les États-Unis devront s’appuyer pour lancer plusieurs projets connexes de développement.
Quant au corridor de Lobito, il représente un projet stratégique pour les États-Unis d’Amérique pour l’exploitation des minéraux critiques. Déjà porté par l’administration américaine de Joe Biden, il est considéré comme un projet d’infrastructure transformateur. Le Corridor de Lobito doit relier la République démocratique du Congo (RDC) au port angolais de Lobito sur l’Atlantique. Il est présenté comme un axe clé pour renforcer les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, améliorer la connectivité régionale » et stimuler une croissance « durable. Le projet doit également ouvrir de nouvelles voies pour les échanges commerciaux entre l’Afrique centrale, les États-Unis et l’Europe.
Pour l’Amérique de Trump qui se révèle de plus en plus boulimique en ressources stratégiques à travers le monde, le projet congolais est un pain béni. Washington version Trump qui met en valeur la coopération économique gagnant – gagnant en lieu et place à l’aide humanitaire, porte un grand intérêt sur les ressources de la RDC. Voilà qui explique le glissement de statut pour la RDC qui devient l’un des partenaires stratégiques des États-Unis, aux côtés du Kenya, Maroc ou Egypte, pour ce qui est de l’Afrique.
Quatre axes pour structurer le partenariat
Le VPM de l’économie a expliqué que l’accord signé s’articule autour de quatre axes majeurs : la coopération économique et commerciale, la sécurité et la défense, la coopération scientifique, technologique et éducative, incluant la formation et les échanges ; ainsi que le renforcement des capacités institutionnelles, notamment à travers les réformes de gouvernance, la justice, la lutte contre la corruption et la modernisation de l’administration publique. Daniel Mukoko a souligné que autant du point de vue économique l’accord est signé et que les engagements sont établis, autant sur la coopération sur la défense, les deux pays ont paraphé un mémorandum d’entente. Une étape qui devrait s’affermir afin de faire réussir les engagements économiques.
Souveraineté et intérêts nationaux préservés
Le ministre de l’Économie nationale a insisté sur le caractère gagnant-gagnant de ce partenariat stratégique, rassurant l’opinion publique quant à la préservation des intérêts fondamentaux de la RDC. Il a souligné que la souveraineté nationale sur les ressources naturelles demeure pleinement garantie, aucune disposition de l’accord ne prévoyant leur cession ou leur bradage.
Dans un contexte où tout a été dit contre l’accord, la conférence de presse pédagogique a dissipé les inquiétudes.
Patrick Ilunga
