Nangaa, la guerre et les mines : Enquête sur un carré minier controversé

Depuis plusieurs mois, le nom de Corneille Nangaa est au cœur d’une vive controverse autour de l’existence supposée d’un carré minier dont il aurait été le bénéficiaire. Une enquête menée par le journaliste d’investigation Mills Tshibangu, présentée ce dimanche 21 décembre à Kinshasa lors d’une conférence de presse, apporte de premiers éléments qui bousculent cette version largement relayée dans l’opinion publique.

Aucun titre minier au nom de Nangaa

Première conclusion majeure de l’enquête : aucun permis d’exploitation minière n’a jamais été enregistré au nom de Corneille Nangaa. Les vérifications effectuées auprès du Cadastre minier (CAMI) montrent que les permis concernés notamment les PE n° 5078, 5079 et 5081 sont attribués à une entité dénommée CODO, une joint-venture, et non à l’ancien président de la CENI.

Ces documents officiels, consultables dans les registres du CAMI, indiquent qu’aucune base juridique formelle ne permet d’affirmer l’existence d’un carré minier appartenant personnellement à Corneille Nangaa.

Des millions investis, mais pas de propriété directe

L’enquête nuance toutefois ce constat. Selon les informations recueillies par Mills Tshibangu, des fonds estimés à environ 4 millions de dollars américains, dont une partie serait attribuée à Corneille Nangaa, auraient été investis dans un projet minier par le biais de partenaires et d’intermédiaires.

Il s’agirait moins d’une appropriation directe des titres miniers que d’une participation financière dans un montage partenarial complexe, impliquant notamment des investisseurs étrangers. Une configuration qui, dès l’origine, aurait fragilisé la gouvernance du projet.

Conflits internes et prise de contrôle progressive

Les investigations mettent en lumière de profondes tensions entre partenaires : désaccords sur la gestion, changements répétés dans l’actionnariat, retraits successifs et pratiques financières peu lisibles.

C’est dans ce contexte qu’un membre actuel du gouvernement aurait progressivement pris une place centrale dans le projet. Selon les éléments présentés, cet acteur aurait marginalisé certains partenaires initiaux, au profit de nouveaux investisseurs, dont un partenaire chinois cité comme ayant injecté des capitaux dans la société Samit. À l’issue de cette recomposition, le projet aurait été repris via une société écran, avec le rachat de 70 % des actifs de Samit.

À ce stade, ces faits relèvent du travail d’enquête journalistique et n’ont pas fait l’objet d’une qualification judiciaire.

Flux financiers sous surveillance

L’enquête évoque également d’importants flux financiers transitant par des intermédiaires, parmi lesquels figure un ancien membre du gouvernement, présenté comme un maillon clé entre Corneille Nangaa, certains partenaires et des entités impliquées dans le projet.

Sur ce point, Mills Tshibangu se montre prudent : des investigations complémentaires sont en cours afin d’établir l’origine exacte des fonds, leur destination et d’éventuelles responsabilités pénales.

Un projet désormais dans le giron de l’État

Dernier élément déterminant : les titres miniers concernés apparaissent aujourd’hui comme faisant partie du patrimoine minier de l’État, via une société légalement enregistrée. Cette évolution tend à confirmer que le projet n’a jamais constitué, sur le plan juridique, un actif privé appartenant à Corneille Nangaa.

L’enquête « Nangaa, la guerre et les mines » déconstruit ainsi une accusation largement diffusée : aucune preuve n’atteste que Corneille Nangaa ait été dépossédé d’un carré minier, puisqu’aucun titre n’a jamais été établi en son nom.

Au-delà du cas Nangaa, l’enquête met surtout en lumière les failles persistantes de la gouvernance minière en République démocratique du Congo : montages partenariats opaques, investissements mal encadrés et conflits d’intérêts récurrents. Autant de zones d’ombre qui continuent d’alimenter les soupçons et les tensions autour des projets miniers stratégiques.

Les prochains développements de l’enquête devraient permettre de préciser les responsabilités des différents acteurs impliqués.

Don Momat

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